Sur le vif

Le Canada présente ses excuses

Rédigé par Laila Elmaaddi | Samedi 27 Janvier 2007 à 13:57



Vendredi, Ottawa a offert des excuses officielles et plus de 10 millions de dollars de dédommagements à un de ses ressortissants expulsé par les Etats-Unis en Syrie sur la base d'informations canadiennes erronées.

"Au nom du gouvernement du Canada, je tiens à vous présenter mes excuses (...) pour le rôle que les responsables canadiens ont pu jouer dans la terrible épreuve que vous avez vécue en 2002 et 2003", a déclaré M. Harper à l'adresse de Maher Arar qui avait été torturé pendant sa détention en Syrie.

Le Premier ministre a également exprimé fermement, lors d'une conférence de presse, son "désaccord" avec les Etats-Unis. Ceux-ci ont refusé les demandes d'Ottawa que les noms de M. Arar et de sa famille soient retirés de la liste américaine de surveillance des personnes soupçonnées de terrorisme.

Le dédommagement se montera à 10,5 millions de dollars canadiens, plus les frais de justice, a précisé M. Harper. M. Arar avait dans un premier temps réclamé 400 millions de dollars, puis rabaissé ses exigences à 37 millions.

M. Harper a expliqué que l'offre d'Ottawa était basée "sur une estimation réaliste de ce qu'il aurait obtenu dans un procès".

D'origine syrienne, Maher Arar, 36 ans, avait été arrêté par les autorités américaines en 2002, alors qu'il faisait escale à New York. Il avait ensuite été expulsé en Syrie où il a été détenu pendant près d'un an et torturé.

En septembre 2006, une commission d'enquête canadienne l'avait lavé de tout soupçon de liens avec le terrorisme. Elle avait aussi vivement critiqué la Gendarmerie royale du Canada (GRC), estimant que des informations qualifiant à tort Maher Arar d'"extrémiste islamiste" transmises aux Etats-Unis avaient "vraisemblablement" contribué à la décision américaine de l'expulser.

L'affaire a terni la réputation de la GRC et conduit à la démission de son chef, Giuliano Zaccardelli.

Elle a également créé des frictions entre Ottawa et Washington en raison du refus des Etats-Unis d'enlever le nom de M. Arar de leur liste de surveillance.

"Nous allons continuer à exprimer notre désaccord" à ce propos, a déclaré M. Harper, visiblement irrité par les récentes déclarations de l'ambassadeur américain à Ottawa David Wilkins. Celui-ci avait jugé "un peu présomptueuse" l'insistance des autorités canadiennes et en particulier du ministre de la Sécurité publique Stockwell Day.

"Le gouvernement du Canada a parfaitement le droit de défendre un de ses citoyens quand il l'estime injustement traité par un autre pays", a rétorqué M. Harper.

"Voila pourquoi le ministre Day a fait pression pour que le nom de M. Arar soit retiré de la liste des personnes sous surveillance (...) Soyons clairs, comme Premier ministre, j'ai pleinement appuyé le ministre dans cette démarche", a-t-il insisté.

Dans le même temps, le Premier ministre conservateur a souligné que son gouvernement s'était donné pour objectif d'améliorer les relations avec Washington et pensait y être parvenu. Mais, a-t-il ajouté, "ce gouvernement se réserve le droit d'être en désaccord avec les Américains, lorsqu'il y a des sujets importants de désaccord".

M. Maher Arar qui s'est battu sans relâche pour laver sa réputation et obtenir réparation, vit actuellement en Colombie-Britannique, dans l'ouest canadien.

M. Harper a aussi laissé entendre que son gouvernement pourrait agir de la même façon envers trois autres Canadiens d'origine arabe, qui ont été torturés en Syrie entre 2001 et 2004.

Ottawa a ouvert en décembre une enquête à leur sujet portant notamment sur la possible complicité de responsables canadiens dans leur détention en Syrie. "Nous suivrons les conclusions de cette enquête", a déclaré M. Harper.