Société

Je commence à aimer Zidane

Rédigé par Amara BAMBA | Mercredi 12 Juillet 2006 à 13:52

Je ne suis pas footballeur. Je suis plutôt basketteur. Et pour nous basketteurs, les footballeurs sont de méchants « Manchots » prêts à jouer du coude, de l'épaule voire du poing pour se faire respecter sur un terrain. Pour cette raison et bien d'autres, je n'aimais pas l'effet Zidane. Mais depuis son coup de boule de dimanche, je crois que je commence à changer d'avis.



Zinedine Zidane
Depuis la victoire des Bleus au mondial-98, le football français n'était plus un sport collectif. Zidane et les autres avaient beau parler de l'équipe, des entraîneurs, des soigneurs, des dirigeants... rien à faire: journalistes et supporters n'avaient d'yeux que pour Zinedine Zidane. Zizou par ci, Zizou par là. Ça me devenait insupportable. Zidane n'était plus un footballeur, il était toute l'équipe de France. Pire, il était une idole, un petit dieu. Je trouvais cela franchement malsain.

Quand Zidane a décidé de quitter l'équipe de France, je ne cache pas que j'étais soulagé. Il avait pris sa décision « après avoir longuement réfléchi ». Cela m'a fait plaisir. Le football français allait redevenir un sport collectif. Mais, curieusement, Zidane a décidé de revenir « après avoir longuement réfléchi » encore. Cela m'a déçu et je me suis dit qu'il fallait empêcher ce type de trop réfléchir.

Mais à tout mal il y a du bon. Les Bleus ont de nouveau cessé d'exister et « Zidane a qualifié la France pour le mondial-2006 ». Bref, il fallait s'y faire, Zidane était notre idole et notre équipe nationale.

A voir jouer Zinedine Zidane, on ne peut que s'incliner. Son talent est réel. Mais surtout, cet homme est généreux sur un terrain. Le ballon lui colle à la chaussure et pourtant quand il lève la tête c'est pour mettre un partenaire en valeur. Cela me séduit énormément. C'est le rôle d'un milieu de terrain d'offrir des ouvertures à ses avants, me direz-vous. En cela, chapeau. Zinedine Zidane offre des caviars. Il les sert avec un art et une créativité à me faire aimer ce sport de Manchots.

Mais dans les colonnes des journaux, Zidane était toujours l'équipe. « Comment vont jouer les Bleus sans Zidane? » s'interrogeaient certains commentateurs lorsque Zinedine écope d'une pénalité d'un match après deux cartons jaunes. Ces interrogations me semblaient malsaines car elles participent à la négation de l'équipe au profit d'un seul de ses éléments.

Zidane a beau parler de l'équipe, il a beau partager leurs victoires. Mais, incorrigiblement, sa générosité et son esprit de partage étaient corrompus par l'admiration débordante qu'on lui témoignait. Finalement, le dieu Zidane avait éliminé le talentueux Zidane. Et à lire certains titres, on se demandait si Zidane était encore un humain.

La réponse est venue à la 110e minute du match de ce dimanche 9 juillet. Peu protégé par l'arbitrage, harcelé par son défenseur, Zidane était un joueur diminué à ce moment du match. Certainement le poids de l'âge. Mais cela n'explique pas tout. Il avait aussi un strap au poignet. Il avait une épaule fragilisée après une chute dangereuse. A ce niveau de la compétition, ce sont des situations ordinaires.

Toujours est-il que, à la 110e minute, Zidane est revenu sur ses pas et a mis un gentil coup de boule à Marco Materazzi, son adversaire italien. Rien de bien dangereux, mais le geste est spectaculaire et contraire à l'esprit du foot.
Pour l'heure, nous ignorons ce que M. Materazzi a bien pu dire à Zidane. Cela me semble vraiment secondaire. Car au regard de l'arbitrage, l'usage aurait voulu que Zidane attende le moment opportun pour se faire justice par un coup d'épaule sournois ou un coup de coude hypocrite. Ça se passe souvent ainsi au pays des Manchots. Mais Zidane n'avait plus d'épaule, il n'avait plus de coude, il lui restait sa tête. Avec la dignité d'un taureau, il a choisi la franchise. De face, sans ombre d'hypocrisie. C'est cela que je retiens.

Le geste n'est pas excusable et je crois que Zidane le sait et j'espère qu'il l'assume. Mais pour celles et ceux qui avaient tendance à l'oublier, ce geste est un message clair : Zidane est encore un humain. Oui ! Il est un homme, un homme normal. Il est comme chacun de nous : un bipède, un mammifère omnivore, fait de chair et de sang, avec des forces et des faiblesses, des limites personnelles.

Dans son cas, Dieu l'a élevé au-dessus des autres par un talent que nul ne lui nie. Et je sais que cela peut paraître paradoxal, mais depuis ce coup de boule de dimanche, je commence vraiment à aimer Zidane.