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Un pèlerin français disparaît à La Mecque

Rédigé par Nadia Sweeny | Lundi 15 Janvier 2007

M. Debiche Cherif, franco-algérien de 70 ans, a disparu durant son pèlerinage à La Mecque. Sa famille est sans nouvelles de lui depuis le 2 janvier 2007. Parti en pèlerinage avec sa femme dans un groupe organisé, l’homme aurait disparu vers 2h du matin (heures locales) près de la porte 57 à l’entrée de la Kaaba.



Chérif Debiche
Chérif Debiche
C’est donc près de la porte 57 à l’entrée de la grande mosquée de La Mecque, que Chérif Debiche a été vue pour la dernière fois par son épouse. Le groupe de pèlerin accompagné par le Hadj Mouloud, en partance pour la prière, aurait traversé la grande route qui sépare l’hôtel Shamia, leur lieu de résidence, de l’entrée de la mosquée ; c’est à ce moment là que M. Debiche aurait été bloqué par un car et n’aurait pas pu suivre le groupe.

En se retournant, son épouse ne l’a plus aperçu. Depuis cet évènement la famille reste sans nouvelles de Cherif Debiche. L'épouse a dû rentrer du pèlerinage le 7 janvier pour annoncer la triste nouvelle à la famille. « Ma maman est en pleure. Elle était obligée de revenir à cause du visa. Elle ne pouvait pas rester, je ne l’aurais pas laissée, elle ne sait ni lire ni écrire. Quand elle s’est aperçue de la disparition de mon père, elle l’a cherché partout, elle a même été dans les hôpitaux, commissariats, mais les gens ne l’ont pas prises au sérieux, ils lui ont dit « il n’y a pas que lui qui est perdu ». » Déplore Aïssa Debiche, le fils de M. et Mme Debiche.

Alerte tardive


Le groupe de M. Chérif Debiche et de son épouse était sous la direction de l'Agence de voyage "Tapis volant". C'est donc le 7 décembre 2006 que ce groupe a pris le départ pour La Mecque. Pour obtenir le visa pèlerinage nécessaire à l’entrée sur le territoire saoudien, M. Debiche a utilisé son passeport algérien. « Il est parti avec son passeport algérien et sa carte d’identité française. » explique son fils qui fut le premier à donner l’alerte aux autorités. « Les premières alertes ont été données par le consulat d’Algérie en Arabie Saoudite. J’ai la chance d’avoir un ami qui connaît le Consul général algérien. Ce dernier a donné l’alerte le lundi 8 janvier. » Déclare Aïssa Debiche.

La famille est dès lors à pied d'oeuvre pour retrouver M. Debiche. « Je me suis rendu au Ministère des affaires étrangères à Paris pour donner le signalement de mon père. Je suis aussi allé à l’ambassade d’Arabie Saoudite, les gens là bas m’ont sèchement renvoyé vers le consulat général saoudien, en vain », explique Aïssa Debiche.

Dans la soirée de jeudi, l’association SOS pèlerin a été informée de la disparition du pèlerin. De son côté, elle s'est mobilisée pour contacter les autorités françaises dont le ministère des Affaires étrangères, le bureau des cultes du ministère de l’Intérieur et le ministère du Tourisme. «Nous avons alertée en premier lieu le Consul général de France en Arabie Saoudite, M. Issamaro.» Explique Zakaria Nana président de SOS pèlerin.

M. Debiche qui posséde la double nationalité franco-algérienne, est sorti de France avec son passeport algérien. Donc, pour les autorités saoudiennes, il est sous la responsabilité de l’administration algérienne. La communication entre les autorités concernées, françaises, algérienne et saoudiennes, se trouve légèrement complexifiée. Selon Zakaria Nana, Président de SOS Pèlerin, « Les bi nationaux doivent partir avec leur passeport français. Sinon ils sont considérés comme étant de la nationalité correspondant à leur passeport, et du coup, les autorités saoudiennes ne communiquent pas avec les autorités françaises et ces dernières ne réagissent pas comme elles le pourraient. ». « Nous avons contacté le ministère du pèlerinage. La famille souhaite retourner sur les lieux pour faire des recherches personnelles. Il y a encore beaucoup de monde à La Mecque encore car le retour des pèlerins doit se terminer en fin de semaine. » Ajoute-t-il.

Liste noire


« Ce que je trouve dramatique c’est que le directeur de l’agence de voyage était sur place et il ne m’a jamais appelé » s’étonne le fils Debiche. « Ils auraient dû donner l’alerte le jour de la disparition ou le lendemain mais ils n’ont rien fait. Lundi 8 au matin j’ai appelé l’agence, c’est moi qui les ai prévenus de la disparition de mon père, ils ne savaient même pas qui c’était. » Ajoute-t-il. Pour l'heure, l’agence de voyage Tapis Volant, n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet.

D’après M. Godard, conseiller au bureau des cultes du ministère de l’Intérieur, « l’agence de voyage Tapis Volant n’apparaît pas dans la liste des agences autorisées qui nous a été transmise par les autorités saoudiennes. Notre liste n’est pas exhaustive, mais il semblerait tout de même que cette agence soit sur la liste noire des Saoudiens. »

En effet, pour qu’un voyagiste obtienne des visas en bonne et due forme, le ministère du Pèlerinage saoudien délivre une autorisation à chaque agence de voyage. « 30 000 pèlerins en provenance de France se sont rendus à la Mecque. 25 500 sont partis avec un visa français délivré de manière officielle avec des agences de voyage agréées par le ministère du pèlerinage. Il y a donc 4 500 pèlerins qui sont partis avec des visas délivrés sur un marché parallèle. Ces pèlerins sont donc ‘clandestins’ à leur insu, et ne figurent pas dans les registres saoudiens. » Explique Zakaria Nana.

« Ce sont mes parents qui se sont occupés de ce voyage, ils ont été contactés par un rabatteur qui est venu jusque chez nous pour encaisser le chèque. D’ailleurs cet homme, je l’ai vu à la sortie de l’avion et il ne m’a donné aucune information, alors que c’était son travail de le faire. » Déplore le fils Debiche. Cette éventualité que Chérif Debiche soit parti avec un visa non conforme, ne facilite pas les recherches. Car au cas où il aurait été pris en main par la sécurité saoudienne, il reste difficile de l'identifier correctement.

D’autant plus que M. Debiche souffre de la maladie d’Alzheimer. « Avant de partir, mon père a eu une visite médicale, ils ont détecté un début de la Maladie Alzheimer. C’est vrai qu’il avait des pertes de mémoires. » Explique Aïssa Debiche. « Je trouve absolument irresponsable de la part des gens qui ont accompagné cet homme atteint d’Alzheimer, de ne pas l’avoir munis de ses papiers, ne serait ce que des photocopies, mis dans un plastique qu’il porterait autour du cou. » Déclare M. Godard, du ministère de l’Intérieur français. « Le consulat général de France est averti et fait ce qu’il peut. La situation est très compliquée car il y a foule encore sur place, espérons qu’il a été récupéré par les autorités, mais s’il ne peut pas fournir son identité, c’est très difficile. » Insiste-t-il.

« De notre point de vue, M. Debiche est toujours à la Mecque ou à Djedda. Il y a une police des pèlerins sur place. S'ils l’ont interpellé et qu’il n’avait pas de badge, ils l’ont certainement emmené à Djedda dans un centre où toutes les informations sur les pèlerins sont centralisées. On espère qu’il est dans les mains de l’administration saoudienne. Une fois que tous les pèlerins seront partis il leur restera quelques passeports et ils pourront certainement l’identifier. » Espère Zakaria Nana. « Mais jusqu'à aujourd’hui, le quai d’Orsay ne s’est toujours pas prononcé. Or pour nous, c’est un pèlerin français à l’étranger et le quai d’Orsay doit mobiliser ses ressources pour retrouver M. Debiche. Or il n’y a pas grande motivation. » , ajoute-t-il.





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