Psycho

Ibrahim : « Je suis frustré par le manque de rapports sexuels avec ma femme, j’ai parfois l’envie de tout arrêter »

Rédigé par Sabah Babelmin | Mercredi 8 Avril 2020 à 12:30



Je me suis marié à l'âge de 24 ans en essayant de respecter au maximum les principes de notre belle religion.

J'ai toujours essayé d'être assidu dans mes prières et d'appliquer les enseignements prophétiques dans la vie de tous les jours. Sans faire de pub pour l'islam, mais en essayant d'avoir un bon comportement, la ponctualité, fournir la meilleure prestation dans le cadre du travail...

Avant de me marier, les rencontres que j'ai faites n'étaient que dans l'unique but de me marier. J'avais des critères et des exigences qui se sont allégés au cours des recherches. Je n'ai jamais eu de rapport sexuel avec pénétration avant de me marier. J'ai essayé de faire des rencontres qu'avec consentement des proches (parent, frère, sœur...) dans la mesure du possible.

Avec l'aide de Dieu, j'ai réussi à me marier, al hamdoulilah, et j'ai essayé d'appliquer tout ce que j'ai appris sur le fiqh du mariage dans les livres lus, grâce aussi à des cours et conférences suivis.

Après la première semaine de mariage, je trouvais ma femme très froide avec moi, mais j'ai pris sur moi en remerciant Dieu chaque jour.

Nous avons eu des difficultés au niveau du premier rapport sexuel et nous avons consommé notre mariage après 15 jours ou trois semaines. Au cours des six premiers mois, nous avons eu peut-être moins d'une dizaine de rapport. Puis, j’ai eu un grave accident.

Après m’être rétabli, nous avons effectué le hajj, qui figurait dans mes objectifs post-mariage, et nous avons commencé à avoir des enfants. Nous avons eu deux enfants par la grâce d'Allah, mais la relation de couple n'a fait qu'empirer. Plus de relation, ma femme ne fait aucun effort pour se préparer à la maison, la maison est un véritable chantier même s’il est vrai que nous avons des enfants turbulents.

J'ai fait le choix de mon épouse pour laquelle je ne me sens pas indifférent parce qu'elle m'avait promis certaines choses. Quand je reviens sur ces choses aujourd'hui, elle me répond simplement que, si elle avait refusé, elle est consciente que je serai allez voir ailleurs. Ce qui n'est pas faux.

En six ans de mariage, nous avons eu environ 20 rapports sexuels. Je jeûne pour surmonter cette situation. Quand j'arrête, j’ai des envies, j'attends d'avoir des rêves érotiques ou me masturbe en revoyant des situations antérieures, ou que Dieu me pardonne, je tombe sur la pornographie.

J'ai parlé à mon épouse de faire intervenir un élément extérieur pour essayer d'améliorer les choses mais elle ne veut pas. Je ne veux pas penser au divorce pour ne pas blesser ma femme (et ses proches) et surtout pour que mes enfants vivent en harmonie. Mais nous nous disputons beaucoup pour toutes ces négligences. Je ne veux pas commettre l'adultère et gâcher ma religion pour quelques secondes de plaisir en brisant ce que j'essaie de construire et de laisser derrière moi.

Voir mes enfants sourire me fait oublier tous les problèmes sur le moment. J'ai repris mes études pour assurer un meilleur avenir à ma famille. Je mène une vie assez rude, je prends beaucoup sur moi et mon niveau de santé commence à en prendre un coup.

Je me mets la pression pour atteindre des objectifs et, derrière moi, je vois que des enfants, personne pour m'épauler. Ma femme, qui a arrêté de prier malgré tous les rappels au quotidien, passe ses journées devant la Playstation et Netflix.

Je m'en remets à Dieu premièrement en tant que musulman et lui demande pardon pour mes pêchés intimes et la négligence de ma femme. J'ai l'impression d'avoir manqué quelque chose d'important dans mes 25-30 ans, et je comprends pourquoi les gens trompent et que les divorces coulent à flot.

Je n'ai jamais parlé de cette situation et surtout pas à ma famille. Que faire dans ma situation ? J'ai l'impression d'avoir raté ma jeunesse, et le fait que mon épouse ne respecte pas ses engagements me donnent, par moment, l'envie de tout arrêter, voire de me marier avec une deuxième personne acceptant cette situation afin de combler le grand manque dont j'ai besoin.

Sabah Babelmin, psychanalyste

Cher Ibrahim,

Merci pour votre confiance et votre honnêteté. Il ressort de votre lettre beaucoup de frustration mais aussi de la maturité et de la réflexion. Car, malgré le manque d’une sexualité épanouie avec votre femme, vous restez fidèle, et vous vous rabattez sur la masturbation, la pornographie ou le jeûne pour vous aider, comme vous l’avouez.

Mais je vous rassure : dans le couple, vous avez une responsabilité partagée de tout ce qui vous arrive, il n’y a pas une victime et un bourreau, sauf dans quelques rares de cas pathologiques.

Vous évoquez d’entrée de jeu votre nuit de noces qui n’a eu lieu que 15 jours ou trois semaines après le mariage, votre accident et puis l’arrêt de la sexualité.

Plusieurs questions me viennent : est-ce que vous aimez cette femme que vous avez choisie ? Comment vous vous êtes pris avec elle la première fois ? Est-ce que la défloration était difficile pour vous, pour elle?

J’ai cru comprendre que, lors de votre célibat, vous n’aviez pas de relations sexuelles, donc pas d’expériences. Et cela ne s’apprend pas seulement dans les livres, Tout le monde apprend en faisant. Qu’en pensez-vous ?

J’ai l’impression que les interdits, la pudeur, le manque d’expérience et la peur du péché vous ont bloqué quelque part et vous empêchent de vivre votre sexualité normalement avec votre femme. Et puis elle aussi a un important rôle à jouer, mais apparemment, ce n’est pas une partie de plaisir pour elle, elle s’offre comme un objet, pour que vous n’alliez pas voir ailleurs, et ne prend aucune responsabilité dans ce qui vous arrive !

Et puis peut être n’ose-t-elle pas affirmer ses désirs et ses besoins de peur d’être déconsidérée par vous ? C’est souvent l’angoisse de beaucoup de femmes d’être considérée comme une femme légère car elle ose s’affirmer sexuellement. Et tout cela, me semble-t-il, vous emprisonne tous les deux dans une grande frustration et une abstinence forcée.

L’islam n’a jamais interdit la sexualité entre deux époux, c’est même un devoir du mari de faire jouir sa femme et la satisfaire et vice-versa. Mais il me semble que votre côté pieux vous bloque et vous empêche de vivre tout simplement.

Votre femme passe son temps sur la PlayStation ou Netflix pour s’évader, comme une adolescente et néglige même ses enfants. Elle doit être aussi malheureuse que vous, mais ni l’un ni l’autre n’osez aborder le sujet avec honnêteté et franchise.

Il me semble que, dans un premier temps, il faut que vous en parliez ensemble, dire votre détresse, votre souffrance d’être marié mais ne pas oser faire l’amour avec votre femme. Peut-être avouer si vous étiez maladroit avec elle, et dire que vous allez faire des efforts, vous améliorer pour que, tous les deux, vous soyez satisfaits et en harmonie.

Si le dialogue est difficile ou impossible, je vous invite d’aller consulter un sexologue ou un psychothérapeute de couple qui vous aidera à comprendre ce qui se passe et, soit à mettre en place une vie de couple conjugal épanoui, soit vous séparer car peut-être vous n’avez pas fait le bon choix. Vos enfants vous comblent mais il en va aussi de leur équilibre futur de vous occuper de ce problème de couple. Bon courage.

La rubrique « Psycho », qu’est-ce que c’est ?

Des psychologues et psychanalystes répondent à vos questions. Musulman(e)s du Maghreb ou de France, professionnel(le)s actif(ve)s exerçant en cabinet, ils réfléchissent à votre problématique et tentent de vous éclairer à travers leur expérience professionnelle et leur pratique spirituelle. Ils peuvent vous aider à y voir plus clair en vous-même ou à mieux décrypter le comportement des personnes de votre entourage.
Ils ne sont pas médecins, même si on les désigne parfois comme des « médecins de l’âme », mais leur rôle est de vous aider à trouver en vous-même la meilleure réponse à vos interrogations sur vos relations aux autres, votre conjoint ou conjointe, vos parents, vos frères et sœurs, vos amis, vos collègues de travail, vos voisins...
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