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Société

Un prêtre au gouvernement : 'Ma parole reste celle d’un homme libre'

Rédigé par Propos reccueillis par Assmaâ Rakho Mom | Mercredi 4 Juin 2008

C'est en tant que "chargé de mission à la coordination des acteurs locaux" que le père Jean-Marie Petitclerc a intégré début février 2008 le ministère du Logement et de la Ville, à la demande de la ministre Christine Boutin. Prêtre catholique, éducateur et Polytechnicien, "Monsieur" Petitclerc, comme il se fait appeler au ministère, a accepté, cinq mois après sa nomination, de répondre aux questions de Saphirnews. Entretien.



Jean-Marie Petitclerc, chargé de mission à la coordination des acteurs locaux aurpès de la ministre du Logement Christine Boutin
Jean-Marie Petitclerc, chargé de mission à la coordination des acteurs locaux aurpès de la ministre du Logement Christine Boutin

Saphirnews : Quelles sont vos attributions exactes au sein du Ministère en tant que « Chargé de mission à la coordination des acteurs locaux » ?

Jean-Marie Petitclerc : Voici un an que je travaille au cabinet de Christine Boutin, ministre du Logement et de la Ville. Ma mission est triple :

- Participer aux groupes de travail ayant contribué à l’élaboration du plan Espoir Banlieue. J’ai particulièrement suivi les questions d’ordre éducatif.
- Assurer l’interface entre le ministère et les associations. Je reçois régulièrement des associations venant présenter leurs projets.
- Participer au travail quotidien du cabinet (rédiger des notes pour le ministre, assurer des rendez-vous, répondre au courrier, travailler sur des déplacements).

Près de quatre mois après votre nomination et avec le recul que vous pouvez avoir désormais, pensez-vous influer véritablement sur les décisions et projets de loi présentés par le Ministère ?

J.-M. P. : J’ai effectivement l’impression d’être très écouté par le Ministre et ai contribué à faire du désenclavement, du développement de la mobilité et de l’apprentissage de la mixité sociale les axes forts de cette nouvelle politique de la ville qu’elle préconise. Mais je découvre aussi l’immense chemin qui sépare la « bonne idée » de la « bonne mesure », au vu de la complexité des procédures administratives.

Qu’aviez-vous pensé du plan 'Espoir Banlieue' de Fadela Amara ?

J.-M. P. : Les idées développées dans ce plan vont dans le bon sens. Si je prends par exemple le volet éducatif que je suis tout particulièrement, l’expérimentation du « busing » (permettant à des enfants des quartiers d’être scolarisés hors quartier) et la création de pôles d’excellence (attirant les jeunes extérieurs dans les quartiers) peuvent ainsi permettre aux enfants et adolescents de notre pays de grandir ensemble, afin d’apprendre à se connaître plutôt qu’à se faire peur.

Ce que je regrette un peu, c’est que le champ d’expérimentation soit devenu tellement petit (50 écoles seraient concernées pour le « busing », 30 pôles d’excellence vont être créés) que les actions risquent d’être peu signifiantes à l’échelle du pays. On est bien loin d’un plan « Marshall » !

Que préconisez-vous vous-même pour pallier aux problèmes touchant les banlieues françaises.

J.-M. P. : Ce que je propose, c’est de sortir du zonage, car je crois qu’un tel zonage n’a pas permis d’enrayer la spirale de ghettoïsation. Au lieu de se contenter de financer des activités dans les quartiers menées pour les gens des quartiers, il faut privilégier les actions menées dans les quartiers, mais ouvertes aux gens de l’extérieur et celle menées hors quartiers, mais ouvertes aux habitants des quartiers. Car le problème n°1 de la population de ces quartiers dits sensibles, problème qui a de graves incidences sur l’insertion, c’est l’ absence de mobilité. Le désenclavement doit être aujourd’hui le maître mot de la politique de la ville. La solution au problème des banlieues ne réside pas dans les banlieues : elle réside dans l’articulation avec les autres quartiers de la ville.

Au moment de votre nomination en février 2008, vous aviez précisé que votre travail de terrain (au sein de l’association Valdocco en particulier) et votre liberté de parole constituaient vos conditions d’acceptation du poste. Est-ce toujours le c

J.-M. P. : Je travaille à temps partiel au cabinet de madame Boutin, la plus grande partie de mon temps restant consacrée à la direction de l’association le Valdocco. Il s’agit d’une association de prévention, fondée en 1955 sur la dalle d’Argenteuil et qui a ouvert en 2005 une antenne sur le Grand Lyon.
Ma parole reste celle d’un homme libre et j’ai gardé la possibilité de m’exprimer dans les médias.

Christine Boutin a présenté récemment les contours de son projet de loi « mobilisation pour le logement ». Avez-vous participé à l’élaboration de ce projet ? A quel Niveau ?

J.-M. P. : L’élaboration du projet de loi sur le logement mobilise aujourd’hui l’énergie de bon nombre de membres de l’équipe et , bien sûr, nous en discutons tous ensemble lors des réunions de Cabinet. Chacun peut apporter son point de vue, pour améliorer le projet de loi. Mais, pour ma part, je suis davantage rattaché au pôle "ville" du ministère, l’élaboration de ce projet de loi étant plus le fait du pôle "logement".

Que répondez-vous à ceux qui estiment que votre nomination est contraire au principe de laïcité en vigueur dans notre République ?

J.-M. P. : Ce n’est pas à cause de mon statut de religieux catholique, mais à cause de mon expertise sur la question de la banlieue que j’ai été appelé au Cabinet et je suis, dans l’exercice de ce travail, tout à fait respectueux de la laïcité républicaine.

Mais ne nous trompons pas sur le sens du mot laïcité. Dans la Constitution de notre République, comme dans la convention des Droits de l’Homme, la laïcité renvoie à un Etat garant de la liberté d’expression et des pratiques religieuses.

Malheureusement, cette laïcité a parfois été comprise au sens du laïcisme : un Etat qui, dans ses institutions, interdit toute référence religieuse. Il serait dommage que la République se prive du concours des compétences de certains citoyens, au prétexte qu’ils appartiendraient à un courant religieux.

Et si l’expérience ministérielle était à refaire ?

J.-M. P. : Je la referais. Car il s’agit d’une expérience tout à fait enrichissante. J’apprends beaucoup sur le fonctionnement du plus haut niveau de l’Etat et effectue des rencontres passionnantes avec des hommes et des femmes de grande valeur. Mais, je découvre aussi les limites de l’action politique. Il s’agira pour moi d’une expérience limitée dans le temps.




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