Sur le vif

Agression dans les Hautes-Alpes : l'emballement médiatique après une rumeur infondée

Rédigé par | Mardi 19 Juillet 2016 à 20:42



« La barbarie islamiste attaque maintenant une maman et ses filles. C'est devenu permanent, c'est terrible et ça doit cesser. » Voilà un des nombreux commentaires de ténors du Front national, ici celui de son vice-président Florian Philippot, réagissant sur les réseaux sociaux à l’agression au couteau d’une femme et de ses filles dans les Hautes-Alpes.

Une mère et ses trois filles, âgées de 8, 12 et 14 ans, ont été agressées à l'arme blanche, mardi 19 juillet, dans un village vacances famille (VVF) de Lagrand, à Garde-Colombe. Le fait divers a pris une dimension nationale car selon une rumeur infondée qui s'est vite propagée sur les réseaux sociaux, l’auteur présumé de l’agression aurait poignardé les victimes en raison de leur « tenue légère ». Alors même que l’information n’est pas vérifiée et que les motivations de l'agresseur sont floues, plusieurs médias - TF1 d'abord - s’emparent de l’histoire en mettant en exergue ce supposé motif, comme pour l’affaire du bikini à Reims en 2015.

Le procureur de la République de Gap, Raphaël Balland, a fait une mise au point de l’affaire en déclarant que le motif de l'agression reste encore « très flou ». « En aucun cas, d'après ce qui a été rapporté, l'intéressé n'aurait eu des propos reprochant la tenue vestimentaire des victimes au moment de l'agression », a-t-il affirmé.

La récupération politique d'un fait divers

Le fait que l’homme s’appelle Mohamed et est de nationalité marocaine n’est pas étranger à la propagation de la rumeur et, en conséquence, à un traitement démesuré de cette malheureuse histoire, largement récupérée par l’extrême droite. L’agresseur, en vacances avec sa femme enceinte et ses deux enfants, était voisin des victimes dans le VVF.

« Nous devons tous faire preuve de discernement et d’objectivité dans ces moments tragiques. Et en dehors de l’enquête des services de justice et de police dans les Hautes-Alpes, aucune interprétation ne peut être tolérée », a réagit la députée des Hautes-Alpes Karine Berger. Quelques jours après l’attentat de Nice, le climat délétère gagne du terrain.

Mise à jour vendredi 22 juillet : Le procureur adjoint de Grenoble, Olivier Nagabbo, a confirmé qu'il n'y avait « pas de motivation religieuse ou idéologique », évoquant le geste d'un « homme déséquilibré, mal dans sa peau, qui prétend qu'il était très angoissé avant les faits ». « Il exprime des regrets mais n'arrive pas à expliquer son geste. Il dit que c'est un coup de folie », rapporte l’avocat de l'agresseur. Il a été mis en examen jeudi 21 juillet pour « tentative de meurtre » contre la mère et « tentatives de meurtres aggravés ».

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur