Points de vue

Kémi Seba, mon nouveau frère

Rédigé par Amara BAMBA | Lundi 4 Aout 2008 à 23:58

Après avoir étudié le Coran, Kémi Seba se convertit à l'islam. Finies les diatribes raciales. C'est une nouvelle vie qui commence pour le leader de l'ex Tribu Ka, mouvement afro-centré engagé pour la cause des Noirs. Dans une allocution, le 30 juillet dernier, Kémi Seba prononce le credo fondateur de la foi musulmane : « J'atteste qu'il n'y a de dieu que Dieu et Muhammad est Son envoyé ». Bienvenue à toi Kémi Seba mon frère, bon retour dans le Dîn.



Lorsqu'il défraie la chronique médiatique, Kémi Seba est un Noir en colère. Sur le fond, son discours s'inspire des théories afro-centrées qui fondent les mouvements afro-américains avec une dénégation obsessionnelle du sionisme en plus. Sur la forme, il accuse quelques décennies de retard. On croit voir un Black Panther des années 60, mijoté à la sauce française et saupoudré d'égyptologie. Bref, un Malcom X français mais dans sa période Nation of Islam.

Âgé de 27 ans, Stellio Gilles Robert Capochichi est né à Strasbourg avec des références béninoises. Durant un séjour américain, il fréquente Nation of islam, la congrégation qui a vu naître Malcom X. Il en gardera le sens de la discipline mais aussi le réflexe identitaire, sectaire et ségrégationniste. Il milite alors pour la séparation des Noirs (les kémites) et des Blancs (les leucodermes) parce qu'il estime que nous vivons dans un continuum du système esclavagiste. Le Noir est la victime le Blanc est le bourreau. Pour simpliste qu'il soit, son discours fait écho.

Dans cette quête identitaire Kémi Seba s'acoquine avec divers courants afro-centrés jusqu'en 2004 où il fonde la fameuse Tribu Ka. La cause noire demeure centrale l'anti-sionisme aussi. Et puisque les extrêmes se rencontrent, la Tribu Ka se livre à des empoignades houleuses avec le Bétar et la Ligue de défense juive, deux groupuscules extrémistes de la cause juive.

Le 28 mai 2006, accusant le Bétar d'avoir tabassé des Noirs lors d'une manifestation, la Tribu organise une descente dans un gymnase d'entraînement du Bétar. L'affrontement n'aura pas lieu faute d'adversaires. Mais la parade disciplinée de ces gros bras noirs, taillés comme des armoires à glace et demandant « Où sont les Juifs ? », fait la une de l'actu.
Car le gymnase en question est situé dans le quartier du Marais qui garde les souvenirs des démons de l'occupation allemande. La Tribu Ka sort de l'ombre pour entrer dans un tourbillon fatal. Par une mesure administrative très rare en France (loi du 10 janvier 1936), la Tribu Ka est interdite le 26 juillet 2006. Narguant la loi, elle se reconstitue sous le nom de « Génération Kémi Seba ».

Quand la police intervient pour interdire un meeting de Génération Kémi Seba à Chartres, la confrontation tourne à la jouxte verbale. Les agents sont traités de sionistes. Kémi Seba est condamné à six mois avec sursis (juin 2007). Cinq mois plus tard, il est condamné à un mois ferme pour des propos publiés sur son site. Pour avoir créé Génération Kémi Seba, il prend six mois dont deux fermes (1er avril 2008) et un an de privation de droits civiques. Le harcèlement médiatico-judiciaire en a fait une icône.

Son séjour carcéral permet à Kémi Seba de reprendre ses études autodidactes. Il découvre alors que le Coran n'est pas négrophobe. Il comprend que « l'Unique » des religions traditionnelles africaines n'est autre que le Dieu du Coran. Il opère son retour à l'islam sans autre maître que sa conscience.

Les activistes musulmans nomment la prison « école du prophète Youssouf», le prophète Joseph. Kémi Seba y a appris qu'il était un humain avant d'être un Noir. L'afrocentrisme forcené est une des cicatrices que les blessures de l'esclavage ont taillées dans la dignité et le coeur des Afro-descendants. Sur le continent, cette idéologie n'a pas prise. Elle prend toujours hors d'Afrique.

Pour Sultan Muhammad, petit-fils de Elijah Muhammad l'un des premiers leaders de Nation of Islam, « ce type d'organisation est souvent un passage nécessaire pour de nombreux musulmans afro-américains. Ils y retrouvent une dignité personnelle, un amour propre, qui les rend aptes à la vie spirituelle qu'enseigne l'islam. Passer directement du statut de rébus de l'histoire aux valeurs universelles de l'islam n'est pas à la portée de tous» explique ce musulman orthodoxe qui a étudié à La Mecque.

En attestant « Il n'y a de dieu que Dieu, et Muhammad est Son Envoyé » Kémi Seba sort du déterminisme génétique pour embrasser un destin spirituel. « Noir », « Blanc », « kémite » ou « leucoderme » sont désormais des vocables de sa Jahiliya.
Seulement, saura-t-il investir sa fougue afro-centrée au service d'une cause plus universelle ? Seul l'avenir le dira. Pour l'heure l'on ne peut que souhaiter la bienvenue à ce nouveau musulman de France. Militant dans l'âme, il est déjà à la tête du Mouvement des damnés de l'impérialisme.

Bienvenue dans le Dîn mon frère Kémi. Bienvenue dans le ballet arc-en-ciel de l'islam où chaque âme suit son destin librement, intimement, sans intermédiaire avec l'Unique. Le chemin fut tortueux mais la destination vaut le voyage. En vérité, celui que Dieu éclaire aucune idéologie n'égare. Comme tant d'autres jeunes de France, tu te tenais dans la lumière le dos tourné à la source: tu ne pouvais voir que ton ombre. Puis tu as étudié, tu t'es retourné, tu as fait face. Prosterne-toi mon frère et rends grâce humblement car Demain arrive très vite pour celui qui, comme toi, a vu mourir Hier.

Voir l'allocution de Kémi Sema déclarant sa foi sur dailymotion ou sur le site de Kémi Seba.