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Politique

Vœux 2010 de Nicolas Sarkozy : « Évitons les mots qui blessent »

Rédigé par Leïla Belghiti | Vendredi 1 Janvier 2010

L'allocution du président de la République à l'occasion de la nouvelle année a été la plus suivie de l'année, avec 10 millions de téléspectateurs. Pas de direct pour cette fois-ci. « 2010 sera une année du renouveau », a déclaré Nicolas Sarkozy. Le renouveau, à commencer par la forme : un générique tout en images, un discours plus court et préenregistré, les traditionnels vœux du président de la République se sont voulus quelque peu novateurs. Sur le fond, pas de scoop. Des vœux sobres et protocolaires. Comme le veut la tradition, les réactions sont mitigées : à l'UMP, on salue un président « rassembleur » ; à gauche, on dénonce un « indécent satisfecit ». L'occasion, pour chacun, de réaffirmer son attachement à sa tribu politique.



Vœux 2010 de Nicolas Sarkozy : « Évitons les mots qui blessent »
Au menu des vœux présidentiels, la crise économique fut évoquée en premier lieu, qualifiant cette année passée de « difficile pour tous » et saluant le « sang-froid » et le « courage des Français face à la crise », jugeant que « notre pays a été moins éprouvé que beaucoup d'autres ». « Nous le devons à notre modèle social qui a amorti le choc », estime le chef de l'État.

Au revers de la taxe carbone, rejetée par le Conseil constitutionnel, Sarkozy tente de se réhabiliter : « Je ne suis pas un homme qui renonce à la première difficulté », a-t-il affirmé, ajoutant que les « mentalités et les comportements » sont difficiles à faire « évoluer ».

Sommet de Copenhague, Grenelle de l'environnement, fiscalité écologique, éducation, nouvelles technologies, pouvoir d'achat, justice... le Président a tenu à aborder toutes « les préoccupations des Français ». « Les efforts que nous menons depuis deux ans et demi vont porter leurs fruits », assure Nicolas Sarkozy.

Réactions

Pour Hamza El Kostiti, élu vert de la région Nord, le président, à travers ses vœux, « s'entête à vouloir imposer en succès ses revers : Copenhague, la taxe carbone, les paradis fiscaux, pour ne citer que ceux-là », « Les Français vivent la précarité énergétique tant les factures de gaz et d'électricité sont élevées, ces mêmes Français apprécieront le bronzage de leur président, cette allocution télévisée nous confirme une évidence : en 2009, la crise n' a pas été la même pour tout le monde. »

Dans une déclaration à l'AFP, Benoît Hamon, porte-parole du Parti socialiste, dit avoir « le sentiment d'un disque rayé, d'un président qui se répète ». « Il nous a refait le catalogue des "grâce à moi...", dans un exercice classique, lassant, d'autojustification », a poursuivi M. Hamon.

L'identité nationale évoquée à mots couverts

Le président n'a pas évité le sujet sans doute le plus attendu : l'identité nationale. Sans jamais l'énoncer clairement, l'allusion était on ne peut plus évidente. « Respectons-nous les uns les autres, faisons l'effort de nous comprendre, évitons les mots et les attitudes qui blessent, soyons capables de débattre sans nous déchirer, sans nous insulter, sans nous désunir », a t-il déclaré.

La secrétaire nationale des Verts, Cécile Duflot, déclarait sur France Info qu'il « ne faut pas seulement des formules pour dire qu'il faut être gentil quand on parle de ce sujet ». « Arrêter ce débat qui est en train de devenir une machine à créer du conflit et de la violence, c'est ça qui aurait été une bonne solution », a-t-elle plaidé.

« Sans parler d'un désaveu d'Éric Besson, je sens que soit ce débat ne sera pas repris du tout en 2010, soit il sera repris sur un autre ton (...), qui serait mieux que cette espèce de déchirure qu'on nous a imposée », estime le député PS Pierre Moscovisci, qui espère voir dans ces déclarations l'ombre d'une suspension du débat initié par Éric Besson.

Joint par Saphirnews, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), Mohammed Moussaoui, estime que le discours du chef de l'État était une « réponse efficace à tout ce qui a pu être dit durant le débat en cours sur l'identité nationale ». « Lors de notre entretien avec Nicolas Sarkozy, le 23 décembre dernier, nous lui avons demandé d'appeler nos concitoyens à ce que le débat se fasse dans la sérénité ». Chose faite.

Mécontent, Mohammed Moussaoui l'est surtout de la tournure qu'a pris le débat : « Je ne suis pas contre le débat, je le trouve même nécessaire. Des questions importantes ont été posées, nous devons y répondre », estime le président du CFCM, invitant les intellectuels musulmans à adopter une démarche explicative en s'exprimant ouvertement sur le sujet.

Alors même que le débat sur l'identité nationale est mené par un (ex-)socialiste, Éric Besson, et le débat sur la burqa par un (encore) communiste, André Gérin, l'idée même d'un débat est quelque peu critiquée dans les rangs de l'UMP. Pour les musulmans de France, les lignes sont plus que jamais brouillées, et l'électorat « musulman », si tant est qu'il existe, sera bien éparpillé, au grand dam − ou pour le plus grand bonheur − de certains partis politiques.


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