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Politique

Fatiha Benatsou : « On peut s'en sortir quel que soit son parcours »

Interview

Rédigé par Anissa Ammoura | Mercredi 17 Juin 2009 à 10:11

           

Nommée préfet déléguée à l'égalité des chances le 3 juin dernier pour le département du Val-d'Oise, Fatiha Benatsou n'est pas une débutante. Après une enfance passée dans un bidonville de Seine-Saint-Denis, racontée dans un ouvrage autobiographique*, elle a connu une vraie ascension sociale et professionnelle. Haute fonctionnaire, elle est actuellement chargée de mission pour l'insertion sociale et professionnelle des jeunes, poste qu'elle occupe depuis 2006. Saphirnews a interviewé celle qui prendra ses fonctions le 29 juin prochain.



La préfet déléguée à l'égalité des chances, Fatiha Benatsou, prendra ses fonctions le 29 juin. (Photo : © Conseil économique et social)
La préfet déléguée à l'égalité des chances, Fatiha Benatsou, prendra ses fonctions le 29 juin. (Photo : © Conseil économique et social)

Saphirnews : Vous venez d'être nommée préfet déléguée à l'égalité des chances, quel est votre sentiment ?

Fatiha Benatsou : C'était un moment de grande émotion, un moment de joie mais aussi la satisfaction d'être nommée préfet de la République ; émotion parce qu'avant tout je pense à ma mère, qui m'a donné ce souffle. Mon cheminement en France s'est fait pas à pas depuis trente-cinq ans. Dans mon enfance, ma mère a beaucoup souffert. De sa souffrance, elle m'a transmis cette combativité et la volonté de ne jamais me résigner face aux obstacles.

Quel va être votre plan d'actions pour le Val-d'Oise ?

Fatiha Benatsou : Je prends mes fonctions de préfet déléguée à l'égalité des chances le 29 juin prochain. Ces postes ont été créés en 2005 à la suite des émeutes dans les banlieues pour répondre à cette détresse, à cette violence, à cette attente. C'est la première fois que la République reconnaît comme priorités toutes les questions liées à la cohésion sociale.
En prenant mes fonctions, j'aurai à monter des actions avec l'ensemble des structures existantes, les élus locaux, les entreprises, les présidents d'association, avec les habitants eux-mêmes. Je serai une femme de contact, une femme de terrain... pas pour pleurer sur leur sort, mais pour monter des opérations avec eux pour les sortir de leur détresse.

À quels types d'opérations pensez-vous ?

Fatiha Benatsou : Toutes celles qui me paraissent porter des résultats rapides en matière de lutte contre l'illettrisme, de lutte contre le chômage, et qui remettront les gens en perspective pour construire leur vie. Je soutiendrai et accompagnerai ces opérations. J'attends de voir ce qui se fait sur le terrain, et de rencontrer les personnes porteuses de projets qui peinent à sortir. Par ailleurs, il faut des résultats en matière de lutte contre la précarité et les difficultés sociales.

Vous incarnez la réussite sociale par les études, comment redonner aux jeunes le goût de celles-ci ?

Fatiha Benatsou : Vous savez, moi, je viens d'un milieu où mes parents et mes grands-parents étaient analphabètes. Ils sont venus d'Algérie dans les années 1950 avec l'envie de pouvoir travailler et de pouvoir mettre leurs enfants à l'école, donc l'école de la République existe.
Beaucoup de jeunes gens n'ont pas forcément pris la bonne orientation ni trouvé la bonne filière tout de suite, ils ont décroché de l'école ou ont des difficultés dans leur vie. En France, 80 000 jeunes sortent chaque année de l'école sans savoir ni lire ni écrire.
Pourtant, il existe un tas de solutions pour redonner une deuxième chance à ces jeunes mais peut-être ne sont-ils pas au courant de tous ces dispositifs. Et ces jeunes, que je connais − depuis trente-cinq ans je m'occupe de ces jeunes en difficulté −, ont envie de s'en sortir à condition qu'on leur fasse confiance. Ils sont bourrés de talents et de qualités. Il faut leur permettre de progresser régulièrement, en étant autoritaire − parce qu'ils ont besoin d'autorité − mais aussi en leur donnant accès à la connaissance, à une remise à niveau scolaire et à un emploi.
Quand la société se mobilise, et que la priorité est d'apporter des solutions à ces populations, on peut faire avancer tous ces jeunes ainsi que tous les individus qui n'ont pas de chance aujourd'hui mais qui vont l'avoir. Le message que je lance est vraiment un message optimiste : on peut s'en sortir quel que soit son parcours.

L'expression « préfète issue de la diversité » vous dérange-t-elle ?

Fatiha Benatsou : Moi, je suis préfet de la République. Cela fait trente-cinq ans que je travaille sur les questions sociales, économiques et éducatives. Est-ce que l'on dit préfet auvergnat, préfet breton, préfet corse ? Non. Il faut aussi savoir reconnaître toute la diversité dans son ensemble, sans en stigmatiser une en particulier.

Personnellement, je ne me sens absolument pas stigmatisée. Je suis portée par cette force, cet élan d'être utile, de servir la République. Si certains s'amusent à me caricaturer ou à minimiser les compétences de personnes issues de la diversité, c'est leur problème, pas le mien. En tout cas, il faut continuer de travailler et d'apporter des solutions là où il y a des problèmes.

À quand remonte le projet du livre ?

Fatiha Benatsou : Il y a très très longtemps que j'avais fait la promesse à ma mère et à ma grand-mère, disparue peu de temps après le décès de ma mère. Ce qui m'a donné du courage, c'est cette promesse. Il y a deux ans, à l'âge de 50 ans, je me suis dit : « C'est vrai, tu as fait de belles rencontres, tu as eu de la chance, tu as repris tes études, tu es reconnue dans ton domaine, tu es écoutée, tu as beaucoup progressée, mais il y a une chose que tu n'as pas faite, la plus importante : tenir ta parole donnée à ta mère et à ta grand-mère. »
Je me suis mise à écrire ce livre pour la mémoire, pour ne pas les oublier, car leur vie est une victoire collective. Je tenais à ce que cette vie, ce parcours soient la mémoire qui soit entendue, lue par l'ensemble de la France. Cela s'est passé en France, dès les années 1950. Ce que je porte aujourd'hui, c'est cette histoire. Je ne l'oublie pas, parce qu'elle me donne la force d'avancer et d'aider les autres. C'est cela que ma mère m'a enseigné : aider les autres.

Quelles sont vos ambitions politiques ?

Fatiha Benatsou : Je suis sur une mission qui va être difficile mais passionnante. Je vais mettre toute mon énergie et toute ma passion du côté des gens qui attendent que les choses bougent. Après, je ne sais pas, je suis ouverte à tout, bien évidemment.



Séance plénière du Conseil économique et social, le 25 février 2009 : Fatiha Benatsou est rapporteur pour « Les entreprises dans les zones franches urbaines ». (Photo : © CES)
Séance plénière du Conseil économique et social, le 25 février 2009 : Fatiha Benatsou est rapporteur pour « Les entreprises dans les zones franches urbaines ». (Photo : © CES)
Parcours

Fille d'émigrés kabyles, Fatiha Benatsou, née le 2 avril 1957 à Villepinte, en Seine-Saint-Denis, a grandi dans un bidonville d'Aulnay-sous-Bois. Elle y a passé son enfance et son adolescence, entourée de sept frères et sœurs... mais surtout de sa grand-mère et de sa mère, décédée à l'âge de trente-deux ans. Ces deux femmes seront ses modèles de courage en termes de lutte contre la misère et les traditions.

Fatiha Benatsou raconte leurs histoires, et inévitablement la sienne, dans l'ouvrage Le Rêve de Djamila* − du prénom de sa mère −, sorti en février dernier. Elle quitte l'école à l'âge de seize ans, reprend ses études à l'âge de vingt-deux ans.

Diplômée d'un master en ingénierie des affaires à l'École polytechnique féminine, elle a notamment été directrice de la communication à la Sonacotra (1997-2003), conseillère technique chargée de la mémoire au ministère de la Défense (2004-2005), et, depuis 2006, chargée des relations institutionnelles pour l'insertion des jeunes de Défense 2e chance. Depuis 2004, elle est également membre du Conseil économique, social et environnemental, dans le groupe des personnalités qualifiées.

Fatiha Benatsou est aussi auditrice de l'Institut des hautes études de défense nationale et colonel de l'Armée de l'Air, dans la réserve citoyenne. Ancienne conseillère municipale à Montlhéry (Essonne), elle a aussi créé en 1993 le premier forum de l'emploi en Seine-Saint-Denis et piloté un programme d'aide à l'enfance avec le Haut Comité aux Réfugiés. Par ailleurs, elle a créé et organisé les premiers Trophées de la 2e chance, et est décorée de l'ordre national du Mérite.


* Le Rêve de Djamila, Éd. Robert Laffont, 2009.


Lire aussi :
Fatiha Benatsou, première femme préfet issue de la diversité




Réagissez ! A vous la parole.

1.Posté par AKMOUM le 17/06/2009 14:01 | Alerter
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Bravo pour votre réussite et continuer en espérant que l'image des maghrébins en France soit une image positive (reussite dans les eétudes, le sport, l'économie...

Mais, j'espere que les jeunes desoeuvrés trouvent une solutions a leurs problèmes (formation, emploi, logement, santé).
continuer.

2.Posté par ALEXIS le 24/06/2009 10:08 | Alerter
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Effectivement, bravo et que DIEU vous donne encore plus de réussite. Mais il convient tout de même de noter que l'ascension sociale est vraiment facilité pour une maghrébine....lorsqu'elle ne porte pas le voile !

Aujourd'hui, chacun doit faire des choix =
- Viser la réussite dans la société en délaissant une partie de sa Foi,
- Conserver sa Foi au détriment de son intégration,
- Ou bien revendiquer sa Foi par les valeurs morales et le bon comportement en œuvrant pour le changement des mentalités tout en accédant à la réussite professionnelle.

Personnellement , je choisi la troisième solution. Jamais je ne sacrifierais ma religion pour ce bas-monde, tout comme jamais je ne m'isolerais dans mon petit monde de l'islam en délaissant ma société.

Le juste milieu, n'oubliez pas!

3.Posté par Dahbia KACED née BENATSOU le 02/07/2009 12:42 | Alerter
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Bonjour Fatiha,
Tout d'abord, je tiens à te féliciter tout particulièrement pour cette promotion et pour ton ascension fulgurante ces derniers mois ! (que nous suivons du fin fond du Nord Est de la France)
Bravo aussi pour ton intervention dans les médias et dans la presse récemment en mai je crois (France 5) où tu as défendu brillamment les valeurs de la république à l'école!
Mohammed doit être fier de toi...
On t'embrasse bien fort
Dahbia

4.Posté par Jean Vergucht le 02/07/2009 17:27 | Alerter
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Encore toutes mes Félicitations.

Je suis fier de t'avoir connue, et j'espère te revoir.

Je t'embrasse,

Jean

5.Posté par Mohamed BENABID le 16/07/2009 16:05 | Alerter
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Chère amie,
J'ai pu te parler au téléphone pour te féliciter très chaleureusement pour ta brillante nomination. Je suis fier de toi et je te souhaite bonne chance et beaucoup de réussite dans tes nouvelles fonctions.
Je reste convaincu que tu prendras à cœur cette belle et noble mission. Nos jeunes ont besoin d'être aidé et guidé afin de pouvoir trouver la voie qui leur permette de recouvrer le bonheur et sortir du néant dans lequel ils ont toujours été plongés. Grâce à tes actions conjuguées à d'autres, ils trouveront à coup sûr, l'épanouissement et l'équilibre nécessaires à la construction de leur vie d'adulte. Le monde est difficile et l'exemple de courage et de ténacité que tu donnes reste pour bien d'entre nous une référence. Je suis heureux et fier d'être ton ami.
Je t'embrasse. Mohamed

6.Posté par maris-sophie le 07/01/2010 15:21 | Alerter
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Bonjour Fatiha,

bravo pour votre courage et encore félicitation pour votre légion d'honneur, elle souligne votre parcours remarquable fait de sincérité et de persévérance sans oublier l'humilité qui est une de vos qualités.
Nous sommes fiers de vous connaître
bonne et heureuse année

7.Posté par richardet le 02/04/2010 06:49 | Alerter
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Nous vous informons de la parution du livre Sujet Féminin - Témoignages de femmes. Editeur . ID l'Edition Bernardswiller - 67 -
Son auteur, Patrick Richardet, est le fondateur du Salon du livre de Colmar - Alsace- ( plus de 30 000 visiteurs en 2009, il s'agit de son dixième ouvrage.
Patrick Richardet a effectué un travail sur le terrain durant cinq années et a sélectionné un peu plus de cent témoignages de femmes pour rédiger son livre. L'auteur a réservé deux chapitres de son livre à : Les femmes et l'exclusion et les femmes et la violence.
Il parle de Madame Fatiha Benatsou.





8.Posté par Mamadou Sène le 25/09/2012 02:10 | Alerter
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nous voulons des informations sur Jaqueline Trébor née le 15 Nov 1947 à Port-Louis (371) Française noire d'origine Haitienne, habitant en France (Préfecture du Val d'Oise). Nous avons tenté de la joindre au téléphone sans succès. Elle a des biens au Sénégal qu'elle a confiés à mon cousin illettré. Son époux Castets est décédé il n'y a pas longtemps. Nous n'avons aucune de ses nouvelles. Veuillez nous aider à la retrouver pour lui restituer ses biens ou à les liquider comme elle l'avait souhaité. Je suis le cousin de son confident qui m'a en retour confié l'affaire qui prend maintenant une tournure très sérieuse. Veuillez écrire à mouhamedsene2010@hotmail.fr ou à Mamadou Sène Professeur d'anglais demeurant chez Feu Racine Ndiaye Quartier Wakhinane-Diamagueune à Nguékokh Dept Mbour Sénégal.