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Points de vue

Ibrahim Ali : voter FN, c'est le tuer une seconde fois

Rédigé par Nassurdine Haidari | Mercredi 19 Février 2014

Le vendredi 21 février marquera le 19e anniversaire de la mort d’Ibrahim Ali, jeune Marseillais assassiné d’une balle dans le dos par un militant du Front national (FN) en 1995. Comme chaque année, ses proches, ses amis, des partisans du vivre-ensemble ainsi que des militants antiracistes se rassembleront lors de différents événements au cours de la journée pour commémorer la mémoire d’Ibrahim Ali et dénoncer le racisme qui lui coûta la vie. Le collectif Marseille-Egalité s’associe à ces événements et invite la population à y venir nombreux pour participer et montrer qu’à Marseille seul le racisme n’a pas sa place.



Ibrahim Ali : voter FN, c'est le tuer une seconde fois
Le 21 février 2014 aura lieu la 19e célébration du meurtre d'Ibrahim Ali. Face au contexte nauséabond d'un racisme qui progresse à Marseille, nous avons décidé de lancer une campagne contre le Front national pour que Marseille ne soit pas prise en tenaille entre la haine de l'autre et le repli sur soi.

La jeunesse marseillaise, fer de lance de toutes nos espérances, doit aussi avoir en elle le courage et la lucidité de dire non aux préjugés.

Se souvenir d'Ibrahim Ali

Il y a 19 ans, un jeune Marseillais tombait sous les balles d’un colleur d’affiches du Front national. Ibrahim Ali, jeune français d’origine comorienne, disparaissait brutalement à 17 ans, devant ses amis, à la sortie d’une répétition pour le Sidaction.

Marseille venait de perdre l’un de ses espoirs, l’un de ces jeunes hommes qui aurait pu vivre et faire avancer la ville. Une mère, plongée dans le silence du chagrin, venait de perdre son seul et unique enfant, dans le vacarme de la haine programmée d’une idéologie raciste qui faisait de ce jeune homme noir une cible idéale.

Une arme venait de faire taire une âme ; sans que cela puisse attirer la compassion du Front national et de ses responsables. Le crime était même justifié par un Brunot Mégret, député européen et haut responsable du FN, en 1995. D'une inhumanité sans borne, il déclarait : « C’est la faute de l’immigration massive et incontrôlée » (Le Méridional, le 23 février 1995). La vieille et perpétuelle litanie du Front national…

Ce crime raciste avait ébranlé Marseille et bouleversé les Marseillais.

Cet acte odieux avait soudainement éveillé les consciences sur la nature profonde du Front national. Et les Marseillais avaient défilé en masse sur la Canebière, pour dire non à la haine, non à l’idéologie raciste, non au Front national, et oui à la vie.

Une belle réaction collective dont Marseille a le secret, une belle image d’unité face à ce terrible drame, qui avait, dans de tristes circonstances, redonné à Marseille un souffle de solidarité et avait adressé à la France tout entière un témoignage de fraternité.

Le FN crédité de 20 % aux municipales à Marseille

Pourtant, force est de constater que les idées du Front national progressent dans la société.

Un récent sondage TNS Sofres pour Le Monde, France Info et Canal+ révèle que plus d'un Français sur trois (34 % exactement) adhère aux idées du FN. Un score inquiétant qui en dit long sur la santé de nos institutions, sur la crédibilité de nos politiques et sur la fiabilité de nos politiques publiques. Un sévère avertissement pour tous ceux qui combattent le racisme dans sa totalité et son instrumentalisation politique.

Aujourd’hui, Marseille est la cible de ces mêmes forces obscures qui aimeraient faire main basse sur la ville, en distillant la même idéologie raciste, pour s’imposer au cœur de cette élection municipale. Crédité à 20 % sur l’ensemble de la ville, le faiseur de roi sera probablement à Marseille un adversaire des valeurs qui ont porté la cité phocéenne.

Voter FN, c'est tuer Ibrahim une seconde fois

Alors, non, le Front national n’est pas un parti comme les autres ! Et voter FN, c’est voter contre Marseille, c'est tuer silencieusement Ibrahim Ali une seconde fois.

Marseillais, ne donnons pas droit de cité au Front national ! Lui qui n’a jamais reconnu la pluralité et la singularité de notre ville, et dont le simplisme idéologique en termes de propositions à apporter pour Marseille verse dans le registre du ridicule, voire de la fumisterie politique.

La haine de l’autre ne peut être un programme en soi. Les Marseillais doivent de nouveau en prendre rapidement conscience.

Devant le péril « bleu marine » qui frappe à nos portes, nous avons décidé de consacrer, à Marseille, la journée du 21 février de chaque année à la lutte contre le racisme, l'exclusion et la haine. Nous avons également décidé de lancer une campagne marseillaise contre le Front national pour que Marseille, ville-monde par tradition, enracinée dans la République française par son histoire, ouverte sur la Méditerranée par sa position géostratégique, devienne une ville fierté de sa diversité et forte de son unité.

Nassurdine Haidari est élu PS de Marseille et délégué du Conseil représentatif des associations noires de France (CRAN) pour la région PACA.