Points de vue

Cause toujours, tu m’intéresses…

Par Nabil Ennasri*

Rédigé par Nabil Ennasri | Mardi 6 Octobre 2009 à 09:56



« Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent » : l’adage est bien connu et Barack Obama doit aujourd’hui en faire l’amère expérience. Malgré les promesses israéliennes de geler l’extension des colonies israéliennes dans les Territoires palestiniens, condition sine qua non pour une relance de feu le processus de paix, Benyamin Netanyahou a récemment annoncé le lancement de centaines de nouveaux logements en Cisjordanie.

Ceux-ci s’ajoutent aux 2 500, dont la construction avait déjà été approuvée par le cabinet israélien il y a quelques semaines. Pour bien comprendre la stratégie en trompe-l’œil d’Israël, il faut ajouter que le « gel des colonies » − expression si répétée ces derniers temps au Proche-Orient qu’elle est devenue le refrain de la communauté internationale − ne concernera pas ces projets d’extension et qu’il n’est pas question de toucher à l’entreprise de judaïsation à marche forcée que subit Jérusalem-Est.

Malgré les appels répétés de l’Administration américaine, le gouvernement israélien fait donc la sourde oreille. Les colonies se poursuivront et même s’il accepte du bout des lèvres une « suspension » de quelques mois, il n’est bien sûr pas question pour le gouvernement très à droite de Benyamin Netanyahou de « gel durable ».

La période actuelle est donc celle du « splendide isolement » israélien. Malgré l’insistance du monde entier, on fait donc comme si de rien n’était. En réussissant la prouesse de fouler aux pieds les règles du droit international tout en bénéficiant d’une respectabilité sur la scène internationale − que bien de pays lui envient −, Israël se hisse désormais dans le groupe très fermé des États qui sont au-dessus du droit.

On promet une chose et on fait l’inverse. L’insistance du Président américain ? Pas grave, il s’en remettra. La légalité internationale ? On s’en fout. L’Autorité palestinienne ? Comme si elle avait les moyens d’imposer quoi que ce soit… Les capitales européennes ? Comme d’habitude, elles avaleront la couleuvre sans broncher. Comme en 2005, celles-ci n’ont même pas daigné sortir du tiroir le rapport accablant des services de l’Union européenne sur la judaïsation de Jérusalem-Est datant de décembre 2008. Il est vrai que les auteurs du rapport y dénonçaient la volonté d’Israël de « poursuivre l’annexion illégale de Jérusalem-Est » (1).

Ainsi va la vie au Proche-Orient : on fait croire à la paix, mais on poursuit l’occupation. On évoque courageusement la perspective d’un « État palestinien » tout en le dépouillant de tous ses attributs : c’est globalement la vision de la paix qui se cache derrière les décisions du Premier ministre israélien. Autant dire que le calvaire des Palestiniens risque de durer encore longtemps.

On voit mal en effet quelles forces pourraient contraindre Israël à appliquer le droit international. Les États-Unis, seule puissance véritablement à même de faire plier Israël, ne prendront pas le risque. D’ailleurs, ils n’en ont plus les moyens. Même avec toute la bonne volonté du monde, Obama risque de prêcher dans le désert pour un moment. La raison ? L’ancien ministre israélien de la Défense, Moshe Dayan, l’avait avancé voilà près de trente ans dans les colonnes de l’International Herald Tribune : « Vous, les Américains, vous pensez que vous nous forcerez à quitter la Cisjordanie. Mais nous sommes là et vous êtes à Washington. Que ferez-vous si nous maintenons nos implantations ? Pousser un cri ? Que ferez-vous si nous maintenons notre armée là-bas ? Envoyez des troupes ? » (2)




1. René Backmann, , « Jérusalem au crible », Nouvel Observateur, n° 2315, semaine du jeudi 19 mars 2009.
2. Alain Gresh et Dominique Vidal, Les 100 Portes du Proche-Orient, Éditions de l’Atelier, 1996, p. 246.


* Diplômé de l’Institut d’études politiques d’Aix-en-Provence, Nabil Ennasri étudie actuellement la théologie musulmane à l’Institut européen des sciences humaines de Château-Chinon (IESH) ; il est membre du Collectif des musulmans de France (CMF).