Société

Afrophobie : le vote historique du Parlement européen contre le racisme anti-Noirs en Europe

Rédigé par | Jeudi 28 Mars 2019 à 15:00

Le Parlement européen a adopté, mardi 26 mars, une résolution historique appelant les pays membres de l’Union européenne à lutter de manière systématique et continue contre l’afrophobie et toutes les formes de discrimination à l’encontre des citoyens d’ascendance africaine en Europe. Une initiative législative passée inaperçue en France mais sur laquelle Saphirnews fait un point.



« C'est la première fois que le Parlement européen reconnaît publiquement les problèmes spécifiques du racisme et des droits fondamentaux auxquels sont confrontés les personnes d'ascendance africaine en Europe », fait savoir le Réseau européen contre le racisme (ENAR) dont la mobilisation au long cours contre l’afrophobie est à l’origine de l'adoption d'une résolution historique appelant à lutter de manière systématique contre toutes les formes de discrimination à l’encontre des citoyens d’ascendance africaine en Europe.

Le texte, approuvé mardi 26 mars par 535 voix pour, 80 contre et 44 abstentions, invite les États membres de l’Union européenne (UE) « à reconnaître que les personnes d’ascendance africaine sont particulièrement exposées au racisme, à la discrimination et à la xénophobie et, de manière générale, jouissent de façon inégale des droits de l’homme et des droits fondamentaux, ce qui est la définition même du racisme structurel, et qu’elles doivent bénéficier, à titre individuel et collectivement, d’une protection contre ces inégalités ».

Dénoncer et décourager le maintien des traditions racistes et afrophobes

La résolution, un texte de référence qui « condamne fermement toute agression physique ou verbale à l’encontre des personnes d’ascendance africaine dans la sphère publique comme privée », encourage toutes les institutions à « élaborer des réponses juridiques et politiques efficaces » pour lutter contre les injustices subies par les Noirs, « fortement sous-représentés dans les institutions politiques et législatives aux niveaux local, national et européen ».

Elle incite les Etats « à dénoncer et à décourager le maintien des traditions racistes et afrophobes » et à « contrôler la diffusion de préjugés raciaux au sein de leurs systèmes judiciaires pénaux, de leurs systèmes éducatifs et de leurs services sociaux et de prendre des initiatives en vue de garantir l’équité des services sociaux, du système éducatif et de la justice et d’améliorer les relations entre les minorités, d’une part, et les services sociaux, les autorités éducatives et les autorités répressives, d’autre part, notamment dans le cas des communautés noires et des personnes d’ascendance africaine ».

Aux Etats d’élaborer des plans d’actions concrets

En ce sens, les gouvernements sont appelés à élaborer « des stratégies nationales de lutte contre le racisme axées sur la réduction de l’écart entre les personnes d’ascendance africaine et le reste de la population dans les domaines de l’enseignement, du logement, de la santé, de l’emploi, des relations avec la police, des services sociaux, du système judiciaire et de la participation et de la représentation de ces personnes en politique, et d’encourager leur participation aux programmes de télévision et autres médias pour mettre un terme à leur sous-représentation ainsi qu’à l’absence de modèles pour les enfants d’ascendance africaine ».

Les institutions européennes et les États membres sont également encouragés « à reconnaître officiellement l’histoire des personnes d’ascendance africaine en Europe, y compris les injustices passées et présentes et les crimes contre l’humanité, comme l’esclavage, la traite transatlantique des esclaves ou les actes perpétrés dans le cadre du colonialisme européen, de même que les grandes réussites et les contributions positives réalisées par ces personnes, en observant (…) la Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves et en consacrant un mois de l’année à l’histoire noire ».

Un appel aux États membres « à déclassifier les archives coloniales » est également lancé, de même qu’à « observer officiellement la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine instaurée par les Nations unies et à prendre des mesures efficaces en vue de la mise en œuvre du programme d’activités y afférent, dans un esprit de reconnaissance, de justice et de développement ».

Cette résolution, sans valeur contraignante, n’en est pas moins historique. Pour Amel Yacef, membre de l’ENAR, « le Parlement européen montre la voie et envoie un signal aux États membres de l'UE pour qu'ils s'attaquent au racisme structurel empêchant les Noirs de s'intégrer dans les sociétés européennes. La balle est maintenant dans leur camp : nous avons besoin de plans d'action concrets et de mesures spécifiques maintenant ».

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Rédactrice en chef de Saphirnews En savoir plus sur cet auteur