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Un procès aux enjeux multiples

Rédigé par Bouali Houda | Lundi 23 Décembre 2002

Le 26 septembre dernier, Lyon Mag’' et Antoine Sfeir, directeur de la revue Les Cahiers de l'Orient comparaissaient devant la 6ème chambre du tribunal correctionnel de Lyon pour un procès en diffamation, intenté par Tariq Ramadan qui s'estimait diffamé par les propos contenus dans un numéro du mensuel Lyon Mag’, publié en octobre 2001 qui avait pour titre 'Faut-il avoir peur des réseaux islamistes à Lyon ?'



Le 26 septembre dernier, Lyon Mag’' et Antoine Sfeir, directeur de la revue Les Cahiers de l'Orient comparaissaient devant la 6ème chambre du tribunal correctionnel de Lyon pour un procès en diffamation, intenté par Tariq Ramadan qui s'estimait diffamé par les propos contenus dans un numéro du mensuel Lyon Mag’, publié en octobre 2001 qui avait pour titre 'Faut-il avoir peur des réseaux islamistes à Lyon ?'


En effet dans ce numéro consacré aux 'dangers de l'islamisme dans les banlieues', ce sont tous les rouages des organisations musulmanes qui sont stigmatisés. De l'Union des Jeunes Musulmans à la librairie 'Tawhid', chacun y trouvera son compte. En clôture de cet 'éminent' travail d'investigation figurait un article tout entier consacré à Tariq Ramadan, intitulé 'Ramadan l'ambigu'. Ce dernier y est décrit comme le 'roi de l'ambiguïté', 'en apparence inoffensif'. Pourtant l'article s'achevait sur la conclusion suivante : 'Il est difficile d'affirmer qu'il soit au centre d'un réseau islamiste prêt à servir de lit aux terroristes. Mais le personnage reste ambigu.' Avec de tels propos et si peu de 'preuves', on a, à la fois tout dit et rien dit... Alors pour soutenir un tel point de vue Lyon Mag’ fait appel à Antoine Sfeir qui au cours d'une interview téléphonique renchérit en expliquant que les islamistes à façade humaniste sont les plus dangereux, de véritables 'bombes à retardement'.
A travers ces propos, il semblerait que les limites de l'acceptable venaient d'être outrepassées puisque Tariq Ramadan allait pour la première fois saisir la justice afin que celle-ci tranche.



Derrière le défilé des témoins, des enjeux plus ou moins distincts...

Au cours du procès qui a duré 7 heures, les témoins des deux parties se sont succédés à la barre, chacun y allant de ses explications. Analysons de plus près:
Les témoins cités par l'avocat de Tariq Ramadan, maître Beaudelot ont été unanimes  et catégoriques pour défendre à la fois la respectabilité et l'unité de langage de cet intellectuel de renommée internationale. Du témoignage du militant laïque Michel Morineau, à la journaliste de france3, Nathalie Dollé en passant par l'universitaire Felice Dasseto ou le rédacteur en chef du Monde Diplomatique Alain Gresh. Le 'front' a été ferme en le décrivant successivement comme un 'intellectuel de pointe', 'l'Abbé Pierre et Mère Thérésa réunis'.
Dans tous les témoignages l'idée récurrente fut celle que Tariq est un universitaire qui encourage l'intégration des musulmans en France. Et le rédacteur du Monde Diplomatique d'affirmer que présenter Tariq Ramadan 'comme le sergent recruteur du terrorisme c'est de la diffamation !'

Passons en revue les témoins cités par l'avocat de Lyon Mag’, maître Dumoulin et la défense d'Antoine Sfeir.
Pour défendre la thèse selon laquelle Tariq Ramadan fait usage d'un double discours, furent appelés, notamment le journaliste de RFI Richard Labevière, la démographe Michèle Tribalat ou encore le directeur de l’ex-revue Islam de France, Michel Renard, dont le témoignage contre Tariq Ramadan peut surprendre lorsque l'on sait que ce dernier dans le n° 7 de la dite revue disait : 'Il faut lire Tariq Ramadan et oublier les procès d'intention », pourquoi un tel revirement ?


Il faut également citer les burlesques prestations de Soheib Bencheikh et Rachid Kaci, tous deux cités par Antoine Sfeir : En effet Soheib Bencheikh mufti de la mosquée de Marseille n'a vraisemblablement pas eu le temps de préparer son témoignage puisqu'il a avoué avoir basé son point de vue que sur un seul des nombreux ouvrages (n’ayant lu le reste) de Tariq Ramadan.


Autre témoignage pour le moins confus, celui de Rachid Kaci. Celui-ci s'est présenté comme étant de  confession musulmane alors qu’il a affirmé quelques jours plus tard, dans une interview donnée à  Radio Courtoisie être 'Chrétien '... Celui qui fut cité par Antoine Sfeir comme étant la 'preuve vivante du double langage de Tariq Ramadan' serait-il lui même atteint du syndrome de la 'double identité' ?


De ce choix fait par la défense de faire témoigner contre M. Ramadan des gens de confession musulmane ( ou se disant comme tel), on ne peut qu'y voir une manière de mettre l'accent et de se servir des divergences d'opinions qui existent en Islam. Chose que n'a d'ailleurs pas nié maître Dumoulin, l'avocat de Lyon Mag’ lors d'une interview à son cabinet où il a accepté de nous recevoir, en lançant 'on fait avec les moyens du bord (...) les musulmans se détruisent eux-mêmes de par leurs divisions'. C'est un problème que nous avons également soulevé auprès de Yamin Makri, président de l'Union des jeunes Musulmans. Selon ce dernier, les musulmans doivent, faire table rase de leurs dissensions au moins dans les épreuves telles que celles ci.
Il préconise entres autres, aux lecteurs, pour dissuader les diffamateurs de réagir par écrit en protestant leur insatisfaction. ' C’est notre force principale ! ' ajoute le directeur des éditions Tawhid à Lyon.





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