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Krimo, mon frère, un roman sur une fratrie consumée de Mabrouck Rachedi

Rédigé par Yousra Gouja | Samedi 11 Janvier 2020 à 11:00



L'avis de Saphirnews

Avec Krimo, mon frère, Mabrouck Rachedi raconte l’histoire d’une fratrie consumée. Lila a 19 ans et est étudiante en droit. Elle est plus proche de Krimo, son petit frère, que de Rédouane, l’aîné, en prison pour une affaire de drogue. C’est dans le quartier de La Grande Borne, à Grigny, qu’il a grandi. « Un quartier, c’est un grand village de commères où tout se sait », disait-il. Elle le connaît réservé. Il a toujours été une flèche, rapide et endurante. Et c’est la mort qui l’a assassiné, Krimo. Bien trop tôt.

Le charabia médical déstabilise Lila aux urgences de Corbeil-Essonnes. Après un accident de voiture provoqué après avoir tenté d’échapper à la police, son petit frère plonge dans le coma. Il s’en réveille, donnant à sa famille quelques jours d’espoirs encore. Suffisamment de temps pour que Krimo exprime à sa sœur ses dernières volontés : il veut que son corps soit incinéré et transporté au Japon.

Krimo, mon frère, un roman sur une fratrie consumée de Mabrouck Rachedi

Or, la crémation est un acte proscrit dans la tradition musulmane dont sont imprégnées les cultures maghrébines. Le corps d’un homme vivant est aussi important que celui d’un défunt. Le corps doit devenir poussière de lui-même. Il missionne sa sœur Lila pour le faire. La seule qui a sa liberté de mouvement. Elle accepte son choix ; pas ses parents, qui ont refusé d’assister à la crémation. Elle a dû le faire sans eux, non sans colère « qu'elle refuse d'exprimer par habitude, par honte, parce qu'on lui a enseigné à prendre sur elle ». La double peine.

Krimo, mon frère raconte aussi l’histoire d’une famille franco-algérienne vivant en colocation où les liens sont dissous dans les cachotteries. Le jeune défunt a laissé derrière lui un journal pour lui expliquer qu’il n’était pas si perdu. Quand ce n’était pas pour la drogue, c’était pour le travail qu’il avait engagé sur lui-même qu’il rentrait tard.

Lila est la cadette mais c’est elle, l’aînée véritable. Elle a mis sa vie entre parenthèses pour répondre aux souhaits de son frère après sa mort et se substituer à ses parents absents. Direction le sommet de World Trade Center à Osaka, là où Krimo avait prévu de concourir. Il devait se rendre au Japon pour la première fois pour réaliser son rêve sportif mais sa sœur ira pour lui. Dans le monde réel, le Japon est le pays où le taux de suicide figure parmi les plus élevés du monde. Krimo s’est suicidé sans le savoir, en suivant les traces de son frère. Lila l’a compris.

C’est sur le chemin vers le pays du Soleil-Levant que Lila, cendres de son frère dans les mains, rencontre Adel, qui s’est découvert au Japon par échappatoire de la vie parisienne. S'il est parti au Japon, c'est parce qu'il souffrait d'une trop grosse pression familiale, celui du « petit génie » à qui on demande toujours d'être le premier et de faire ses études dans les meilleurs établissements scolaires. Il a développé une phobie scolaire et personne ne comprend que c'est une véritable souffrance. C'est pourquoi il a des réticences à parler de ses problèmes qu'il fuit les questions à ce sujet, qu’il fuit la France. C'est aussi un voyage initiatique pour lui, même si, à la différence de Lila, il a choisi le Japon parce que ce pays le fait rêver et la langue n’est pas un obstacle.

Avec Adel, elle apprend à sortir de sa zone de confort, à se découvrir des rêves et à voir le monde autrement. C’est ce que son frère lui a souhaité sans lui dire. Les cendres n’étaient peut-être qu’un prétexte.

Mabrouck Rachedi signe là un roman sur fond de filatures, d’une vie tiraillée entre obligations familiales et désir d’émancipation avec des chutes de fin de chapitre plus que fracassantes.

Présentation de l'éditeur

Lila s’envole pour Tokyo avec dans son sac une urne contenant les cendres de son frère Krimo qu’elle transporte clandestinement, bravant divers interdits. Si elle entreprend ce long voyage, c’est pour respecter les ultimes volontés de ce dernier, tué alors qu’il tentait d’échapper à la police, une nuit à Grigny. Mais Krimo n’était pas un délinquant, il essayait seulement d’aider leur aîné à tous les deux, Redouane, accusé d’avoir trempé dans une sale affaire de drogue et incarcéré depuis.

Heureusement, dans son périple Lila peut compter sur les conseils d’Adel, qu’elle a rencontré à l’aéroport, un jeune génie aussi maladroit qu’attachant, par ailleurs grand spécialiste du Japon et de sa culture. Réussiront-ils à échapper à la mystérieuse silhouette qui les traque depuis leur départ de Paris ?

L'auteur

Né en 1976, Mabrouck Rachedi est l’auteur de cinq livres, dont Le poids d’une âme, Le petit Malik et La petite Malika (avec Habiba Mahany), publié par les éditions Jean-Claude Lattès. Après une carrière d’analyste financier, il se consacre désormais à l’écriture.

Lire aussi : Le petit Malik, histoire ordinaire d'un garçon de banlieue

Mabrouck Rachedi, Krimo, mon frère, L'école des loisirs, octobre 2019, 187 p., 15 €.




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