Monde

Des élections sous menace en Afghanistan

Rédigé par Fatima Souab | Mercredi 19 Aout 2009 à 11:29

Le deuxième scrutin démocratique de l’Afganistan depuis 2004 doit avoir lieu ce jeudi 20 août. Au regard du déchaînement de violences qui frappe tout le pays ces derniers jours, les talibans sont en passe d’atteindre leur objectif : empêcher les élections. La nomination du nouveau secrétaire général de l’Otan, le Danois Anders Fogh Rasmussen n’y change rien pour l’heure, en dépit de sa volonté de sécuriser le pays et de dialoguer avec les talibans modérés.



Le président sortant Hamid Karzaï, élu en 2004, brigue un second mandat. (© D. R.)
Flambée de violences en Afghanistan à quelques jours du scrutin présidentiel destiné à désigner le nouveau dirigeant qui succédera à l’actuel chef de l’État Hamid Karzaï, candidat à sa propre succession.

Le 20 août prochain, les électeurs afghans, pour la deuxième fois dans leur histoire, éliront leur président parmi les 41 candidats, choisis par la Commission électorale indépendante afghane.

Entre autres adversaires sérieux au président sortant, l’ancien ministre de l’Économie Ashraf Ghani et l’ex-ministre des Affaires étrangères, Abdullah Abdullah.

Les talibans, contrôlant une grande partie du territoire, veulent entraver le déroulement de ces élections. Dans un communiqué diffusé sur le Net, ils incitent la population à boycotter le vote au motif que prendre part au scrutin équivaut à soutenir « l’invasion américaine ».

Ils multiplient les attentats, une façon de remettre en cause la légitimité de ces élections, placées sous la haute surveillance de la communauté internationale. Ils veulent le retrait des troupes basées sur le territoire depuis 2001, après les attentats du 11-Septembre.

La sécurité devient l’objectif premier de la coalition

Un retrait que le secrétaire général de l’Otan, le Danois Anders Fogh Rasmussen, nommé le 3 août dernier, rejette. Sitôt entré en fonction, il s’est déclaré en faveur d’un renforcement armé en Afghanistan afin de sécuriser le pays. « Nous resterons en soutien aussi longtemps que cela sera nécessaire », a-t-il déclaré, rappelant dans la foulée l’objectif initial de la coalition : « Éviter que l’Afghanistan ne redevienne une plaque tournante du terrorisme international. »

Pour atteindre cet objectif, il met en avant la nouvelle stratégie, impulsée par le président des États-Unis, Barack Obama : tendre la main aux talibans modérés. Et inciter les autorités afghanes à dialoguer avec les insurgés.

Avec environ 2 900 hommes sur place, la France approuve ce recadrage. Dans une interview du 3 août parue dans Le Figaro, le ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, considère que le rôle des troupes est de défendre « l’existence d’un gouvernement démocratique » par un soutien économique et humanitaire.

Le regain de violence menace le bon déroulement des élections

Sur le terrain, rien ne change. Les insurgés ciblent les militaires de l’OTAN, causant des pertes considérables. Pour le mois de juillet, 75 hommes ont péri portant à 800 le nombre de militaires morts, depuis le début de la mission de l’alliance. Ce sont les civils afghans qui paient le plus lourd tribut, avec, rien que pour la journée du 21 juillet, la mort d’une vingtaine de civils dans l’explosion d’une bombe.

L’opinion publique de plus en plus sceptique

Côté opinion publique des pays alliés, l’heure est aux interrogations. Les critiques les plus virulentes viennent de Grande-Bretagne.

Dans un rapport, rendu public le 2 août, des députés britanniques constatent l’inefficacité de la présence des soldats en Afghanistan : « L’effort international depuis 2001 a donné beaucoup moins de résultats que ce qui avait été promis, et son impact a été considérablement affaibli par l’absence d’une vision et d’une stratégie cohérentes fondées sur les réalités de l’histoire, de la culture et de la politique en Afghanistan. »

Son bilan est consternant : pilonnage des civils par erreur, corruption du pouvoir en place, essor de la culture du pavot. L’OTAN n’a pas atteint ses objectifs après huit ans de présence.

Le cas du soldat britannique, Joe Glenton, 27 ans, traduit en cour martiale pour avoir refusé de retourner en mission en Afghanistan, enfonce le clou. Dans une lettre adressée à Gordon Brown, le Premier ministre britannique, le déserteur fait valoir un témoignage vécu de l’intérieur. « La guerre en Afghanistan ne réduit pas le risque terroriste et, loin d’améliorer la vie des Afghans, sème la mort et la désolation dans tout le pays », affirme-t-il.