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« Les femmes musulmanes ne sont-elles pas des femmes ? » Le livre coup de poing signé Hanane Karimi

Reçu à Saphirnews

Rédigé par | Vendredi 2 Juin 2023

           


L'avis de Saphirnews

Les femmes musulmanes ne sont-elles pas des femmes ? Cette question, a priori rhétorique, est pourtant révélatrice d’un réel et grave problème que traite Hanane Karimi dans un livre sans concession, directement tiré de sa thèse de doctorat de sociologie. Les attaques verbales, psychologiques et physiques que subissent les femmes portant le foulard, notamment dans les espaces politique et médiatique, sont bien trop fréquentes en France pour être ignorées ; leur analyse dans le champ académique est bienvenue.

Revenant sur l'assignation à une altérité radicale faite aux femmes musulmanes qu'elle explique pour partie « par l'histoire migratoire et, avant elle, par l'histoire impériale de la France », la maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Strasbourg interroge avec soin l’exclusion, des luttes féministes, des musulmanes. Ces dernières incarnent une « féminité hérétique » ; elles ne représentent en somme pas la « bonne » féminité aux yeux d’une classe dominante détentrice de l’ordre hégémonique, signifie-t-elle.

Un stop aux entreprises de déshumanisation des musulmanes

« Réduites à leur apparence qui leur ferait dire qu’elles sont porteuses d’une vision inégalitaire entre les hommes et les femmes » et/ou d’une vision « communautariste » de la société qui manifesterait d’un « refus de "vivre ensemble" », « on ne considère pas les femmes musulmanes comme des femmes dignes d’être défendue au nom des droits des femmes », fustige Hanane Karimi. C’est ainsi que nous assistons depuis des années à des entreprises de déshumanisation fréquentes des musulmanes. Un processus qui autorise à leur encontre « les humiliations, le mépris, les violences » et « les banalise », au nom d’une laïcité érigée en « instrument pour "la disciplinarisation" des musulmanes », ou encore au nom de l'égalité hommes-femmes, y compris – et c’est un comble – par des femmes qui se présentent comme le porte-drapeau de la lutte féministe.

Un véritable « désenchantement féministe » que l’auteure a elle-même vécu. Elle, qui a porté le voile pendant 22 ans sans avoir « jamais partagé une once de sympathie, de connivence ou d'allégeance envers les islamistes », raconte faire les frais de la haine dirigée contre les musulmanes. Des perceptions négatives des femmes musulmanes « découlent non seulement des discours infamants mais aussi des lois et des dispositifs d'exception qui tend à les écarter de l'espace public, à les invisibiliser », non sans conséquences pour elles sur les plans matériel, psychique et mental, écrit-elle.

Ce livre, qui questionne au fond les limites de l’universalisme républicain dans sa conception pratique, « n’est pas simplement un exercice scientifique, ni simplement un manifeste antiraciste. Il est la combinaison d’une expérience sociale éprouvée par le corps, d’une thèse de sociologie et d’une défiance politique accusatoire que j’ai transformée en analyse », défend avec énergie la sociologue, qui espère son livre « utile à ceux et celles, de bonne foi, qui arrêteront de se faire le relais d’un ordre hégémonique » comme « à tous et à toutes pour déjouer le jeu du sexisme racial et de l’islamophobie ».

« Si les femmes veulent une révolution féministe (…), alors nous devons prendre la responsabilité les femmes sur la base d’une solidarité politique. Cela signifie que nous devons prendre notre responsabilité dans l’élimination de toutes les forces qui séparent les femmes. Le racisme est une de ces forces. (…) Notre volonté de prendre part à la lutte contre le racisme ne doit pas trouver sa source dans des sentiments de culpabilité, de responsabilité morale, de victimisation ou de rage. Elle doit émerger de notre compréhension que le racisme est un obstacle sur notre route qui doit être éliminé. Et les obstacles se multiplient si l’on ne fait que s’engager dans des débats infinis pour savoir qui l’a posé là. » bell hooks, Ne suis-je pas une femme ?

Présentation de l'éditeur

Mes larmes étaient celles d’un désenchantement : un désenchantement féministe. J’avais échoué à trouver les mots qui auraient fait douter ces femmes de leur offensive contre d’autres femmes, de leur trahison d’un féminisme universel, de leur aveuglement par des biais racistes et islamophobes. Puisque l’islamisme était l’ennemi, celles qui affichaient leur adhésion à l’islam devenaient à leurs yeux l’incarnation de ce danger, et se retrouvaient exclues des luttes pour les droits des femmes.

Mais les femmes musulmanes ne sont-elles pas des femmes ?

L'auteure

Maîtresse de conférences en sociologie à l’université de Strasbourg, Hanane Karimi déploie ici une réflexion sur la « nouvelle laïcité », l’islamophobie et l’héritage colonial français pour montrer comment les femmes musulmanes, désignées comme des ennemies de l’intérieur, se voient refuser l’accès à une citoyenneté pleine et entière, à l’espace public et à l’arène politique – voire, tout simplement, le fait d’être des femmes dignes d’avoir des droits.

« Les femmes musulmanes ne sont-elles pas des femmes ? » Le livre coup de poing signé Hanane Karimi

Note d’intention de l’autrice

Ce livre est le résultat de la rencontre entre ma formation scientifique et mon expérience biographique. Si la littérature scientifique en sciences sociales est riche sur la question du voile et permet de saisir les conséquences du problème que représente le port du voile par des femmes en Europe, le cadre des connaissances sur la question recouvre principalement les dimensions sociologiques et politiques du phénomène. Je sentais qu’il n’avait pas encore été embrassé dans sa complexité et qu’il manquait un maillon, une dimension sensible et féministe pour comprendre les politiques de la nouvelle laïcité.

C’est dans un moment d’humiliation que je l’ai compris. En 2017, au cœur du Sénat, en plein débat public autour de la question « La laïcité garantit-elle l’égalité hommes-femmes ? », j’ai été huée parce que j’avais osé rétorquer à des féministes qui plaidaient pour une interdiction du voile encore plus étendue : « Si je comprends bien, vous souhaitez exclure des femmes sous couvert d’égalité homme-femmes. N’est-ce pas paradoxal ? Dois-je rappeler que sous le voile, il y a des femmes ? » Cette question avait provoqué une vague de huées. Des femmes dans le public criaient « Faites-la taire ! », d’autres demandaient mon exclusion.

Ce sont mes lectures de féministes africaines américaines qui ont éclairé ce moment. Il suffit de repenser à Sojourner Truth, qui exhortait son auditoire à voir en elle une femme, au-delà de sa couleur et de son statut d’esclave, pour voir que les femmes noires ne sont pas considérées comme des femmes – ce que vient corroborer le titre Ne suis-je pas une femme ? de bell hooks.

Je n’avais jamais lu nulle part une telle réflexion appliquée aux femmes musulmanes. C’est ce à quoi je me suis attelée dans Les femmes musulmanes ne sont-elles pas des femmes ?

Hanane Karimi, Les femmes musulmanes ne sont-elles pas des femmes ?, Hors d’atteinte, mars 2023, 210 pages, 18 €



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16.Posté par Premier janvier le 08/06/2023 22:17 | Alerter
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François. Lorsque l'on raisonne on doit s'en tenir à un point et un seul.
Soit je valide ou je ne valide pas un fait.
Soit j'en connais ou je n'en connais pas la cause.

17.Posté par François CARMIGNOLA le 09/06/2023 21:59 | Alerter
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@abdoulaye Ok je comprends, les frères musulmans. Justement, ils font la promotion du voile ! Ils sont même les plus actifs sur ce sujet et portent, tout comme vous le fameux argument de liberté de s'imposer des contraintes !!!

Zemmour n'est pas mon idole et j'avoue que son interdiction du voile dans l'espace public me gêne. À mon sens, son interdiction pour les accompagnatrices scolaires et pour les étudiantes dans les universités suffirait... Vous voyez, tout est discutable...

18.Posté par François CARMIGNOLA le 09/06/2023 22:04 | Alerter
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@101 Pourquoi pas "moi" ? Mais c'est ce qui se passe mon cher ! Les quartiers où a présence des femmes voilées devient importante sont fuits par les "natifs" qui refusent la vision omniprésente de femmes qui selon LeDaron s'affirment "non disponibles pour le sexe"... C'est précisément ce que je dis: c'est l'un des marqueurs de constitution des ghettos ethniques !!!
Je crois que les musulmanes qui à tout âge, en France, se mettent à porter ce genre de vêtements, doivent réaliser qu'elles quittent en quelque sorte la société française et ne pourront que susciter gêne voire hostilité. Quel dommage !

19.Posté par Rond LEDARON le 14/06/2023 09:45 | Alerter
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@françois, ma délicatesse quand à l'évocation de l'accueil chaleureux des allemands peut se prolonger avec le passage de témoin des envahisseurs aux libérateurs américains notamment. Détestation dis tu ? Que dire alors de tes commentaires anti musulmans, doit on en conclure à de la haine ? Es tu notre hater de service ? Je suggère que la volonté irrépressible de voir les femmes dévoilées obéit à une injonction sexuelle d'avoir à portée de regard de quoi se rincer l'œil. Il ne t'aura pas échappé que la sexualisation de la société passe d'abord et avant tout par la plastic féminine déclinée sous toutes les formes ( sans jeu de mots) publicitaires et marketing. Cette réalité anthropologique a été mainte fois dénoncée, pas seulement par les féministes.
Lire : " sexus economicus" ou comment l'utilisation des femmes concourt à la conclusion de contrats.
" sexus politicus", autre bouquin sur la prégnance du sexe dans le monde politique.
Permet moi de te dire que tout les goûts étant dans la nature, le positionnement des réfractaires, aliénés musulmans est de leur liberté de penser.
Les comportements coloniaux de formatage des populations arabes se sont heurtés à leurs propres limites. En effet, l'entreprise de dévoilement des femmes permis à certaines de s'habiller à l'occidental pour mieux se fondre dans la foule afin d'y mener des actions (poses de bombes, transport de documents, etc..), ce qui fit réviser le positionnement colonial qui préféra par la suite que les "indigènes&q...  

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