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'Le droit de grève doit aller de pair avec le droit individuel à suivre ses cours'

Rédigé par Propos recueillis par la rédaction | Lundi 3 Avril 2006 à 12:24

C'est dans un contexte de conflit politique autour du CPE que viennent de se dérouler les élections nationales du CROUS. Syndicat d'étudiants, l'EMF (Etudiants musulmans de France) y a participé, et connaît une légère hausse par rapport à l'an dernier. Retour sur ces élections avec Ammar Rouibah, délégué syndical et membre du conseil national de l'EMF.



Les militants de l'EMF, au cours d'un congrès grenoblois.
Saphirnews.com : Quels sont les résultats exacts de l'EMF au niveau national, région par région et la progression par rapport à l'an dernier ?
Ammar Rouibah :
Les résultats, sont plus que satisfaisants, à l'exception de l'EMF Rouen qui a manqué son siège de seulement 7 voix. Le taux de participation aux élections universitaires tourne autour de 5% à 6%. Sur les 7 sièges à pourvoir pour le conseil d'administration du CROUS, les résultats sont, au total, 5 sièges dont 2 à Créteil, ce qui représente 21% des voix exprimées, 1 siège à Amiens (16,76 % des voix exprimées), 1 siège à Grenoble (14,77%) et 1 siège à Lyon (10,28% de voix exprimées). Rajoutons à cela 11,89% des voix exprimées à Rouen où le siège s'est joué à quelques voix près.
Pour mémoire, en 2002 : l'EMF à eu 11 sièges sur 9 villes où on a déposé des listes et en 2004 : 2 sièges sur 13 villes,

Comment expliquer vous cette chute en 2004 ?
A.R :
Une campagne électorale, cela se prépare, ce qui n'était pas le cas en 2004. Ajoutons un climat social et médiatique très particulier avec des campagnes de diffamation à l'encontre de l'EMF, taxée de danger et de noyautage de la république. Sans oublier la sur-médiatisation de la loi sur le foulard, qui a été votée deux semaines avant les élections du Crous. Malgré ce climat, l'EMF dans certaines ville, à savoir Grenoble et Paris, ont pu sauvegarder leurs sièges avec un nombre de voix similaire à celui de 2002.
Un travail d'évaluation et une autocritique à été faite par les instances de l'EMF afin de remédier à ce manque. Les résultats de 2006 témoigne de la nouvelle stratégie adoptée. Cette année, et lors du conseil national à Lyon le 18/19 février, les membres ont décidé de se présenter uniquement dans 5 villes universitaires Rouen, Lyon, Grenoble, Paris et Amiens.

Que propose l'EMF et quel est votre historique ?
A.R :
La participation de l'EMF sur le plan syndical ne date pas d'aujourd'hui. En effet, l'EMF a déjà eu 1 sièges en 1994, mais à l'époque l'accent était mis sur le volet culturel plus que les autres axes d'activités.
Depuis 2000, une orientation a été donnée afin que le syndical prenne sa place normale dans l'association comme les autres volets d'actions.
L'EMF estime de son devoir d'accompagner les étudiants dans les instances représentatives puisqu' elle les accompagne déjà par un travail de proximité à travers des activités culturelles, sociales, sportives, citoyenne et une animation du campus afin que le passage universitaire soit synonyme d'épanouissement et de richesse intellectuelle.
Depuis 2002, l'EMF s'est engagé d'une manière continue et active dans l'action syndicale à travers la participation aux élections soit dans les universités, Crous ou les résidences universitaires.

L'EMF, contrairement aux autres dynamiques étudiantes dites représentatives, préfère un travail de proximité au quotidien et au seul intérêt de l'ensemble des étudiants.

Quelle stratégie allez-vous développer pour atteindre vos objectifs ?
A.R :
Des appels ont été lancés à l'ensemble des étudiants par voie de questionnaire pour sonder leurs attentes, leurs quotidiens, leurs aspirations, leurs ambitions et leurs manières de voir le monde universitaire. Des discussions, des entretiens, et des débats nous ont permis de dresser un diagnostic sur la situation des étudiants et leurs attentes en matière d'actions universitaires,
Pour la constitution de ses listes, l'EMF ne s'est pas limité à ses propres membres. Elle a lancé un appel à candidature pour toutes les bonnes volontés qui s'engagent à mieux servir les étudiants et à défendre leurs intérêts, à sauvegarder leurs acquis sociaux et à en acquérir d'autres.

La stratégie et les revendications de l'EMF pour élections 2006 s'articulent autour des pôles de compétence du Crous à savoir la restauration, le logement étudiant, le système de bourses, l'emploi étudiant et la pratique culturelle pour améliorer ce qui existe et gagner d'autre acquis.
D'autres thèmes font partie aussi de nos revendications ; la lutte contre la précarité du statut étudiant et le maintient des acquis collectifs des étudiants, les mêmes droits entre étudiants français et étudiants étrangers hors programme avec une réelle prise en charge de ces derniers, la garantie de la fonction publique du CROUS, le développement de la solidarité locale (une politique active envers les handicapés) l'encouragement de l'engagement citoyen, lutter contre les discriminations, le racisme et la xénophobie, la prise en compte de la pluralité du Campus, une égalité des chances face à la réussite

Tous ces thèmes vont être défendus par nos élus dans les différents conseils à travers le dépôt des motions, des propositions aux responsables et par le vote contre toutes les mesures qui fragilisent le statut étudiant

Comment se sont déroulées ces élections ? Avez-vous rencontré des problèmes particuliers ?
A.R :
Cette année, le climat été particulier. Il a coïncidé avec le mouvement anti-CPE qui touche les universités. Malgré les discussions qui ont précédées les élections entre toutes les listes candidates et les recteurs académies afin de maintenir ce scrutin, certains ont tenté durant la tenue de ces élections d'empêcher le bon déroulement à travers des attitudes violentes, et certains de nos membres on été victime d'intimidation. Cela a été le cas à l'académie de Créteil où plusieurs urnes ont été volées et saccagées, où des bureaux de vote fermés, comme à Rouen, ont empêché l'EMF de mener à bien sa campagne et peut-être de remporter un siège.

Quelle est votre position sur le CPE ? Vous êtes vous associé à d'autres sur cette position et de quelle manière ?
A.R :
Sur cette question, l'EMF a diffusé un communiqué en date du 16 mars pour appeler au dialogue et au sens de la responsabilité. L'EMF partage l'inquiétude des étudiants sur leur avenir professionnel et s'oppose à toute mesure rendant précaire l'accès à l'emploi.
Nous regrettons également que les acteurs sociaux et notamment l'EMF après ses résultats aux CROUS n'aient pas été associés à ces prises de décisions. Nous nous opposons fermement aux blocages et aux dégradations des universités. Le droit de grève doit aller de pair avec le respect du droit individuel de chaque étudiant à suivre ses cours.
L'EMF souhaite et demande également à ce qu'elle soit associée au dialogue entre les organisations étudiantes et le gouvernement afin d'enrichir le débat sur l'insertion des jeunes dans le monde du travail et en particulier l'insertion des jeunes diplômés.