Propriétaire d'une dizaine d'appartements et d'une maison familiale de 300 m², Abdeslam Bahiad, 55 ans, n'a pourtant travaillé que neuf ans en tant qu'ouvrier agricole. Une fortune immobilière détonnante, qui n'échappera pas à la police judiciaire.
À la suite de rumeurs qui se crédibilisent au fil du temps, la PJ ouvre une enquête minutieuse début 2008. Écoutes téléphoniques, vidéos, relevés bancaires... pour enfin démanteler un vaste réseau de trafic d'immigration clandestine et de prostitution. « Compte tenu des bruits qui circulaient à Orange, on n'est pas vraiment étonné de ces interpellations », réagit Jacques Bompard, maire de la ville.
Les jeunes Marocaines, âgées de 14 à 25 ans, pensaient trouver l'eldorado. Mais au bout d'un voyage souvent passé dans le coffre de la mère maquerelle du réseau, Drissia, une prostituée de 45 ans, l'espoir tourne vite au cauchemar. Abdeslam Bahiad, chef du réseau, aurait été appuyé par trois de ses fils : Abdelghafour, 24 ans, Omar, 31 ans, et Niky, 33 ans.
Les appartements auraient servi de passes entre les prostituées et leurs clients, qui se seraient rencontrés dans le bar Le France, qui – le comble – appartenait au président de l'association Lumière de Dieu qui gère la mosquée, Abdeslam Bahiad.
Selon des sources proches du dossier, « certaines prostituées auditionnées ont affirmé avoir été violées et frappées par les trois fils. L’une d’elles, qui était tombée enceinte, déclare même que l’un d’eux lui a donné de gros coups de poing dans le ventre jusqu’à ce qu’elle perde l’enfant ». Les enquêteurs n'hésitent pas à parler de « traite humaine ».
Écroués pour non-justification de ressources, proxénétisme aggravé, blanchiment d'argent et aide au séjour irrégulier, les charges sont lourdes pour les suspects, qui accusent un « complot des prostituées ».