Psycho

Houria, 19 ans : « Je suis tout le temps enfermée dans ma chambre »

Rédigé par Lalla Chams en Nour | Mardi 13 Octobre 2015 à 16:36



Je suis une jeune sœur de 19 ans et introvertie de nature.

Il y a six ans de cela, j’ai préféré rester enfermée chez moi et je ne souhaitais plus sortir par la suite. Lorsque je suis rentrée au lycée, j’ai énormément souffert à cause des gens durant un an. Mon mal-être a continué dès que j’ai quitté cet établissement.

J’ai fait deux tentatives de suicide en 2012 en l’espace de six mois. J’ai donc été hospitalisée et, à partir de là, j’ai commencé à avoir des idées obsessionnelles pendant un an. Je revivais mon hospitalisation jour et nuit, d’ailleurs ça me hante jusqu’à maintenant.

Ces waswas me perturbent et il m’arrive de faire du mal aux gens mais indirectement car je calcule tous les faits et gestes des personnes et, par conséquent, je fais des hypothèses sur celles-ci.

J’ai le sentiment que ma foi baisse de jour en jour, car je pense être faible mentalement. Je souffre et j’ai l’impression que cela m’empêche de lire le Coran. À part la prière, car je ne peux plus rien faire d’autre, comme s’il y avait quelque chose qui me bloquait...

Je n’ai pas de communication avec mon père du fait de son caractère. Ce qui fait monter ma tension, c’est qu’il ne fait que de se marier et divorcer. J’ai la haine en moi et je n’ai pas envie d’aller vers lui.

Je suis la seule de fille de la maison et je suis tout le temps enfermée dans ma chambre.

Je souffre d’hyperthyroïdie. J’ai des périodes où je vais très mal moralement, je ne l’explique pas et je m’autodétruis par la pensée car les épreuves que je vis sont présentes depuis très longtemps et je suis dans une vraie routine, ce qui me pèse des fois tous les jours.

C’est un ensemble d’épreuves qui m’affaiblit de jour en jour.

Voilà, j’aimerais avoir vos conseils ou votre avis, s’il vous plaît. On m’a conseillée de faire le dhikr, mais rien n’y fait : j’ai le cœur lourd…

Barak Allahu fik pour votre réponse et que Dieu vous récompense, insha Allah.
Houria


Lalla Chams en Nour, psychanalyste

Chère Houria,

D’abord, pardonnez-moi pour cette réponse tardive, l’abondance du courrier et les vacances d’été n’ont rien arrangé…

Vos symptômes, la peur des autres, le tourment mental permanent, la haine dont vous parlez, le désir de rester enfermée, les tentatives de suicide, etc., montrent qu’il est urgent d’agir pour sortir d’un cercle vicieux qui ne vous mènera nulle part.

À 19 ans, vous avez bien sûr des moyens pour retrouver le goût de la vie et la confiance en vous autant que dans les autres. Mais cela vous sera très difficile d’en sortir toute seule. Votre état a des origines dans votre histoire, le climat de la famille dans vos toutes premières années. Vous ne parlez pas de votre maman, est-elle toujours vivante ? Y-a-t-il eu séparation ?

Il vous faut rencontrer un professionnel, un psychologue, par exemple, avec qui vous pourriez apprendre à prendre du recul sur votre histoire, comprendre ce qui vous a conditionnée, c’est la seule manière de sortir de cette impasse, il me semble.

Mais sans doute auriez-vous intérêt avant de consulter un psychiatre qui pourrait vous aider avec un traitement qui calmerait vos angoisses. Vous pouvez consulter en centre médico-psycho-pédagogique (adressez-vous à votre mairie), dans un premier temps, si vous n’avez pas de revenus.

Une fois votre état stabilisé, il vous sera alors nécessaire de faire un travail de fond avec le ou la psychologue. Il arrive très souvent autour de 18-20 ans que l’entrée dans la vie d’adulte soit très difficile pour des jeunes dont la structure psychique a été abîmée par des évènements familiaux ou un climat délétère en famille. Cela se passe comme si la personne ne parvenait pas à s’appuyer sur sa structure interne pour se lancer dans l’existence.

Mais, rassurez-vous, votre état doit s’améliorer si vous faites le nécessaire. Ne restez pas seule, n’hésitez pas à vous faire aider par des personnes compétentes qui ont l’habitude de ce genre de situation… Bon courage !

La rubrique « Psycho », qu’est-ce que c’est ?

Des psychologues et psychanalystes répondent à vos questions. Musulman(e)s du Maghreb ou de France, professionnel(le)s actif(ve)s exerçant en cabinet, ils réfléchissent à votre problématique et tentent de vous éclairer à travers leur expérience professionnelle et leur pratique spirituelle. Ils peuvent vous aider à y voir plus clair en vous-même ou à mieux décrypter le comportement des personnes de votre entourage.
Ils ne sont pas médecins, même si on les désigne parfois comme des « médecins de l’âme », mais leur rôle est de vous aider à trouver en vous-même la meilleure réponse à vos interrogations sur vos relations aux autres, votre conjoint ou conjointe, vos parents, vos frères et sœurs, vos amis, vos collègues de travail, vos voisins...
Alors, n’hésitez pas, interrogez-les, ils tenteront de vous répondre en s’éclairant des plus belles pensées de l’islam.
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