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Voilées, mais bonnes gestionnaires !

Rédigé par lila13@hotmail.co.uk | Mercredi 20 Mai 2009

Dans les pays traditionalistes du Golfe, la finance reste un domaine typiquement masculin. Néanmoins, un nombre croissant de femmes contournent les interdits.



Khadidja, la première épouse du prophète Mahomet, est surnommée “la pure”. Elle était aussi, dit-on, une riche femme d’affaires qui, aux tout débuts de l’islam, a soutenu financièrement son mari. Dans les Etats conservateurs du Golfe, son exemple est souvent invoqué par les femmes qui travaillent et en ont assez de devoir confier la gestion de leur argent à leur mari ou à des hommes de leur famille.

Depuis des siècles, les lois fondées sur la religion musulmane garantissent aux femmes le droit de propriété. Nombre d’entre elles ont hérité d’une fortune ou, plus récemment, l’ont bâtie. Aucune loi religieuse ne leur interdit de gérer leur argent. Mais, au nom des coutumes tribales et religieuses, les familles traditionalistes voient d’un mauvais œil les femmes se mêler à des hommes qui ne sont pas des parents, même pour le plus ennuyeux des motifs professionnels.

En Arabie Saoudite, jusqu’en 2004, les femmes étaient tenues de faire des affaires par l’intermédiaire d’un agent mâle. Cette loi a finalement été abrogée, mais les interdits qu’elle avait entraînés demeurent. C’est ainsi qu’une femme d’affaires mariée a récemment failli se faire flageller pour avoir pris un café en compagnie d’un confrère dans un Starbucks de Riyad. Et, même si les contraintes sont moins strictes dans les petites monarchies du Golfe (Bahreïn, Koweït, Oman, Qatar et Emirats arabes unis), nombre de femmes évitent toujours les tête-à-tête avec des hommes. Cela rend l’univers bancaire, un milieu essentiellement masculin, particulièrement hermétique.

Il est cependant possible de contourner le problème. Ainsi, les banques de dépôt saoudiennes ont créé des agences exclusivement réservées aux femmes. Les “banques de dames” ont également fait leur apparition dans les Emirats. Cette ségrégation a suscité une polémique, mais au moins ces établissements permettent-ils aux femmes de gérer leurs finances en toute indépendance de leurs pères, frères ou maris. L’augmentation du nombre de divorces incite aussi les femmes à dissimuler un peu d’argent, car elles doutent de l’aide qu’elles obtiendraient de juges qui sont généralement des hommes.

De plus en plus de gestionnaires de patrimoine se rendent compte que les femmes de la région sont à la tête de fortunes en argent liquide, en terres, voire en bijoux. Selon Amanda McCrystal, de Bramdiva, un cabinet londonien de conseil pour les femmes, on a assisté, il y a quelques années, à un boom des transactions sur actions réalisées en ligne par les femmes du Golfe, qui pouvaient ainsi négocier dans l’intimité de leur domicile. Beaucoup se sont brûlé les ailes lors du krach boursier qui s’est produit dans la région en 2006. Depuis, nombre de celles qui reviennent sur les marchés demandent conseil à des professionnels.

Sandy Shaw, qui dirige les activités au Moyen-Orient de Coutts, une banque londonienne spécialisée dans la gestion de patrimoine, explique qu’un quart de sa clientèle est composé de femmes, qui tiennent à avoir la main sur leurs affaires, en particulier pour s’assurer qu’à leur décès, leurs biens seront transmis à leurs enfants. Désormais, quelques banquières occidentales se rendent régulièrement dans le Golfe pour rencontrer leurs clientes. Elles peuvent se déplacer au domicile d’une Saoudienne en l’absence de son mari, ce qui serait normalement impossible pour leurs confrères masculins.

Et les femmes ont peut-être besoin de produits différents. Ainsi, en Arabie Saoudite et au Qatar, elles préfèrent les placements peu risqués dont le capital est garanti. Mais les choses vont probablement changer à mesure qu’elles acquerront de l’expérience, prévoit Sandy Shaw.

Dans les Emirats, Dubai World, un holding public, a créé Forsa, une société d’investissement gérée par des femmes pour des femmes. Son personnel parle de “rubans roses” pour évoquer les changements superficiels apportés aux produits proposés, comme les cartes de crédit roses. Pourtant, il serait bon que les établissements de ce genre se multiplient dans l’ensemble de la région, et pas seulement parce qu’ils créent des emplois pour les femmes. Le secteur financier a également besoin d’elles, car il se développe si vite qu’il a du mal à trouver du personnel.

A Bahreïn, on l’a bien compris : dans la finance, le tiers des salariés sont des femmes. Et au Koweït, si l’on prend aussi en compte le secteur immobilier, ce taux grimpe à 40 %. Dans certaines de ces banques, les femmes sont jugées plus travailleuses. Pourtant, en Arabie Saoudite, les statistiques officielles indiquent que seuls 5 % des Saoudiens travaillant dans la finance et l’immobilier sont des femmes. Et, dans la région, il est toujours difficile pour les femmes d’affaires d’obtenir un prêt, surtout si elles ne sont pas issues de familles influentes. Même à Bahreïn, où près du tiers des entreprises sont inscrites au registre du commerce par des femmes, “il arrive qu’elles n’obtiennent un permis d’exercer qu’au nom de leur mari, surtout si elles ont peu de capitaux”, déplore Amina Awan, une chercheuse qui étudie l’esprit d’entreprise des femmes de la région.

Khadidja est peut-être un modèle, mais il reste beaucoup de chemin à parcourir avant que les femmes du Golfe puissent faire des affaires aussi librement que l’épouse du Prophète.


The Economist / CourrierInternational.com




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