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Monde

Turquie - Arménie : le match de la réconciliation ?

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Mercredi 14 Octobre 2009

Le match de football opposant la Turquie et l’Arménie devra sceller le début de leur réconciliation. Quelques jours après la signature de l’accord historique entre les deux pays visant à une normalisation de leurs relations, l’événement sportif affiche de grands enjeux géopolitiques.



Turquie - Arménie : le match de la réconciliation ?
La diplomatie du sport, entamée voici un an entre la Turquie et l’Arménie, semble fonctionner pour ces deux nations. L’équipe turque accueille, mercredi 14 octobre, son voisin arménien à Bursa, à l’ouest du pays, pour un match de football, très attendue, qui entre dans le cadre des éliminatoires pour la Coupe du monde de football 2010. Un match cependant sans enjeu sportif, puisque les deux pays savent déjà qu’elles ne participeront pas à cette compétition en Afrique du Sud.

Les enjeux sont autrement plus politiques. Le match aller, qui s’est tenu en septembre 2008, a été l’occasion pour le président turc Abdullah Gül de se rendre en Arménie et de faire un pas vers des pourparlers de paix. Cette fois, c’est au tour de son homologue arménien, Serge Sarkissian, d’effectuer une visite sans précédent en Turquie : d’une part, pour soutenir son équipe ; d’autre part, pour retrouver M. Gül, qui viendra lui-même au match.

Ce dernier intervient après la signature, samedi 10 octobre, à Zurich (Suisse), d’un accord historique entre la Turquie et l’Arménie, qui permet le réchauffement de leurs relations, jusqu’ici empoisonnées par l’Histoire.

L’épineuse question du génocide arménien

Le conflit entre les deux pays remonte à la Première Guerre mondiale lors du massacre et de la déportation des Arméniens par les Ottomans entre 1915 et 1917. 1,5 million de personnes ont été assassinées selon Erevan, qui qualifie ces tristes événements de « génocide ». Un terme reconnu par de nombreux pays européens, dont la France, mais que rejettent farouchement les autorités turques, qui reconnaissent la mort de seulement 300 à 500 000 Arméniens. Les livres scolaires turcs ne mentionnent d’ailleurs nulle part cette partie sombre de son Histoire.

Par cet accord, une commission historique, chargée de faire la lumière sur le massacre des Arméniens, sera prochainement mise sur pied. Si les scientifiques et les historiens qui la composent parviennent à faire reconnaître à la Turquie qu’il y a eu effectivement génocide, cela ouvrirait la voie à des versements d'indemnisations financières aux descendants de ces massacres, comme l’a fait, par le passé, l’Allemagne aux victimes de l'Holocauste.

L’accord prévoit aussi la réouverture des frontières turco-arméniennes, fermées depuis 1993 par la Turquie en solidarité avec l’Azerbaïdjan, son allié musulman et turcophone, en conflit avec l’Arménie pour le Haut-Karabakh. Cette enclave azérie, majoritairement peuplée d’Arméniens, est contrôlée par ces derniers.

Mais tout reste encore à faire. Les Parlements turc et arménien doivent ratifier l’accord afin qu’il puisse entrer en vigueur. L’opposition turque estime que le gouvernement a abandonné l’Azerbaïdjan en signant l’accord. Quant à l’Arménie, elle ne veut pas faire entrer la question du Karabakh dans le processus de normalisation des relations avec la Turquie.

En attendant, les autorités turques ont pris les devants pour éviter tout débordement. Le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a appelé ses concitoyens à faire preuve d’hospitalité envers les visiteurs arméniens. 3 000 policiers seront déployés dans la ville.

Selon la presse turque, la majorité des 20 000 tickets pour le match ont été distribués au personnel militaire, des familles de joueurs et des invités triés sur le volet. Aucune banderole hostile à l’Arménie et aucun drapeau azéri, distribués par milliers par des associations pro-Azerbaïdjan pour protester contre l’accord, ne seront autorisés dans les gradins.





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