Sur le vif

Des funérailles islamiques accordées à une prostituée, une première au Bangladesh

Rédigé par Saphirnews (avec AFP) | Jeudi 13 Février 2020 à 18:45



Au Bangladesh, où l’islam est religion d’Etat, la prostitution est légale mais les personnes exerçant ce qui est couramment appelé le plus vieux métier du monde sont marginalisées, mises au ban de la société, tout au long de leur vie. A leur décès, les prostituées ne bénéficient pas des rites funéraires islamiques. Leurs corps sont enterrées à la va-vite dans l’anonymat, souvent la nuit, sans prières, ou, pire, jetés dans le fleuve. La situation est toutefois sur le point de changer.

Au début du mois de février, Hamida Begum, prostituée depuis l’âge de 12 ans et décédée à ses 65 ans des suites d’une maladie, a pu bénéficier de funérailles religieuses. Une première à Daulatdia où elle exerçait, et possiblement au Bangladesh.

Les funérailles religieuses ont pu être organisées grâce à l’action d’un groupe de prostituées. Celles-ci ont convaincu la police locale de parlementer avec des responsables religieux, tous réticents à présider la prière mortuaire.

« Qui suis-je pour juger ? »

L’un d’eux s’est laissé convaincre par le bien-fondé de la demande. « L'imam était initialement réticent à diriger les prières. Mais nous lui avons demandé si l'islam interdisait de participer aux prières funéraires d'une travailleuse du sexe. Il n'avait pas de réponse », a fait savoir à l'AFP Ashiqur Rahman, chef de la police locale.

Quelque 200 personnes se sont rendues aux obsèques de Hamida Begum. « Je n'aurais jamais rêvé qu'elle reçoive une si honorable cérémonie d'adieux », a déclaré la fille de la défunte, qui exerce la même profession qu'elle. « Ma mère a été traitée comme un être humain. »

Avec ce geste, les autorités locales veulent « mettre fin à un tabou discriminatoire », a indiqué Ashiqur Rahman. « J'espère qu'à partir d'aujourd'hui toute femme qui travaille ici (à Daulatdia), dont moi, aura les mêmes prières funéraires que ma mère », a déclaré la fille de Hamida Begum.

« Après tout, qui suis-je pour juger ? », a affirmé Jalil Fakir, un conseiller de village ayant participé aux obsèques, qui s’insurge contre les discriminations dont les prostituées sont victimes. « Si (une prostituée) a commis des pêchés, c'est à Allah de la juger dans l'au-delà, pas à nous ».

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