Société

Les Yvelines sous le choc après « un attentat terroriste raciste » dénoncé par l'Elysée, ce qu'il faut savoir

Rédigé par Lina Farelli | Vendredi 23 Octobre 2026

Un homme armé d'un pistolet-mitrailleur a semé la terreur ce vendredi 23 octobre dans deux communes des Yvelines, en tirant au hasard sur des passants. Le parquet antiterroriste s'est saisi de l'affaire, et Emmanuel Macron s'est rendu sur place dans la soirée pour prendre la mesure de la gravité des faits qui surviennent dans un contexte raciste et islamophobe particulièrement inquiétant en France.



Une matinée ordinaire a basculé dans l'horreur ce vendredi 23 octobre dans les Yvelines. Un homme a tiré en rafales depuis sa voiture à Trappes et La Verrière, tuant une personne - un combattant de MMA âgé de 26 ans - et en blessant au moins quatre, dont une adolescente de 12 ans.

Les premiers appels au 17 sont arrivés vers 10h, depuis le square Van-Gogh, à Trappes. Les signalements se sont ensuite multipliés : abords de La Poste, square Pergaud, station-service près de la RN 10, maison de santé, puis à La Verrière, près d'une pharmacie et de la gare.

Pour le maire de Trappes, Ali Rabeh, le tireur voulait manifestement « faire un carnage ». Il a dénoncé « un attentat à connotation raciste, probablement islamophobe », « probablement l’une des premières tentatives de crime de masse » avec une telle motivation.

Ce qu'on sait du suspect interpellé

Le tireur présumé a été arrêté par la BAC à Coignières, sur la RN 10, en possession d'un pistolet-mitrailleur, possiblement une arme de type Sten datant de la Seconde Guerre mondiale. Identifié par plusieurs médias comme Kévin T., il est âgé de 39 ans, né à Saint-Cyr-l'École, dans les Yvelines, et était déjà connu des services de police pour des faits de délinquance.

Le RAID et des démineurs sont intervenus à Plaisir, où se trouve son domicile. La police y a trouvé des bonbonnes de gaz, forçant les résidents de l'immeuble à évacuer.

Le Parquet national antiterroriste (PNAT) a ouvert une enquête pour « assassinat en relation avec une entreprise terroriste », « tentatives d’assassinats » et « association de malfaiteurs terroriste », avec la circonstance aggravante liée à l'appartenance réelle ou supposée des victimes à une race, une ethnie, une nation ou une religion.

Si les motivations précises du tireur présumé restent à déterminer, le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, qui s'est rendu sur place, a été clair : « Le mobile pourrait être raciste, et c'est clairement un crime terroriste. »

Emmanuel Macron à Trappes, un climat de haine dénoncé par les responsables musulmans

Dès le début d'après-midi, le chef de l'État avait réagi sur X en soulignant sa « profonde émotion » suite à l'attaque survenue à Trappes et La Verrière, assurant que « dans cette terrible épreuve, la Nation se tient (aux) côtés » des victimes. Après s'être rendu à Trappes, l'Élysée a dénoncé un « attentat terroriste raciste ».

Le Conseil français du culte musulman (CFCM) a réagi sur ses reseaux sociaux avec une grande fermeté. Fustigeant un « probable attentat terroriste islamophobe », l'instance estime que « les promoteurs des discours de haine antimusulmane ont du sang sur les mains ».

« Lorsque des populations sont continuellement présentées comme une menace pour l’identité nationale, lorsque la théorie du "grand remplacement" est relayée et normalisée, ces discours alimentent un climat de suspicion et d’hostilité qui peuvent pousser des individus à passer à l’acte », fait part le CFCM. Une telle attaque constituerait à ses yeux « une illustration tragique des dangers que représentent les idéologies de haine et les discours qui cherchent à opposer les citoyens les uns aux autres ». L'instance en appelle aux responsables politiques et les médias « à mesurer pleinement leur responsabilité dans le climat du débat national ».

La Grande Mosquée de Paris s'est exprimée dans le même sens. Si la motivation raciste se confirme, l'attaque montrera, martèle-t-elle, jusqu'où peut mener la banalisation des discours qui stigmatisent et déshumanisent. L'institution décrit une « accoutumance dangereuse à la haine » qui « commence par les mots, empoisonne les esprits, pour finir désormais dans le sang ». Rappelant qu'« en France, nul ne doit avoir à craindre pour sa vie en raison de son origine, de sa couleur de peau ou de sa religion, réelle ou supposée », la GMP appelle la République à « demeurer un rempart contre cet appel de l'obscurantisme ».

Le maire de Trappes a lui aussi fustigé les discours politiques et médiatiques consistant à dire « que tous les maux de cette société sont la responsabilité des Arabo-musulmans », estimant que ces discours « font des morts ».

Prendre la mesure du danger de l'ultradroite et de la haine antimusulmane

S'il appartient bien « à la justice d’établir précisément les motivations de l’auteur, les circonstances dans lesquelles les victimes ont été prises pour cible et l’existence éventuelle de complicités », les premiers éléments de l'enquête « suscitent légitimement une inquiétude particulière parmi les Français de confession musulmane et appellent la plus grande vigilance », fait savoir l'Association de défense contre les discriminations et les actes antimusulmans (ADDAM) dans un communiqué parvenu à la rédaction.

La structure a déclaré avoir demandé auprès du ministère de l'Intérieur « qu’une attention particulière soit portée aux communes directement concernées et à l’ensemble des Yvelines, mais également que la situation soit appréciée au niveau national afin de prévenir tout risque de passage à l’acte ou de phénomène d’imitation ». « Les pouvoirs publics doivent continuer à prendre pleinement en considération le terrorisme d’ultradroite, la haine antimusulmane et les discours susceptibles de favoriser les passages à l’acte, dans l’espace public comme en ligne », a plaidé l'ADDAM, demandant aussi « une politique durable de sécurisation » des lieux de culte.

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