Points de vue

Extrême droite : l’état d’urgence ne concerne pas seulement les terroristes qui s’affilient à l’islam !

Rédigé par | Jeudi 19 Octobre 2017 à 11:50



Un projet d’attentats déjoué par les forces de l’ordre fait la Une de la presse française : il s’agirait d’un groupe d’extrême droite qui aurait visiblement planifié et organisé plusieurs attaques contre des lieux de culte musulmans ou encore contre des personnalités politiques et des migrants. On connait cette filière comme étant proche de militants d’Aube dorée, dont on connait le traitement à l’égard des réfugiés en Grèce.

Cette tentative d’attentats déjouée, comme les autres attentats perpétrés par les hommes de Daesh, sont graves et appellent nécessairement à une certaine forme d’enquête journalistique. Lorsque les terroristes affiliés à Daesh sont arrêtés, les médias mainstream n’hésitent pas à faire des « éditions spéciales » et à aller chercher les moindres détails sur la vie de ces derniers. Or, un tel effort journalistique n’a pas été vérifié pour ces terroristes qui sont tout aussi dangereux car ils portent atteinte au principe de liberté de religion et de fraternité, deux composants essentiels du socle républicain.

Il était en conséquence, à notre sens, utile de révéler aux Français qui sont ces individus radicalisés qui souhaitent, eux aussi, porter atteinte à la fraternité française. Par ailleurs, les cibles, outre les hommes politiques, sont des personnes vulnérables, qui peuvent être attaqués assez simplement : les migrants, déjà en situation irrégulière, et les musulmans qui sont actuellement empreints aux préjugés les plus nauséabonds par une poignée d’individus.

Refuser le deux poids, deux mesure dans la lutte contre le terrorisme

Pour la continuité de la fraternité républicaine, ces individus, si leurs agissements sont avérés, devront être sanctionnés de la manière la plus ferme. D’ailleurs, il n’est pas sans rappeler que le projet de loi contre le terrorisme peut également concerner ces groupuscules de sorte qu’une « mesure de surveillance » ou toute autre mesure au titre de la loi, amenée à être promulguée prochainement, pourra être imputée à ces individus qui sont particulièrement dangereux pour l’ordre public.

Il ne faudrait pas que, dans la lutte contre le terrorisme, l’Etat français apparaisse comme une entité favorisant le deux poids, deux mesures. Car, en effet, la multiplication des attentats sur notre sol va appeler à des réactions violentes d’individus persuadés que les musulmans, dans leur globalité, sont à l’origine des attentats en France et qu’il faudrait en découdre avec eux. On retrouve d’ailleurs régulièrement la violence de tels comportements sur les réseaux sociaux par des comptes qui, masqués derrière l’anonymat, se permettent de diffuser les idées que la République n’a entendu que dans ses heures les plus sombres.

Ces mêmes groupes vont également tenter de mettre en échec la politique d’accueil des migrants, qui demandent l’asile après avoir été persécutés dans leurs pays d’origine. La législation ne doit pas pour autant faiblir et l’Etat doit prendre des mesures claires pour désamorcer les agissements de ces individus qui souhaitent remettre en cause plusieurs décennies de protection internationale des réfugiés politiques.

Il va de soi que la configuration actuelle du Code pénal permet de reconnaître une circonstance aggravante lorsque les faits sont dirigés à l’égard de personnes dites vulnérables ou encore lorsque les individus ont agi en souhaitant marquer leur haine religieuse ou raciale. En effet, n’oublions pas que l’article 132-76 du Code pénal précisant que : « Lorsqu'un crime ou un délit est précédé, accompagné ou suivi de propos, écrits, images, objets ou actes de toute nature qui soit portent atteinte à l'honneur ou à la considération de la victime ou d'un groupe de personnes dont fait partie la victime à raison de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée », le Code pénal considère les agissements comme une circonstance aggravante de l’infraction.

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Asif Arif est avocat au Barreau de Paris, auteur de plusieurs ouvrages, conférencier spécialiste des questions d’islam et de laïcité.

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