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Un « Ben Gaudin » maire de Marseille ? Chiche !

Rédigé par lila13@hotmail.co.uk | Vendredi 13 Février 2009



Le Pen semble avoir fait un bide, l'autre jour, en présentant l'arrivée d’un "Ben Gaudin" quai de l'Hôtel-de-Ville comme une perspective effrayante. Mais il serait dommage de mettre le manque d'intérêt du public ou des médias pour cette énième provocation minable au seul crédit de la ringardisation terminale du borgne...

C'est certain, il n'y a plus grand monde pour prêter attention au chef d’un parti d’extrême-droite longtemps présenté comme le chien dans le jeu de quilles de la politique française: le populisme a changé de camp et le tribun à la mode s’appelle désormais Besancenot, charge à lui de faire vibrer les salles à coups de slogans aussi binaires que faciles à comprendre.

Mais ce qui rend le bide lepéniste vraiment intéressant, en fait, c’est la comparaison qu’il force à établir entre Marseille, grande cité portuaire en déclin, et Rotterdam, grande cité portuaire en développement.

La deuxième ville des Pays-Bas vient justement de se doter d’un maire d’origine marocaine, Ahmed Aboutaleb, au grand dam des lepénistes du cru. Ce travailliste, plus blairiste que fabiusien, est en effet une excellente incarnation du multiculturalisme à l’européenne, une sorte de Barack Obama batave.

On se prend à rêver qu'un cousin d'Aboutaleb remplace les Gaudin-Guérini

Ancien ingénieur, un temps journaliste, il est le cauchemar de ceux qui prédisent en s'arrachant les cheveux le remplacement progressif des grands blonds en sandales par des petits bruns en babouches.

Car qu’Aboutaleb, un musulman pratiquant, défende la laïcité avec la même ardeur qu’un membre du Grand-Orient de chez nous n’émeut guère ces derniers: leur allergie est une allergie "générique", pas "spécifique". Et l’échevin rotterdamois natif de Beni-Sidel pourrait bien se convertir au protestantisme et se shooter à la tulipe que ça n’y changerait rien.

On se prend pourtant à rêver qu’un cousin d’Aboutaleb, installé sur l'Huveaune plutôt que sur la Meuse, s'avise de prendre le relais des Gaudin et autres Guérini dont Marseille est la propriété depuis que Gaston Defferre leur en a confié les clés.

Un cousin d’Aboutaleb auquel les petits arrangements entre amis, les connivences avec des syndicats archaïques et les amitiés avec un patronat préhistorique seraient, comment dire, "étrangers".

Marseille n'a pas besoin de changement, mais d'un bouleversement

Un Aboutaleb à la fois pro-business et social, conscient des atouts de sa ville mais sans indulgence pour les pratiques d’un autre âge.

L’un de ces diplômés d’école de commerce d'origine maghrébine et tentés par la politique qui, lorsque le sterling valait encore quelque chose, avaient plus de chance de décrocher un poste en or à la City qu’un stage non rémunéré à la Régie des transports marseillais (RTM).

Marseille n’est pas une ville qui a besoin de changement: c’est une ville qui a besoin d’un bouleversement. Clairement, le remplacement de Jean-Claude Gaudin par Jean-Noël Guérini est à peu près aussi susceptible de revitaliser le Rotterdam français que l’arrivée de Christian Poncelet à la résidence des Hespérides de Neuilly a de chances d'offrir une seconde jeunesse à ses compagnons de belote.

Alors un Aboutaleb, euh, un "Ben Gaudin" sur le Vieux-Port, n’en déplaise au borgne, il faudra trouver autre chose pour terrifier les Marseillais...


Hugues Serraf
Rue89.com




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