Société

Créteil : l’apaisement après le choc de l’attentat manqué contre la mosquée

Rédigé par | Samedi 1 Juillet 2017 à 19:00

Après la tentative d'attentat contre la mosquée Sahaba de Créteil (Val-de-Marne) et le choc qu'elle a généré pour les musulmans, c'est l'apaisement qui primait le lendemain, jour de prière hebdomadaire du vendredi. Les fidèles, qui se sont rendus nombreux à la mosquée, ont choisi de ne pas céder à la panique et à la colère. Reportage.



L’ambiance est très calme ce vendredi après-midi à Créteil. Les nombreuses averses ont vidé les rues et les parcs. Sur le parking de la mosquée Sahaba, une dizaine de bénévoles tente de s’abriter comme ils peuvent sous un arbre en attendant que la pluie baisse en intensité. A l’entrée du lieu de culte, d’autres bénévoles, reconnaissables à leur gilet beige doublé d’un autre fluo, fouillent visuellement l’intérieur des sacs et des manteaux des fidèles, cela sous le contrôle de cinq agents de police en uniforme et armés de carabines.

L’atmosphère y est lourde et grave depuis la tentative d’attentat qui s'est produite la veille contre le lieu de culte. Un homme de 43 ans, au volant d'un 4 x 4, a voulu écraser les fidèles à la sortie de la bâtisse religieuse, s’inspirant sans doute de l’attaque perpétrée à Finsbury Park à Londres dix jours avant. Le maire et le préfet se sont rendus sur place dans la soirée.

« Il y a clairement eu préméditation »

Le terre-plein sur lequel le forcené est grimpé avec son 4x4.
Moncef Maiz, un des responsables de la mosquée, nous raconte comment s’est déroulé l’événement choquant : « En consultant les vidéos, on a vu qu'un conducteur avait forcé les barrières avec sa voiture. Bloqué par les plots de protection, il a fait demi-tour. Il est passé par le parking, a escaladé le terre-plein avec son 4 x 4. Ne voyant pas de fidèles sortir de la mosquée, il est reparti en arrière. Nous avons tenté de l’appréhender en formant un barrage avec des voitures pour l’empêcher de quitter le parking mais il a forcé le passage, abîmant le véhicule d’un des fidèles. Il est passé par la nationale pour s’enfuir mais a été arrêté à environ deux kilomètres de là par la police. »

« Il y a de quoi être choqué quand on voit ce genre d’attaque qu’on peut qualifier de terroriste », explique Moncef Maiz. « La mosquée est très vivante. Nous sommes à proximité d’une base de loisirs, il y a beaucoup de gens et notamment des enfants qui traînent autour. Il aurait pu faire beaucoup de mal », ajoute-t-il.

D’après les témoignages de plusieurs fidèles, l'homme d’une quarantaine d’années serait déjà venu faire des repérages et aurait notamment déposé une gerbe de fleurs près d’un arbre. Il aurait même été aperçu la veille. « Il y a clairement eu préméditation. Ce n’est pas un simple coup de folie », juge Moncef Maiz. Le responsable de l’espace restauration de la mosquée Sahaba espère que les forces de l’ordre vont mettre en place un dispositif de sécurité renforcée : « Il y a eu un renforcement de la sécurité à partir de fin 2015 (après les attentats de Paris, ndlr). Il y a eu un petit relâchement mais je pense que les autorités vont prendre conscience de la situation. Il faudrait au moins de la visibilité. Si une voiture de police était stationnée, l’individu aurait réfléchi à deux fois, je pense. »

Pour des raisons de sécurité, l'Union des associations musulmanes de Créteil (UAMC), en charge de l'édifice religieux, a pris la décision d'annuler la kermesse prévue pour dimanche 2 juillet.

Un sermon du vendredi sous le signe de l'apaisement

Malgré cet incident, la mosquée fait toujours salle comble lorsque l’imam monte à la tribune pour énoncer son sermon. En ce premier vendredi qui suit le mois de Ramadan, il choisit d’insister sur l’importance de la constance dans l’accomplissement des bonnes œuvres. Il invite ainsi les fidèles à poursuivre leurs bonnes résolutions prises pendant la période de jeûne.

C'est ensuite que l’imam revient sur la tentative d’attentat. Il recommande de suivre l’exemple du Prophète Muhammad qui ne répondait pas aux provocations. « Il faut pardonner », lance-t-il, tout en appelant à la vigilance. « La violence n’a pas de religion ni de couleur », insiste-t-il. Le guide religieux remercie les autorités locales et religieuses qui ont témoigné leur solidarité auprès de la mosquée. Enfin, il prie les fidèles d’accepter les fouilles à l’entrée qui ne sont, selon lui, qu’une simple formalité permettant de garantir un minimum de sécurité.

« L’imam a raison, il faut pardonner et s’en remettre à Dieu en espérant qu’il nous protège, incha Allah », juge Mounir, 57 ans, venu de la ville voisine de Maisons-Alfort.

« Sur le coup, on a eu un peu peur mais il ne faut pas céder à la panique et il faut continuer à vivre », témoigne Sarah, 20 ans, originaire de Thiais. L’étudiante, qui vient régulièrement prier à la mosquée de Créteil, estime que le forcené « n’a rien compris » s’il pensait venger le Bataclan car les fidèles « n’ont rien à voir » avec les terroristes du 13-Novembre. Amine, un habitant de Créteil, se dit, quant à lui, attristé. « Je pense que la meilleure façon de lutter contre cela, c’est de discuter et d’échanger avec les gens », analyse le jeune Cristolien.

Malgré le faible écho médiatique de l'attaque, le calme prime sur la colère du côté des fidèles de la mosquée Sahaba. « Cette attaque odieuse vise à nous déstabiliser et à nous plonger dans le désarroi et la discorde », a fait savoir Karim Benaissa, président de l’UMAC. « Non ! Nous n’y céderons pas et resterons déterminés à poursuivre notre travail, entamé depuis des années, dans le cadre du vivre-ensemble, du dialogue interreligieux et de la fraternité. »

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