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Société

Voile intégral : interdire, ne pas interdire ?

Burqa et niqab transformés en affaire d'État

Rédigé par Leila Belghiti | Lundi 22 Juin 2009

L'annonce a fait l'effet boule de neige. En moins d'une semaine, burqa et niqab font les gros titres de la presse nationale. Rejointe par une soixantaine de députés, toutes tendances confondues, la proposition du député communiste André Guérin de créer une « commission d'enquête sur la pratique du port de la burqa et du niqab » ne fait pas l'unanimité.



Voile intégral : interdire, ne pas interdire ?
Burqa, niqab. Largement méconnues jusqu'alors, ces deux désignations du « voile intégral », porté par une minorité de musulmanes, ont tout d'un coup surgi dans nos petits écrans.

Laïcité menacée, république en danger ? Les 58 députés(47 UMP, 7 socialistes, 3 communistes et deux nouveau centre) – en majorité des hommes – sont de concert, dans un texte expliquant le bien-fondé de la création d'une commission d'enquête parlementaire à ce sujet : « Quand la laïcité est menacée, la société française l'est dans son unité, dans sa capacité à offrir un destin commun. » En lieu et place d'une commission d'enquête, le président de l'Assemblée nationale, Bernard Accoyer, a plaidé dimanche, sur Europe 1, en faveur d'une mission d'information parlementaire, qui « permettra de prendre connaissance du problème, d'écouter tout le monde, de le faire, sans stigmatiser personne, et en général de faire progresser les solutions ».

Protéger les femmes

À suivre de près la teneur actuelle des débats, il semble pourtant que l'urgence (sic) de la situation rende impossible la réflexion. Les avis semblent tranchés, la solution toute trouvée : légiférer.

Ainsi Luc Chatel, porte-parole du gouvernement, Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste (PS), ou encore les figures symboliques de la diversité, Rama Yade et Fadela Amara, respectivement secrétaire d'État aux droits de l'homme et secrétaire d'État à la ville, qui se disent favorables sans tarder à une loi qui « protège les femmes ».

Tensions inutiles

D'autres se montrent plus nuancés : Éric Besson, ministre de l'Immigration, a estimé qu'une loi sur le port du voile intégral serait « inefficace et créerait des tensions qui n'ont pas lieu d'être en ce moment ». Laurent Fabius, ex-secrétaire du PS, craint les « amalgames avec l'islam », et la chef de file socialiste Martine Aubry a, quant à elle, invité vendredi l'exécutif à « réfléchir de la manière la moins simpliste possible », soupçonnant Nicolas Sarkozy de vouloir opportunément « changer de terrain », en choisissant le thème porteur de l'immigration et de la sécurité, en pleine crise sociale et économique. Doit-on y voir une volonté du PS de se réconcilier avec l'électorat musulman, en partie déçu de ses prises de position lors du débat sur la laïcité en 2004 ?

Libérer les femmes... malgré elles ?

Les réactions des représentants musulmans ne se sont pas fait attendre. Le Conseil français du culte musulman (CFCM), dans un communiqué, a fait part de sa « profonde préoccupation quant à la façon dont est évoqué ce sujet, qui risque encore une fois de stigmatiser gravement l'islam et les musulmans de France ». « Les libertés individuelles, si chèrement acquises, font partie intégrante des fondements de notre République, et ne peuvent être limitées qu’en proportion des impératifs de l’ordre public », poursuit le communiqué.

Côté peuple, l'heure est plus à l'incompréhension qu'au débat : « Il y a des urgences à traiter : le chômage, la crise économique, les retraites, ceux-là sont de vrais sujets de débat », estime Sandrine. Yamina, elle, porte le foulard et avoue elle-même être surprise à la vue d'un niqab : « Ce n'est pas une obligation dans le Coran, mais je respecte la volonté de celles qui le portent. C'est leur choix, l'État n'a pas à s'ingérer dans leur manière de se vêtir ». « D'ailleurs, je ne comprends pas pourquoi on en parle, elles sont très minoritaires », poursuit la jeune fille.

Invité à s'exprimer sur le sujet, Jean Baubérot, spécialiste de la laïcité, a déploré, dans une interview accordée à Libération (parue le 19 juin 2009), l'ambiguïté du débat actuel : « Il y a aujourd’hui », a-t-il dit, une confusion sur la laïcité. Ses principes fondateurs, actés sous la IIIe République, sont la liberté de conscience, l’égalité des citoyens devant la loi, la séparation du religieux et de l’espace public. Il s’agissait d’empêcher la domination du religieux, non son expression. On peut, bien sûr, regretter que des femmes portent la burqa mais on ne libère pas les gens malgré eux. »

Dounia Bouzar, en soulignant le danger d'assimiler le niqab à la burqa – voile typiquement afghan –, suggère de voir cet épiphénomène sous un tout autre angle que celui de l'orthodoxie religieuse : « Le port du niqab relève d'une secte, le salafisme, pas de l'islam. » (LaProvence.com)

Polémique anti-niqab : la revanche des « laïcards » ?

En pleine période de crise du chômage et de revendications sociales sur le plan national, de visibilité accrue de l'Iran sur la scène médiatique internationale, la polémique intervient également après le revers donné à la conception française de la laïcité par le président américain Barack Obama dans son discours prononcé au Caire ; une position qu'avait saluée le président Sarkozy, qui lui a valu les critiques de fervents défenseurs de la « laïcité à la française ».

Très attendu, Nicolas Sarkozy devrait s'exprimer ce lundi sur la question du « voile intégral », devant le Congrès, réuni à Versailles.





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