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Un sentiment de malaise

| Mardi 2 Janvier 2007

Samedi à l’aube, l’ancien président irakien, Saddam Hussein a été pendu. Depuis, les images de sa pendaison sont diffusées en boucle dans les médias créant, en Europe, un sentiment de malaise.



Menzies Campbell
Menzies Campbell

Des images extrêmement dérangeantes

Samedi avant 06h00 (locale) Saddam Hussein a été pendu. Il avait été condamné à mort le 5 novembre dernier pour l'exécution de 148 chiites dans le village de Doujaïl, au nord de Bagdad, dans les années 1980.

«Saddam est monté calmement à la potence, il était résolu et courageux», a raconté à la télévision nationale Iraqia le conseiller à la sécurité nationale, Moaffaq al-Roubaï.

Les images du dictateur irakien déchu, une épaisse corde au cou, entouré de bourreaux encagoulés, horrifient le continent européen qui ne pratique plus la peine de mort, même si l'instant même de la mort de Saddam a été censuré sur les écrans.

"Les images de Saddam Hussein avec une corde autour du cou sont extrêmement dérangeantes et n'étaient pas indispensables", s'est insurgé Menzies Campbell, le leader du deuxième parti d'opposition britannique, les Libéraux démocrates, opposés à la guerre en Irak.


On a montré ces images comme un symbole

Le président d'honneur de la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme (FIDH), Patrick Baudouin, "ressent de la répulsion face à des images d'un voyeurisme extrêmement malsain", qui lui rappellent l'exécution du dictateur roumain Nicolae Ceaucescu en 1989.

"La vidéo de l'exécution choque le monde entier", résume dimanche le quotidien populaire autrichien Österreich.

Le chercheur spécialiste du Moyen Orient au centre de recherche londonien Chatham House, Nadim Shehadi, estime "qu'on a montré ces images comme un symbole, pour montrer que c'était la fin de Saddam".

Même si "pour le regard européen les images peuvent être choquantes, elles ne le sont pas aux yeux des Américains", plus habitués aux exécutions capitales, relève-t-il.

Sir Malcolm Rifkind, ancien ministre britannique des Affaires étrangères est plus modéré: "Je pense que cela témoigne d'un certain manque de goût, mais je vois pourquoi on a estimé qu'il y avait un besoin politique de montrer" la pendaison, dit-il.

"C'était pour un public arabe et il y a toujours une grande méfiance envers les informations des médias là bas", argumente l'ancien ministre.

Ann Clwyd
Ann Clwyd

Un processus thérapeutique

Ann Clwyd, député travailliste et envoyée de Tony Blair en Irak pour les droits de l'Homme, souligne que même si elle est personnellement opposée à la peine de mort, elle comprend pourquoi les Irakiens pouvaient être heureux de voir la mort de Saddam.

Beaucoup des victimes verront l'exécution comme un élément d'"un processus thérapeutique", relève-t-elle.

Une analyse que semble confirmer Zara Mohammed, une Irakienne exilée à Londres qui a observé ces images à la télévision. "J'ai attendu cela pendant 25 ans", dit cette Kurde qui a perdu quatre de ses frères sous le régime de Saddam Hussein, citée par l'agence Press Association.


La plus grande erreur politique

Mais nombreux sont ceux qui mettent en garde contre le danger que présentent ces images dans un Moyen Orient profondément divisé.

Pour George Galloway, elles vont devenir "la plus grande erreur politique" depuis la diffusion des photos d'Ernesto Che Guevara, exécuté en 1967 en Bolivie avec l'aide des Etats-Unis et devenu depuis une icône des révolutionnaires sud-américains.

Saddam a enfin réussi à obtenir ce qui lui avait manqué pendant son existence: "le statut de martyr et de héros arabe", assure M. Galloway, expulsé du parti travailliste en 2003 à cause de ses critiques sur la guerre en Irak et qui affichait ses liens avec l'ancien dictateur.





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