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Points de vue

Lettre ouverte aux progressistes

Rédigé par Laribi Meriem | Lundi 10 Mai 2004

Il est triste de constater aujourd’hui que ceux qui s’inscrivent dans des combats progressistes ( altermondialisation, contre les exclusions, pour les droits de l’Homme, etc.) ne tiennent pas une ligne de conduite explicite dans l’affirmation de leurs diversités.
Depuis le Forum Social Européen, nous avons tous suivi ce que l’on appelle désormais « l’affaire Ramadan »



Il est triste de constater aujourd’hui que ceux qui s’inscrivent dans des combats progressistes ( altermondialisation, contre les exclusions, pour les droits de l’Homme, etc.) ne tiennent pas une ligne de conduite explicite dans l’affirmation de leurs diversités.Depuis le Forum Social Européen, nous avons tous suivi ce que l’on appelle désormais « l’affaire Ramadan ». Certains ont soutenu cet « intellectuel musulman » qui s’est démarqué du discours dominant. Certains ont su déceler dans cette « affaire » l’odieux chantage à l’antisémitisme qui se cache derrière la critique d’Israël. D’aucuns se sont opposés à la suspicion qui veut faire de chaque musulman pratiquant un potentiel « intégriste islamiste ».C’est à ceux-là précisément que nous nous adressons aujourd’hui.

 

Où êtes-vous maintenant pour affirmer que Tariq Ramadan est  des nôtres ?

Le constat est clair : Mr Ramadan est, non seulement, l’homme à abattre pour ses détracteurs mais également l’homme à éviter parmi les signataires des causes qu’il défend depuis toujours.

Pourquoi cet évitement ? Pourquoi ne pas revendiquer sa contribution à ces grands débats ?A quoi sont dus ce repli et cet éloignement ? Sans doute à la peur d’être associé systématiquement à toutes les accusations dont il a fait l’objet… sans doute est-ce cela ! Mais encore faut-il être clair lorsque l’on se place.

Le problème qui se pose est le suivant et se situe simplement au niveau de l’éthique et des convictions : Force est de constater qu’aujourd’hui que l’actualité est passée à autre chose, ces mêmes personnes évitent d’affirmer la participation de Mr Ramadan au débat public en France. Mais pourquoi cela?

Il est des militants pour qui l’image et la crédibilité aux yeux du pouvoir passent avant les convictions et l’éthique.

Pour les autres, dits « progressistes » , il est capital pour leur survie de ne pas faire de concessions face au pouvoir et de ne jamais vouloir lui plaire. Il serait important pour eux de ne pas tergiverser sur leurs positions pour rester forts et s’inscrire dans une ligne de conduite cohérente.

Il est dommageable de constater aujourd’hui qu’un certain nombre d’associations ont admis, bon gré mal gré, que Mr Ramadan n’est pas personne à promouvoir.

Les combats ne sont évidemment pas centrés autour de la personne de Tariq Ramadan, mais il en est indiscutablement l’un des partenaires. Aujourd’hui, il se fait discret et évite d’imposer sa présence à ceux qui, sans mot dire, lui font clairement sentir qu’il n’est pas le bienvenu.

Les conséquences de ce manque de clarté sont nombreuses ; on interdit aujourd’hui en France les interventions de Tariq Ramadan sans que personne ne réagisse au nom de la liberté d’expression. Il lui faut souvent changer plusieurs fois de salles à la dernière minute pour pouvoir tenir une conférence. Bientôt, on lui interdira peut-être l’entrée en France, et il ne faudra pas alors s’en offusquer.

Il paraît important de ne pas oublier que la manière dont on a cherché à diaboliser Tariq Ramadan s’inscrit dans un processus qui,  depuis un certain temps, s’affaire à diaboliser l’Islam, en France comme ailleurs, afin de stigmatiser une certaine population mais surtout, afin de pointer le nouvel ennemi (à la mode) de l’occident « civilisé ».

Ne pas partager toutes les positions d’une personne est une chose normale et saine intellectuellement, mais dans une démocratie qui serait digne de ce nom et pour que le débat public puisse avoir lieu, il est vital que toutes les opinions, aussi diverses soient-elles, puissent s’exprimer.

Or, il est regrettable de constater aujourd’hui que ce droit d’opinion est revendiqué pour certains et presque interdit pour d’autres.De quel droit et au nom de quelle « démocratie », se permet-on de censurer un homme simplement parce que l’on ne partage pas ses opinions ?

Dans cette mesure là, nous, les (soi-disant) garants de la résistance au nouvel ordre mondial, ne serions-nous pas en train d’imposer une manière unique d’être progressiste et ne serait-il pas temps que nous affirmions nos diversités ?