Psycho

Lina : « Il fume et joue à des jeux de hasard, m’abandonne à sa guise, je ne supporte pas »

Rédigé par Lalla Chams En Nour | Samedi 15 Aout 2020 à 08:00



Je viens à vous car je rencontre depuis longtemps des problèmes avec mon mari.

Nous nous sommes fréquentés pendant six ans. J’ai toujours été mal à l’aise vis-à-vis de ça, car haram. Pendant ce temps-là, monsieur était correct avec moi. Puis, après une dispute sans aucune gravité, il s’est mis à me laisser sans nouvelles, tout bonnement. Cela pouvait durer jusqu’ à un mois. A cette époque-là, j’en étais triste mais je me disais qu’il n’était pas mon mari, que de ne pas se voir et de ne pas se parler, ce n’est pas grave car moins de haram. Il avait aussi d’autres défauts, comme ses insultes par exemple. Mais, avec le temps, il commençait à arrêter. Je lui parlais toujours de mariage car j’étais très mal à l’aise de le fréquenter dans le haram. Mais il ne voulait pas se marier tant qu’il n’avait pas mis assez d’argent de côté. On ne se voyait pas souvent et il me disait que quand on se mariera, ça changera.

Puis, nous nous sommes mariés. Les disputes sans gravité ont continué. Quand ça arrive, monsieur m’abandonne, ne m’adresse pas la parole, ne dort pas à la maison (il était soi-disant chez sa mère). En fait, nos disputes portent sur le fait que monsieur passe son temps à l’extérieur. Il est très peu présent à la maison (travail, entraînement de foot, voir des matchs à l’extérieur, zoner dehors pour voir tous ses amis...). Autant dire que je me sens très seule. Il est incapable de passer une journée avec moi du réveil jusqu’au coucher.

D’autres disputes portent sur ses travers (cachés lorsque nous nous fréquentions). Il fume la chicha, donc de grosses dépenses dans les bars à chichas sachant qu’il y va plusieurs fois par semaine. Je ne supporte pas ça non plus pour sa santé. Monsieur fait des paris sportifs, joue à des jeux de hasard tel que le Loto ou à l’Euro Million... autant dire que je ne cautionne pas cela.

Un an après notre mariage, je suis tombée enceinte au moment même où mon mari a eu un gros problème d’argent. Face à cela, il a été très dur avec moi, à coup de disputes et de violences (il me jetait des choses dessus). Il m’a délaissée, passait son temps encore plus à l’extérieur, me menaçait verbalement de me frapper.

Pourtant, je suis restée, je suis allée travailler enceinte pour pouvoir sortir de cette situation. Hamdoulilah, nous nous en sommes sortis. J’ai accouché mais il n’a pas été très investi durant la grossesse et mon accouchement. Quand j’ai travaillé enceinte, je rentrais très fatiguée du travail. En effet, je suis infirmière, je reste beaucoup debout et je travaillais 12h. Le soir, il me demandait ce que j’allais préparer à manger alors que j’étais épuisée et que j’avais mal au dos et aux pieds. J’étais très blessée par son manque d’empathie.

À l’accouchement, je l’obligeais à rester avec moi durant cette épreuve que j’appréhendais, lui ne pensait qu’à partir. Durant mon séjour à la maternité, je le harcelais pour qu'il vienne le matin. L’après-midi, je me retrouvais seule avec les visites alors que j’étais épuisée et le soir, il allait à ses entraînements alors que j’avais besoin de lui pour m’aider. Je n’arrivais pas à marcher, me laver... Je le suppliais pour qu’il vienne au moins après ses entraînements.

Depuis le retour au domicile, c’est toujours pareil, les disputes régulières continuent. Il en a marre de faire des « efforts » pour rester avec moi et sa fille, passer du temps avec nous, m’aider. Et puis, il n’accepte pas que je lui demande d’arrêter la chicha, etc. Je n’aime pas ce genre d’endroit malsain (alcool, femmes, prix, dégâts sur la santé...). Et puis, à un moment, il craque, s’en va chez sa mère. Là, je n’ai plus de nouvelles, sa mère ne lui parle même pas et le laisse faire. Je ne sais pas ce qu’il fait.

Je sens que j’arrive au bout de ce que je peux supporter. Avoir un mari correct un certain temps, puis un inconnu qui nous délaisse ma fille et moi... Je ne me sens pas en sécurité, pas de stabilité avec lui et je ne veux pas montrer cet exemple à ma fille. Il me dit qu’il veut s’améliorer mais c’est une boucle sans fin on en revient toujours au même point où il faut tout lui redire, tout recommencer, et cela m’épuise. Quand je lui demande de regarder des conférences sur le sujet du mariage, il ne veut pas. Qu’on consulte quelqu’un, il ne veut pas non plus.

Je ne sais pas si je dois continuer à patienter (mais je n’ai plus d’espoir) ou si je dois m’en séparer. Il est compliqué de tout dire en un message mais j’ai essayé d’être la plus concise. Merci pour votre aide, barakAllah oufikoum.

Lalla Chems En Nour, psychanalyste

Chère Lina,

Cela nous est difficile d’avoir à vous dire ce que vous devez faire. Ce choix vous appartient, il engage votre existence et celui de votre fille.

Mais si vous prenez les choses avec recul, votre question de fond est la suivante : « Mon mari est-il capable de mûrir un jour et d’assumer ses responsabilités d’adulte, de père et d’époux ? » Ce qui vous permettrait de découvrir la solidarité, la compréhension, l’appui solidaire et qui sait l’amour, si vous pensez qu’il en est capable.

La seconde question dans la négative est celle-ci : « Est-ce que, faute d’espoir de le voir changer, j'ai envie de passer ma vie à souffrir et à voir ma fille privée d’un père aimant ? »

Pour vous éviter aussi de vous jeter à l’avenir dans les bras d’un homme sans réfléchir, posez-vous quelques questions sur votre comportement. Auriez-vous été trop laxiste au moment du choix ? Cet argument du « haram » ne vous a, en effet, pas empêchée de poursuivre la relation avec cet homme alors que certains comportements étaient, disons-le, suspects comme de vous laisser sans nouvelle pendant des semaines.

Ne vous êtes-vous pas engagée à la légère ? Quelques coups en passant ne vous ayant pas alertée sur la qualité morale de « monsieur » comme vous dites. Vous l’avez choisi comme père de vos enfants, tout de même ! Ne faut-il pas s’assurer de quelques garanties ? Le mariage est un partenariat, il est essentiel de savoir les forces et les faiblesses de la personne que l’on choisit, non ?

Hélas, souvent, la pression familiale, maman, papa, les cousines, les tantes, etc. poussent des jeunes filles dans le mariage sur des critères qui font le malheur de bien des couples. Est-ce le cas ? Pardonnez-moi ma franchise, mais on ne se marie pas, on n’engage pas sa vie et celles de ses descendants, pour faire plaisir à la famille.

Je vous souhaite du discernement, de la force de conviction pour « éduquer » cet homme qui n’est pas encore adulte. Et si « monsieur » ne veut rien faire pour améliorer son comportement, tirez-en les conséquences.

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