Sur le vif

Grande-Bretagne : une lettre du gouvernement aux imams incomprise

Rédigé par Christelle Gence | Vendredi 23 Janvier 2015 à 16:14



En Grande-Bretagne, une lettre adressée par un ministre à près d’un millier d’imams, a suscité un tollé auprès de certains représentants de la communauté musulmane. Le membre du gouvernement enjoint les imams à en faire plus pour lutter contre l’extrémisme et les exhorte à expliquer aux 2,8 millions de musulmans du pays en quoi l’islam est compatible avec le fait d’être Britannique.

« En tant que chefs de la communauté (musulmane), vous occupez une place unique dans notre société. Vous avez une occasion rare, et une responsabilité de taille : expliquer et démontrer comment l'islam peut être partie intégrante de l'identité britannique », ont écrit Eric Pickles, ministre des Communautés et des Collectivités territoriales, et son sous-secrétaire d’Etat, Lord Tariq Ahmad de Wimbledon. « Les valeurs britanniques sont des valeurs musulmanes. Comme toutes les religions, l'islam et son message de paix et d'unité rend notre pays un endroit meilleur et plus fort, et la Grande-Bretagne seraient diminués sans ses fortes communautés musulmanes. »

Le membre du gouvernement invite également les imams à écarter « ceux qui propagent la haine ». « Vous devez prouver à nos jeunes, particulièrement convoités par les extrémistes, que ces derniers n'ont rien à leur apporter (...), prouver à ceux qui propagent la haine qu'ils n'ont pas de place dans nos mosquées pas plus que dans n'importe quel lieu de culte », explique-t-il.

Un ton condescendant dénoncé

Le contenu de la lettre a provoqué la colère de certains dignitaires musulmans. L’un d’eux a accusé le ministre de reprendre le discours de l’extrême droite. « Est-ce que M. Pickles suggère par là fortement, comme le font des membres de l'extrême droite, que les musulmans et l'islam sont intrinsèquement en dehors de la société britannique ? », lui a rétorqué Harun Khan, secrétaire général adjoint du Conseil musulman de Grande-Bretagne (MCB).

Dans un communiqué, l'organisation a reconnu que la lettre a été écrite « de bonne foi » mais a critiqué « l'insinuation selon laquelle l'extrémisme prend racine dans les mosquées et que les musulmans n’en font pas assez pour dénoncer le terrorisme qui se produit en notre nom ». Pour Mohammed Shafiq, directeur de la Fondation Ramadhan, c’est une lettre condescendante et « typique d'un gouvernement qui ne regarde les musulmans qu'à travers le prisme du terrorisme et de la sécurité ». La lettre a en revanche reçu le soutien de personnalités musulmanes telles que Haras Rafiq, de la fondation Quilliam contre le terrorisme.

David Cameron défend la lettre

Face à la polémique, le Premier ministre David Cameron a volé au secours d’Eric Pickles, précisant qu’il avait lu la lettre, qu’il était d’accord avec la teneur de la lettre. « J'estime que c'est la lettre la plus sage, la plus sensible et la plus modérée qu'Eric pouvait écrire », a-t-il affirmé. Les ministres ont « absolument raison » de souligner que les leaders musulmans ont une responsabilité dans la lutte contre la radicalisation. Il est même allé plus loin, assurant qu'ils avaient « un problème » s’ils refusaient qu’on leur demande d’en faire plus pour combattre l’extrémisme.

L'organisation britannique Tell Mama chargée de lutter contre l'islamophobie a recensé une forte hausse des actes visant les musulmans britanniques depuis les attentats à Paris. Dans la lettre, Eric Pickles a invité toute personne faisant l'expérience de violence islamophobe à s'adresser à Tell Mama pour les aider à défendre leurs droits.