Société

Discriminations : « Ce n’est pas la beauté qui compte, c’est ce qu’il y a dans la tête ! »

Rédigé par Leïla Belghiti | Vendredi 20 Novembre 2009 à 08:00

La discrimination n'était pas sujet tabou, mercredi, à Lille, où près de 200 personnes se sont déplacées pour un colloque sur les « Discriminations au motif de l'apparence physique ». Si les lois existantes peuvent faire l'affaire, restent encore de lourdes mentalités à changer.



Cela faisait bien longtemps que l’amphithéâtre de l’Institut régional d’administration (IRA) de Lille n’avait pas accueilli un public aussi attentif sur une thématique tout aussi captivante. La vivacité et vitalité d’Éric Pelisson n’aura pas échappé à l’assemblée, composée de chercheurs, d’universitaires, de représentants de la HALDE et de diverses associations, mais aussi d’une vingtaine d’étudiants de la première et de la deuxième promotion du master Management de l’égalité et de la diversité de Sciences Po Lille.

Un carnet de notes et un stylo à la main, ils puisent dans les interventions la matière qui fera leur métier de demain. Éric Pelisson, directeur du master, initiateur et organisateur du colloque nous affirme fièrement que «c’est la première fois en France et en Europe qu’une telle manifestation est organisée».




Un tabou social

La discrimination, on en entend pourtant parler tous les jours, à la télévison, dans la presse et même au café du coin. Mais vue sous l’angle de l’apparence physique comme motif de discrimination, c’est plutôt rare, cela fait même l’objet d’un « tabou social » nous confie M. Pélisson, auteur notamment d’une des références phares sur le sujet, Les Discriminations (éd. Ellipses, 2007).

T'es beau/belle, donc tu es...

Sans doute une des plus subtiles et sournoises des discriminations : le critère de beauté.
Pour Hélène Garner-Moyer, docteur en sciences de gestion, il n’y a pas photo : une personne « plus séduisante » aura une trajectoire professionnelle plus intéressante qu’une autre, à compétences égales. La « plus séduisante » aura ainsi jusqu’à trois fois plus de chances (42 %) d’accéder à un emploi que sa congénère (16,5 %), selon une étude test (envoi de CV multiples) réalisée par la chercheuse. La solution ? « Ne pas rendre la photo obligatoire sur un CV, connaître et travailler sur nos propres préjugés et faire évaluer les mentalités. » Vaste chantier. Il paraît cependant évident pour de nombreux recruteurs qu’il faille arborer certaines mensurations et avoir un assez beau minois pour occuper certains emplois.

Le motif de l’apparence physique a été introduit dans la législation française par la loi de 2001 relative à la lutte contre les discriminations. Pour autant, avons-nous souvent l’occasion de rencontrer des assistantes de direction obèses ou en surcharge pondérale ? Poussons le bouchon un tantinet plus loin : avons-nous besoin de mannequins pour présenter des voitures ou un pot de yaourt aux fraises ?

Les associations féministes auront beau crier haro, toujours est-il que la discrimination au motif de l’apparence physique (taille, sexe, genre, etc.) domine le marché de l’emploi et le secteur de la pub. Soit les victimes ne s’en rendent pas compte, tant le critère corporel s’est banalisé à outrance, soit elles n’osent porter plainte, malgré l'existence du cadre législatif. « Arrivé à un moment, il faut oser sanctionner », martèlent en cœur les intervenants.

Des préjugés pesants

Handicapés, gens de couleur, tatoués, obèses, ils portent un même combat : lutter contre les préjugés. « Depuis que je m’habille en costard-cravate, on me regarde différemment », lance un tatoué, ex-piercé.« Leur regard était empli de pitié. Je ne suis pas malheureuse ! Je ne veux pas faire ressentir de la pitié. Ces gens ont peur de la différence », témoignait une handicapée. Témoignage rejoint par la présidente d’Allegro Fortissimo, qui se bat contre le « racisme anti-gros ».

« Et les femmes qui portent un foulard, dans tout cela ? », fait remarquer Zakia Meziani, présidente de l'Association tourquennoise pour la reconnaissance des droits et libertés des femmes musulmanes (ARDLFM), qui s’attendait à une intervention sur le sujet. Mais paf ! L’intervenante prévue pour en débattre est absente. « Rendez-vous le 9 décembre, pour un colloque dédié à la discrimination au motif de l’apparence religieuse », lui répond l’animateur.

Hélas, car le parallèle aurait été plus que probant, tant les témoignages des « foulardées » auraient sans doute été ressemblants : « Il n’y a pas de hiérarchie dans les discriminations, les effets sont les mêmes », fait justement remarquer Sylvie Benkemoun, secrétaire générale d’Allegro Fortissimo et psychologue clinicienne.

Le débat sur le foulard, faute de pouvoir se déclencher à la tribune, s’est déplacé au déjeuner, entre deux bouchées de dessert.