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SaphirNews.com | Quotidien musulman d’actualité


 


Points de vue

De la diversité des chrétiens d'Orient : le Who’s who des Églises orientales

Rédigé par Martino Diez | Vendredi 6 Octobre 2017 à 16:30

           


Mosaïque de Jésus dans la basilique de Sainte-Sophie à Istanbul
Mosaïque de Jésus dans la basilique de Sainte-Sophie à Istanbul

3. La ligne chalcédonienne (« melkite »)

Les patriarcats de Constantinople et de Rome donnèrent une adhésion sans réserve au concile de Chalcédoine. Leurs fidèles furent traités par leurs adversaires de « melkites », c’est-à-dire « hommes du roi », parce qu’ils suivaient la ligne officielle de l’empereur, même si cette ligne suivit plusieurs oscillations au cours des Ve et VIe siècles.

Comme dit plus haut, la position miaphysite ne fut pas adoptée par l’ensemble des Églises d’Égypte et de Syrie. Ceci entraîna un premier dédoublement des patriarcats d’Alexandrie et d’Antioche, avec un siège chalcédonien, généralement de langue grecque, et un siège miaphysite, de langue copte ou syriaque. De surcroît, une partie de l’Église d’Antioche de langue syriaque et d’orientation monastique fit également sienne l’orthodoxie chalcédonienne : c’est là l’origine de l’Église maronite, qui est présente aujourd’hui surtout au Liban, et dont le nom est censé remonter au moine et ascète Maron, mort vers 410 dans le nord de la Syrie.

À partir de 626, l’empereur Héraclius, en campagne pour reprendre la Syrie et l’Égypte aux Perses, tenta de surmonter la division entre « jacobites » et « melkites » en suggérant une formule d’union : on y affirmait l’existence dans le Christ de deux natures, mais d’une seule énergie ou volonté : c’est la doctrine du monothélisme. Après l’attitude ambiguë du pape Honorius (626-638) qui, sans saisir l’enjeu, réduisait le problème à une simple question de vocabulaire, le monothélisme se heurta à l’opposition déterminante de Maxime le Confesseur (580-662). Celui-ci, en payant de sa vie son opposition au diktat impérial, « affranchit toute la tradition chrétienne grecque de l’emprise déformante de l’intégrisme politique » (Hans Urs von Balthasar, Maxime le Confesseur, p. 33). Cette période obscure, durant laquelle le siège romain, pendant des décennies, demeura le seul à soutenir l’orthodoxie chalcédonienne, se termina sur la condamnation du monothélisme au troisième Concile œcuménique de Constantinople (680-681).

L’Église maronite, fidèle à l’empereur et à Chalcédoine, adopta la position monothélite qui, sous Héraclius, se présentait en Orient comme la ligne orthodoxe. Mais elle ne put participer aux débats successifs, car elle fut immédiatement isolée par l’invasion arabe de 634 et par l’état de guerre endémique entre arabes et byzantins, qui se prolongea sans interruption pendant plus d’un siècle : elle devait n’apprendre que plus tard la condamnation du monothélisme14.

Toujours du fait des conquêtes arabes, les patriarcats « melkites » d’Antioche, de Jérusalem et d’Alexandrie, tous de langue grecque, restèrent coupés de l’Empire byzantin et adoptèrent rapidement l’arabe comme langue de leur liturgie et de leur production théologique, tandis que les autres Églises sous domination musulmane manifestèrent une tendance à conserver leur propre langue d’origine (syriaque et copte) pendant quelques siècles encore. Ce caractère d’arabité de l’Église « melkite » au Moyen-Orient subsiste jusqu’à nos jours.

En 1054, dans un contexte de tension croissante entre les chrétientés latine et grecque, le patriarche de Constantinople et le pape s’excommunièrent réciproquement. Cet épisode, connu comme le schisme d’Orient, est à l’origine de la division de la ligne chalcédonienne en deux grandes branches : l’Église catholique et les Églises orthodoxes. En dépit de quelques tentatives de réconciliation comme le concile de Ferrare-Florence (1438-1439), la séparation persista, et l’excommunication ne fut révoquée qu’en 1965 par Paul VI et le patriarche Athénagoras de Constantinople.

Peu après le schisme d’Orient commencèrent les Croisades, lesquelles eurent, entre autres, l’effet de resserrer les liens entre la chrétienté latine et l’Église maronite, laquelle avait entretemps transféré son siège patriarcal au Mont Liban. Plus tard, en 1580, le synode de Qannûbîn reconnut les décisions du Concile de Trente. Cette acceptation, tout comme la création du Collège maronite à Rome, ouvrit la voie à une période d’intense renouveau spirituel et culturel qui prépara le terrain à la Renaissance arabe (Nahda) dans le Levant. Ce furent par exemple les maronites et les « melkites » qui introduisirent l’imprimerie dans le monde arabe. Le synode maronite de Rayfûn (1736) approuva une nouvelle réforme dans le gouvernement des diocèses et depuis 1823, le patriarcat a son siège à Bkerke.

Saint Charbel Makhlouf, moine maronite (1828-1898)
Saint Charbel Makhlouf, moine maronite (1828-1898)
Au Moyen-Orient, le patriarcat « melkite » d’Antioche, qui entretemps avait déplacé son siège effectif à Damas, oscilla longtemps entre Rome et Constantinople. Toujours dans le cadre de la réforme catholique, les missionnaires européens travaillèrent pour réaliser l’union intégrale avec Rome, qui faillit aboutir en 1724 avec l’élection du patriarche d’Antioche Cyrille VI Tanas, mais se solda par un échec partiel. Le résultat fut un nouveau dédoublement du patriarcat « melkite » d’Antioche en deux branches, connues habituellement sous les noms de grecque-catholique et grecque-orthodoxe – termes toutefois totalement impropres du point de vue linguistique, puisqu’il s’agit en réalité de deux Églises byzantines de langue arabe.

Ainsi, le patriarcat d’Antioche est divisé aujourd’hui entre cinq Églises : trois chalcédoniennes (grec-catholiques, grec-orthodoxes, maronites) et deux originellement non chalcédoniennes (syro-catholiques et syro-orthodoxes). Cette division est particulièrement douloureuse, car ce fut dans cette ville que « pour la première fois les disciples furent appelés chrétiens » (Actes 11, 26).

1. La ligne syro-orientale (« nestorienne ») ici

2. La ligne miaphysite (« jacobite ») ici

4. Les Latins

5. Les évangéliques


Récapitulatif des rites et des Eglises ici