Lionnes et gazelles

Célébrer la joie de l’Aïd malgré les appels de la haine contre les musulmans

Par Mehrézia Labidi-Maïza*

Rédigé par Mehrézia Labidi-Maïza | Vendredi 10 Septembre 2010 à 14:28



Le Prophète – paix et salut de Dieu sur lui – disait : « Le jeûneur connaît deux joies : une quand il fait la rupture du jeûne dans sa vie actuelle et une autre quand il recevra sa récompense le jour où il se présentera devant Dieu. » Notre bien-aimé Prophète dit vrai. En effet, nous faisons l’expérience quotidienne de cette première joie chaque jour de Ramadan à l’heure du coucher du soleil quand nos familles se réunissent pour rompre le jeûne.

Ce qui est unique et merveilleux en ce mois béni est que tous les membres de ma famille font un effort particulier pour être à la maison à ce moment-là ce qui nous permet d’accomplir la prière du maghreb ensemble, de faire notre invocation ensemble : « Dieu, pour toi, j’ai jeûné et sur la nourriture que Tu m’as offert j’ai rompu le jeûne, la soif est étanchée et le devoir est accompli avec la grâce de Dieu et sa volonté. » Et nous partageons par la suite le repas d’iftar.

Comment décrire ces moments sinon comme des instants de paix et de bonheur d’être ensemble, de se retirer du bruit, de soucis et du rythme effréné de la vie dehors. Demandez à toutes les personnes qui vivent ces jours de Ramadan et elles confirmeront ce sentiment. Quelle joie est plus intense que ces retrouvailles familiales quotidiennes. Comme nous nous invitons souvent durant le Ramadan, il est pour nous aussi le mois de raffermissement des liens d’amitié, non seulement entre musulmans pratiquants mais aussi entre nous et nos amis non musulmans. Cela aussi est une source de joie !

Et bien sûr, il y a le jour de l’Aïd, dans la tradition dans laquelle j’ai grandi, on l’appelle « Aïd as-Saghir » par opposition à « Aïd el-Kebir », la fête du sacrifice, mais aussi parce qu’il est marqué par la joie des enfants qui portent des habits neufs et reçoivent « l’offrande de l’Aïd », soit une somme d’argent qu’ils sont libres de dépenser comme ils veulent.

Cette tradition, nous sommes nombreux à la perpétuer ici. C’est l’équivalent de Noël pour nos enfants. Et pour que chaque famille vive cette joie de l’Aïd, tous les musulmans donnent une aumône, zakât al-Fitr, à la fin du Ramadan à leurs coreligionnaires pauvres ou dans le besoin.

Ce qui est bien dans cette aumône, c’est qu’elle est donnée par tous, même les pauvres la donnent pour plus nécessiteux qu’eux : on se retrouve donc tous donneur et receveur ; et la dignité de tous est sauvée en ce jour béni.

Ce don est censé purifier notre jeûne de tous les manquements qui ont pu l’entacher. On offre et on partage la joie ici bas pour la recevoir dans l’au-delà, le jour où Dieu – gloire à Lui – donne leur récompense aux jeûneurs qui ont observé ce rituel en obéissant à son appel. Voilà une deuxième joie que nous espérons et nous souhaitons à tous ceux qui y croient.

Mais la joie de la fête est assombrie par la violence qui persiste dans des pays musulmans, par des catastrophes naturelles dans d’autres et, surtout, par des appels à la haine contre les musulmans dans d’autres pays. Que faire face à tous ces défis et ces souffrances ?

Les violences que connaît l’Irak endeuillent plusieurs familles et sèment la terreur parmi les Irakiens, qui aimeraient bien goûter à un Aïd sans larmes. Ils essaient courageusement de braver cette peur et de célébrer leur joie malgré tout. Nos frères et sœurs irakiens doivent être présents dans nos invocations et nos prières.

Les inondations ont frappé le Pakistan, réduisant des millions de Pakistanais à l’indigence. Il faut que nous contribuions, chacun à son niveau, à mobiliser l’aide pour eux.

Les enfants de Gaza qui passent encore un Aïd sous l’embargo et le siège sont privés de l’essentiel. Ils ont encore besoin de notre solidarité, continuons à les soutenir.

Les Roms et les immigrés en général, nos concitoyens et nos frères dans l’humanité se trouvent mis à l’index aujourd’hui dans notre pays qu’est la France. La précarité de leur situation se fait ressentir de plus en plus. Soyons à côté de ceux dont les droits risquent d’être bafoués et soyons attentifs à leur souffrance, car notre dignité dépend de leur dignité.

L’appel moyenâgeux et haineux du pasteur américain Jones qui veut brûler des copies du Saint Coran le jour du 11 septembre entend être mis à exécution le lendemain de l’Aïd, jour de pardon et de réconciliation. Cet appel fait suite à l’annonce de la construction d’un centre islamique dans le quartier du Ground Zero. Cette annonce a déchaîné la fureur des extrémistes et des xénophobes de tout bord. Les acolytes de ce pasteur e veulent pas de réconciliation des mémoires et sont tels des pyromanes allumant le feu de la haine partout.

À cet appel honteux font écho les prétendus « plus républicains que les autres », qui ont organisé un apéritif anti-islam dans une rue de Paris. L’apéro a tourné au flop total.

À eux comme à ce pasteur, la meilleure des réponses est de célébrer l’Aïd avec bonheur, d’en faire un jour de joie partagée et de solidarité. Nous ne devons pas tomber dans le piège de leur provocation. En voulant isoler les musulmans, ce sont eux-mêmes qui se trouvent isolés et dénoncés par les religieux éclairés et justes, par les responsables politiques et par toute personne douée de raison.

Les prétendus républicains français ont prouvé par leur discours haineux et raciste qu’ils n’ont rien à faire avec les principes fondateurs de la République française, notamment celui de la fraternité des citoyens, quelle que soit leur croyance ou leur origine.

Le pasteur extrémiste n’a réussi jusqu’à présent qu’à prouver qu’il n’est rien d’un vrai disciple de Jésus, symbole d’amour du prochain. Par son appel à brûler le Coran, il évoque les actes blâmables et criminels des membres du Ku Klux Klan, qui brûlaient et lynchaient leurs concitoyens noirs. À part quelques illuminés qui le suivent, le peuple américain, dans sa majorité, s’est démarqué de lui et les musulmans américains fêteront l’Aïd dans la joie, malgré le climat de tension que lui et ses semblables essaient de propager.

Enfin, l’Aïd correspond cette année avec la fête juive de Roch Hachana. Que les prières des croyants de bonne volonté des communautés juive et musulmane de France se joignent pour implorer Dieu le Très-Miséricordieux, afin qu’Il nous aide à faire ensemble des pas sur le chemin de la paix, ici, dans notre pays, et là-bas, en Terre sainte.


* Mehrézia Labidi-Maïza est coordinatrice de Femmes croyantes pour la paix.