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Le mufti du Ghana plaide pour la construction d'un centre réunissant église et mosquée

Rédigé par Lina Farelli | Vendredi 31 Aout 2018 à 17:00

Mettre sous un même toit une mosquée et une église et renforcer ainsi les relations islamo-chrétiennes au Ghana, c'est la proposition que défend le porte-parole du grand mufti de cet Etat d'Afrique de l'Ouest face au projet de construction d'une grande cathédrale dans la capitale voulue par le gouvernement dans le cadre du 60e anniversaire de l'indépendance du Ghana. Explications.



Mettre sous un même toit une mosquée et une église et renforcer les relations islamo-chrétiennes au Ghana, c'est la proposition que défend Aremeyaw Shaibu, porte-parole du grand mufti de cet Etat d'Afrique de l'Ouest.
Alors que le débat sur la construction prochaine d’une cathédrale nationale à Accra occupe grandement l'opinion publique au Ghana, le grand mufti du pays, par la voix du cheikh Aremeyaw Shaibu, son porte-parole, a proposé une solution qui prend l’allure d’un consensus. Plutôt qu’une cathédrale qui bénéficiera uniquement aux chrétiens (catholiques en particuliers), le dignitaire musulman propose la création d’un centre interconfessionnel réunissant en son sein une église et une mosquée et qui servira ainsi les deux plus grandes religions du pays, le christianisme et l'islam.

Cette proposition intervient alors que les critiques fusent autour du projet, annoncé en mars 2018 par le président ghanéen Nana Akufo-Addo qui souhaite l’inscrire dans le cadre de la célébration de l'anniversaire de l'indépendance du Ghana, ancienne colonie britannique jusqu'en 1957.

Le projet prévoit la construction d'un complexe établi sur un terrain de plus de 5 hectares, comprenant une cathédrale pouvant accueillir jusqu'à 5 000 personnes ainsi que, entre autres, une école de musique, une galerie d’art, un musée biblique et un centre de documentation.

Des dires de Nana Akufo-Addo, la cathédrale nationale accueillera tous les événements officiels de nature religieuse, à l’instar des funérailles nationales, des services d’action de grâce ou encore des investitures présidentielles.

« Est-ce qu’il s’agit de l’indépendance d’une partie du pays ou de l'ensemble du pays ? »

Ce méga-projet ne fait néanmoins pas que des heureux. Les Ghanéens sont nombreux, d'une part, à critiquer le coût prévisionnel exorbitant - inconnu à ce jour - d'un tel complexe religieux alors même que la capitale est déjà bien dotée en lieux de culte.

Bien que le gouvernement ait assuré que le projet ne recevra aucun financement public, l'Etat étant institué comme laïque selon la Constitution ghanéenne, ses détracteurs estiment que bien d'autres dossiers, notamment en matière de lutte contre la pauvreté et pour l'accès à l'éducation, devraient être placées au sommet de l’échelle des priorités.

Par ailleurs, le président se voit aussi demander, par souci d'équité, la construction d'un complexe similaire pour les musulmans, qui représentent environ 17 % des quelque 28 millions d'habitants au Ghana selon un recensement daté de 2010. « Si c’est dans le cadre du 60e anniversaire de notre indépendance, est-ce qu’il s’agit de l’indépendance d’une partie du pays ou de l'ensemble du pays ? », s’est questionné Aremeyaw Shaibu.

Comme compromis, il propose ainsi de construire un édifice national qui comportera « une église, une mosquée et un auditorium ». Pour lui, un tel centre interconfessionnel ouvrira la voie à un « dialogue national » entre les religions qui servira le pays.

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