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Le demandeur d'asile

Rédigé par Assmaâ Rakho Mom | Lundi 20 Février 2006 à 17:31

La France est une terre d’asile, celle qui a vu naître la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Cette affirmation s’avère quelque peu chancelante lorsqu’on en a terminé avec la lecture de l’ouvrage de Gaspard-Hubert Lonsi Koko intitulé « Le demandeur d’asile ». Retraçant le parcours complexe d’un réfugié politique arrivé d’une fictive république de Zamba, l’auteur nous permet de nous rendre compte de la réalité du quotidien des demandeurs d’asile.



Truffé de proverbes africains tout aussi drôles que sages, Le demandeur d'asile semble constamment rappeler aux personnes susceptibles de requérir un statut de réfugié politique en France qu'elles devront s'armer d'une infinie patience. Et comment n'en serait-il pas autrement, surtout en ces temps de révision, voire de régression dans les politiques d'immigration et d'accueil des étrangers.

Gaspard-Hubert Lonsi Koko a choisi la fiction et c'est à l'aide de ce mode de narration qu'il nous entraîne dans le labyrinthe emprunté par son héros et demandeur d'asile, Léopold Mwana Malamu. Enjeux d'influence et querelles de tendances à l'OFPRA (Office français de protection des réfugiés et apatrides), exploitation de la misère d'autrui, paperasseries à n'en plus finir, le demandeur d'asile en arrive vite à alterner entre l'exultation passagère et l'abattement prolongé… jusqu'à l'expulsion.

Et les détails sont à découvrir en lisant l'ouvrage. Un ouvrage accessible à tous, et cependant non exempt de reproches quant aux trop nombreuses erreurs orthographiques et à la lourdeur de certains passages consacrés aux textes de lois. Le demandeur d'asile constitue tout de même un ouvrage précieux menant à la compréhension du droit d'asile en France et du quotidien de ceux qui le demande.

Saphirnews a par ailleurs tenu à solliciter l'auteur et à lui poser les questions auxquelles Gaspard-Hubert Lonsi Koko répond ci-dessous.


Saphirnews : Pourquoi avez-vous choisi, aujourd’hui, d’écrire cet ouvrage largement autobiographique ?

Gaspard-Hubert Lonsi Koko : L'ouvrage que je viens de publier n'a rien d'autobiographique. Certes, avant d'être naturalisé Français, j'ai été confronté à la descente aux enfers connue de tous les demandeurs d'asile. Hormis cette similitude, le lecteur constatera que le personnage principal de ce récit s'appelle Léopold Mwana Malamu et non Gaspard-Hubert Lonsi Koko. Il est à noter que quatre-vingt pour cent, au moins, de ressortissants africains vivant en France se reconnaîtront dans le parcours mon héros. De plus, ils ont déposé pour une grande majorité un dossier auprès de l'Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides. Cette histoire est, en réalité, celle de la plupart des ressortissants des pays du tiers-monde à la recherche d'un havre de paix.
Le choix qui consiste à publier cet ouvrage aujourd'hui n'est pas forcément le fait du hasard. Tout observateur averti sait que, en France, il est de tradition de durcir injustement les discours sur l'immigration et le droit d'asile à l'approche des élections à caractère national. Il est très facile de prendre des mesures ignominieuses, par pure démagogie ou simple cynisme, à l'encontre des gens déjà fragilisés qui ne demandent qu'à être traités de la manière la plus humaine possible.
J'ai donc estimé qu'il était de mon devoir de donner au lecteur des éléments appropriés en matière de droit d'asile, de lui permettre également de se faire sa propre opinion sur la diabolisation circonstancielle des étrangers en provenance des pays pauvres.

Saphirnews : Qu’est-ce qui vous a poussé à choisir la France comme terre d’exil ? Et conseilleriez-vous à un demandeur d’asile d’adresser sa demande en France ?

Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Je suis originaire d'un pays francophone, en l'occurrence la République Démocratique du Congo. Cela revient à dire que la langue a été l'un des éléments déterminants dans ma décision de vivre en France et d'y obtenir la nationalité. Quand on tient à tout prix à se mettre à l'abri du courroux d'un tyran, on ne peut que poser ses valises dans une Terre d'asile. La France ne revendique-t-elle pas, haut et fort, le fait d'être le pays des droits de l'Homme et du Citoyen ?
On a trop souvent tendance à croire que le ciel touche la terre à l'horizon. La France n'est plus forcément, de nos jours, ce havre de paix dont on rêve quand on est l'otage d'un régime répressif. Il suffit, pour s'en convaincre, de se pencher sur le rapport d'information parlementaire du 6 juillet 2005 relatif à l'évolution des coûts budgétaires des demandes d'asile. On y décèle la volonté, de la part du gouvernement Villepin, de durcir les dispositifs concernant l'instruction des dossiers des candidats au statut de réfugié.

Saphirnews : Que pensez-vous de la récente création en France du Conseil représentatif des associations noires ?

Gaspard-Hubert Lonsi Koko : Il est en effet intéressant de s'interroger sur les raisons qui sont à l'origine de la création du CRAN. Cet organisme a été mis en place à cause de l'exclusion générée par la communauté majoritaire au détriment des minorités. Face aux injustices à leur encontre, les Noirs de France ont tout simplement éprouvé la nécessité de s'organiser. Il ne s'agit là que d'un naturel réflexe humain.
C'est au pied du mur que l'on reconnaît le maçon. Ainsi revient-il au CRAN d'apporter sa pierre, de la manière la plus républicaine possible, dans la consolidation de la cohésion nationale. Il est plus raisonnable de laisser à cette institution, qui plus est jeune, le temps de faire ses preuves.

Propos reccueillis par Assmaâ Rakho Mom

Séances de dédicaces

Gaspard-Hubert Lonsi Koko dédicacera son ouvrage intitulé "Le demandeur d'asile", paru aux Editions de l'Egrégore :

- Le 5 mars 2006 de 16 h 00 à 18 h 00

Lieu :
Chez Imogène
25, rue Jean-Pierre Timbaud
75011 Paris
Métro : Oberkampf

- Les 25 et 26 février 2006, à l'occasion du salon du livre des droits de l'Homme organisé par la LDH Paris

Lieu :
Espace des Blancs Manteaux
48, rue Vieille du Temple
75004 Paris
Métro : Saint-Paul

Horaires :
Samedi de 17 h 00 à 18 h 30 - dimanche de 17 h 00 à 18 h 30