Points de vue

Khaled Bentounes : Islam mondialisé, islam préfabriqué

#1AnAprès

Rédigé par Khaled Bentounes | Mardi 12 Janvier 2016 à 16:00

Un an après les premiers attentats qui ont bouleversé la société française, que faut-il retenir de ces funestes événements et de leurs conséquences ? Quels messages promouvoir et que préconiser pour construire une société meilleure ? Le point sur Saphirnews avec Khaled Bentounes, fondateur et président de l’Association internationale soufie Alawiyya (AISA) et fondateur et président d’honneur des Scouts musulmans de France (SMF). Il est l’auteur, notamment, de « Thérapie de l’âme » (Éd. Koutoubia, 2009).



Khaled Bentounes est fondateur et président de l’Association internationale soufie Alawiyya (AISA) et fondateur et président d’honneur des Scouts musulmans de France (SMF).
Entre un message traditionnel, vivant et universel, rappelant à chaque être le principe fondamental de l’Unicité et invitant à construire le cercle de la fraternité humaine dans le respect mutuel des différences. Et un islamisme replié sur lui-même, névrotique, impuissant à s’adapter à son époque. Lequel peut aider le monde musulman à retrouver la paix, son unité à travers la diversité des courants qui le caractérise, l’acceptation, la tolérance et le dialogue avec les autres traditions ?

D’un bout à l’autre de la planète, une frange d’islamistes ultramédiatisés utilisent les mêmes mots, les mêmes idées, les mêmes habits, pour fournir aux jeunes, en mal d’être, une sorte de prêt-à-penser islamique aux atours de récompense paradisiaque. C’est à un véritable hold-up que nous assistons après quinze siècles d’Histoire, et on se retrouve avec une religion formatée, standardisée, prête à l’emploi...

Pourtant, dès sa naissance, l’islam et son message se sont voulus respectueux des différences. Comment peut-on comprendre la frappante dichotomie qui existe entre ces deux approches d’une même religion ? Car, dès l’origine, le Prophète affirmait l’égalité absolue de tous les hommes : « Les hommes sont égaux comme les dents d’un peigne. » Il répondait certainement en cela à une attente, à un désir profond de changement, à une nouvelle espérance de l’humanité.

Mettre au jour les racines du mal-être des sociétés musulmanes

Par l’attitude irresponsable et inhumaine de certains, l’islam fait peur aujourd’hui. À considérer les tueries à Paris de janvier et de novembre 2015, l’attentat du musée du Bardo en Tunisie, les meurtres quotidiens en Afrique, en Syrie, en Irak et ailleurs, la dissolution d’États (Lybie, Yémen, Somalie, etc.) qui laisse place au chaos, l’islamisme radical hante et agite les consciences par la surexposition dont il est l’objet, occupant tout l’espace médiatique.

Pour mieux l’appréhender, il faut mettre au jour ses racines, son histoire et comprendre le mal-être des sociétés musulmanes grâce auquel il prolifère.

Depuis le premier choc pétrolier de 1973 et l’immense apport financier qui en a résulté, les pétromonarchies du Golfe se prévalent aux yeux du monde d’être les représentantes d’un islam se voulant « sunnite orthodoxe », c’est-à-dire pour eux salafiste. Le wahhabisme se présente comme une doctrine pure face à un islam populaire et mystique, et donc déviationniste à ses yeux. La Ligue islamique, dont le siège est à La Mecque, est devenue un instrument de propagande, de prosélytisme à travers le monde.

Avec des investissements colossaux un effort considérable de modernisation est opéré par les autorités saoudiennes. Celles-ci utilisent ainsi le pèlerinage pour se construire une image de modernité. Chaque pèlerin devient un témoin admiratif de ce régime qui, à leurs yeux, a su islamiser la modernité. Dans le journal saoudien Al-Yaum de Dammam, sous le titre « Le hadj, un business porteur » et rapporté dans le Courrier international (n° 1252 du 30 octobre au 5 novembre 2014), Nadia Baechn compare le rôle économique du pèlerinage à celui du parc d’attraction de Disneyland pour la Californie. Selon elle, « il faut développer l’industrie du tourisme religieux et en exploiter toutes les opportunités ». Les mouvements islamistes tiennent leur modèle conservateur de réussite aux accents de sharî’a réaménagée aux critères de la société de consommation occidentale.

L’illusion de la grandeur des temps passés

Manipulant l’Histoire, le discours des islamistes cite comme exemple l’âge d’or de l’islam avec le califat comme centre de décision politique qui unifiait le monde musulman. D’où leur prétention aujourd’hui à créer un État islamique gouverné par un nouveau calife pour retrouver la grandeur des temps passés.

Ces idées simplistes, ce discours récurrent et les débats stériles qui s’ensuivent vont petit à petit s’introduire dans les mosquées, les écoles, les campus des universités. 45 000 imams de toutes nationalités en sont déjà sortis pour répandre cette doctrine. Cet enseignement religieux servi par des outils modernes tels que Internet, les réseaux sociaux, le marketing, demeure, quant à sa méthode et à son contenu, figé, répétitif, se cantonnant de se référer aux idées d’un passé mythique.

Bâtir un monde plus juste et plus fraternel

Partout, sur les bases de cet islam formaté, il n’est question que du sahwa, le réveil islamique, une nouvelle réislamisation importée directement des Lieux saints. Qui peut, dès lors, discuter de cette légitimité sans renier sa foi, sans risquer sa vie ? Car, avec le temps, le discours se radicalise, il prône ouvertement le recours à la violence. Nous en arrivons à un islam normatif, au modèle unique qui n’admet et ne tolère plus que lui-même. Il porte atteinte et agresse les adeptes des autres religions alors que le Coran dit : « Nulle contrainte en matière de religion » (sourate 2, verset 256).

Le bilan est sombre. Il se chiffre en centaines de milliers de morts, de destructions, des économies sinistrées, un terrorisme international apparenté à l’islam, un énorme gâchis humain et financier. À qui profite ce crime ?

Que cette nouvelle année 2016 puisse nous donner la clairvoyance et la lumière à bâtir un monde plus juste et plus fraternel, à débattre et non à se battre, à mettre en synergie nos savoirs, nos avoirs, notre connaissance au profit d’une humanité en souffrance.