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Arts & Scènes

Une, deux, trois expos sur les arts de l’islam

Expos

Rédigé par | Lundi 24 Décembre 2007

En attendant l’ouverture des salles des arts de l’islam au musée du Louvre, en 2010, il est trois belles expositions à voir de toute urgence avant le 7 janvier 2008.
Deux peuvent se visiter à la suite l’une de l’autre, au musée de Louvre : l’une est l’avant-première de ce que sera la collection du futur Aga Khan Museum, l’autre présente 200 pièces exceptionnelles de l’art perse safavide (du XVIe au XVIIIe siècle). De son côté, le musée des Arts décoratifs expose 300 objets qui n’avaient pas été vus depuis 1983.



Shâh Abû al-Ma'âlî, signé par Maître Dûst Masavvir, gouache sur papier, Inde, vers 1556.
Shâh Abû al-Ma'âlî, signé par Maître Dûst Masavvir, gouache sur papier, Inde, vers 1556.

Chefs d’œuvre islamiques de l’Aga Khan Museum


De juillet 2007 à juillet 2008, l'Aga Khan célèbre son jubilé d'or : en d'autres termes, il fête son imamat de 50 ans. Milliardaire et hommes d'affaires, l'Aga Khan est en effet le chef spirituel de quelque 15 millions de chiites imamites ismailis. Il est à l'initiative d'un musée qui portera son nom et ouvrira ses portes en 2011 à Toronto (Canada), un musée qui se veut « un centre d'éducation et de recherche dédié à la présentation des arts et de la culture de l'Islam dans toute leur diversité historique, culturelle et géographique ».

Sunnite, le visiteur ne boudera cependant pas son plaisir à visiter la petite exposition donnée au musée du Louvre qui invite à découvrir quelques chefs-d'œuvre issus des collections rassemblées par la famille de l'Aga Khan.

« De l'Europe à la Chine », première partie de l'expo, montre l'influence réciproque de l'Orient et de l'Occident : tel ce traité de pharmacologie, rédigé par Dioscoride au Ier siècle et traduit en arabe au IXe siècle. Ou bien encore ce manteau d'apparat du XIVe siècle qui évoque l'influence du monde chinois sur le monde islamique mais aussi l'influence de ce dernier sur les débuts de la manufacture de tissus de luxe en Europe.

Lors des deux parties suivantes de l'expo « De la figuration à la narration » et « Eléments architecturaux », le visiteur s'attachera en particulier aux six superbes miniatures du Shâh-Nâme, ou « Livre des rois », qui retrace la vaste épopée nationale iranienne en vers, composée par le poète Ferdowsi vers l'an mille, c'est-à-dire l'histoire légendaire et historique de l'Iran depuis les origines jusqu'à l'avènement de l'islam.

Mais c'est dans la dernière partie « Du Coran à l'esthétique de l'écriture » que le croyant s'extasiera. Provenant de l'Inde et daté de 1283H/1866-1867, un Coran a été copié dans sa totalité sur deux pages (de 48,6 cm de haut sur 69 cm de large…), en une écriture minuscule nommée ghabârî, du mot arabe ghabâr, qui signifie « poussière ». L'espace des deux pages est organisé en trente sections, qui correspondent ainsi au juz', division du Coran. Une œuvre qui vaut pour sa singularité, car ce Coran miniature serait le seul exemple connu sur papier.

L'étonnement est cependant à son comble à la vue d'une feuille de châtaignier calligraphiée (sourate 17, Le Voyage nocturne), expression insolite de l'art ottoman du XIXe siècle. La graphie cursive à l'or, le thuluth, épouse la forme de la feuille et se structure de part et d'autre de la nervure centrale, tels un bateau et ses rames qu'évoquent les terminaisons des lettres.

Le rappel coranique à travers la délicatesse et la fragilité de cette feuille calligraphiée d'or évoque, s'il en était besoin, toute la vulnérabilité de l'être humain.

Page du Shâh-Nâme de Shah Tahmasp, Zal à cheval lève les yeux vers l’aire du Simorgh, Tabriz, 1524-1539, aquarelle opaque, or et encre sur papier, Washington, Arthur Sackler Gallery (© Smithsonian, Feer Gallery of Art and Arthur M. Sackler Gallery)
Page du Shâh-Nâme de Shah Tahmasp, Zal à cheval lève les yeux vers l’aire du Simorgh, Tabriz, 1524-1539, aquarelle opaque, or et encre sur papier, Washington, Arthur Sackler Gallery (© Smithsonian, Feer Gallery of Art and Arthur M. Sackler Gallery)

Le chant du monde – L’art de l’Iran safavide (1501-1736)


Après cette mise en bouche, direction la grande expo du Louvre. Là, le visiteur ne peut qu'admirer la succession d'œuvres : miniatures persanes, céramiques, plaques d'ivoire, peintures, vaisselle, manteau en velours de soie… Mais, au-delà de la beauté de chacune des œuvres exposées, il s'attachera à y repérer les symboles qui y sont attachés, malgré le peu de culture artistique et de connaissances historiques que l'on peut se reprocher à soi-même !

Tous les détails sont en effet chargés de sens, dont la littérature persane donne les clés, et en particulier le Shâh-Nâme (littéralement shâh, « roi » ; nâme, « livre »), connu de chaque Iranien, comme ici tout un chacun connaît les Fables de La Fontaine.

Rappel historique d'abord. Les Safavides étaient à leurs début une confrérie soufie créée par un cheikh, Safî ad-Dîn Eshâq (1252-1334). Sunnite et admiré des premiers sultans ottomans, Safî participe activement à la conversion des milieux dirigeants moghols à l'islam. Rien ne laissait présager l'adhésion de ses descendants au chiisme. Sa confrérie devient un groupement politique, et c'est sous le règne d'Ismaïl Ier que le chiisme devient religion d'Etat. Roi d'Azerbaïdjan, ce dernier va conquérir l'Iran, l'Irak… Son empire comprend alors le territoire iranien actuel, mais beaucoup plus encore : une part de l'actuel Afghanistan, une part de l'actuel Ouzbékistan, de l'Azerbaïdjan et de l'Arménie. Son Empire constitue alors l'un des trois grands empires du monde musulman, à côté de l'Empire moghol, à l'est, et de l'Empire ottoman, à l'ouest.

Trois périodes artistiques marquent le règne safavide. Le début du XVIe siècle porte l'art de la peinture de manuscrit à son excellence : on est époustouflé par les décors et motifs finement rehaussés de fils d'or et d'argent. A partir du dernier quart du XVIe siècle, les ornements se font plus simples, l'échelle des motifs s'élargit. Enfin, c'est durant le premier quart du XVIIe siècle que la peinture persane décline : l'influence européenne, par le biais de la cour moghole (d'Inde), pousse au réalisme. Les missionnaires avaient apporté des planches botaniques, et voilà les artistes qui créent un art hybride fait de réalisme descriptif en l'absence de toute référence aux grandes histoires de la Perse, qui avaient tant inspiré les miniatures.

Muni de ces quelques repères historiques, le visiteur se plaira à repérer les symboles, qui occupent une place essentielle dans l'art safavide, ainsi que les influences artistiques diverses.

Dans l'esprit persan, en effet, tout ce qui est beau vient de Chine. Depuis l'Antiquité, le bouddhisme est implanté au nord de la Perse ; la figure de Bouddha est le symbole de la beauté, avec son visage rond, son petit nez, la figure chinoise est l'idéal de beauté dans l'art persan. Les personnages ont ainsi cet air asiatique, mais ils sont aussi stylisés et se ressemblent, afin de les distinguer de la figure humaine réelle, créée par le véritable Créateur. De même, la céramique bleue et blanche témoigne du goût persan pour la porcelaine chinoise.

L'interdiction de manger dans de la vaisselle d'or et d'argent incite à créer de la vaisselle en céramique, dont la couleur bleue évoque le ciel de la nuit, et la couleur blanche avec un motif doré, le ciel du jour. La forme circulaire des plats suggère la voûte céleste. La céramique lustrée créée au IXe siècle, en Irak, que l'Occident ne connaîtra qu'à la fin du Moyen Âge, consiste à mettre un deuxième vernis afin de donner des reflets métallisés, rappelant les reflets de l'or et de l'argent.

Les jardins sont nombreux dans les illustrations, rappelant l'image du Paradis, présenté dans le Coran comme étant le Jardin suprême. De plus, dans les régions désertiques, le jardin prend toute sa valeur comme endroit privilégié pour organiser les fêtes, accueillir ses amis…

Dans les miniatures, la profondeur est suggérée par différents plans superposés. Ici, pas d'échelle respectée par rapport aux bâtiments. Ainsi, en bas de l'illustration, se trouve le plan le plus proche. En revanche, force de détails. Le fond doré exprime le ciel irradié par le soleil (du matin). Les petits nuages chi (chinois) sont associés à la notion de printemps. Les vagues évoquent aussi les nuages, le ciel est comparé à la mer. Héritier du phénix chinois et qui existe dans toutes les légendes persanes, le simorgh renvoie au Langage des oiseaux de Farid ud-Dîn Attar, et est considéré comme le protecteur des souverains iraniens.

Les flammes autour de la tête évoquent la sainteté du personnage, équivalent de l'auréole en pays chrétien. Mais l'auréole existe aussi dans la peinture persane : elle signifie non pas la sainteté mais l'importance du personnage.

L'art persan est ainsi imprégné de poésie et de la littérature persane. La langue persane, sous l'impulsion des souverains, est la langue de cour, de la poésie, de la littérature ; l'arabe étant réservé pour la religion et les sciences.


Les yeux émerveillés au sortir de ces deux expos, le visiteur se plongera dans les deux superbes catalogues d'exposition (coûteux, mais qu'il se fera offrir pour l'Aïd), afin de décrypter encore mieux ces œuvres raffinées.


Visite virtuelle et infos pratiques


http://mini-site.louvre.fr/arts-islam/index.htm

Bon plan : gratuit pour les moins de 18 ans et gratuit pour tous le dimanche 6 janvier prochain. 

Et aussi jusqu'au 13 janvier 2008 :
Les Arts Décoratifs possèdent une collection prestigieuse d'arts de l'Islam, à travers des ensembles issus de l'Espagne ommeyade et nasride, du Maghreb, de l'Egypte fatimide et mamlouke, du monde ottoman, de l'Iran médiéval et safavide et de l'Inde moghole. 

Les Arts Décoratifs
107, rue de Rivoli – 75001 Paris
Entrée : 8 € – Tarif réduit : 6 € – Gratuit pour les moins de 18 ans.

http://www.lesartsdecoratifs.fr/fr/01museeartsdeco/purs-decors/page01.html





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