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Signe religieux ostensible

Rédigé par Assmaâ Rakho Mom | Lundi 10 Mars 2008

Si vous vous dîtes musulman, justifiez-le ! Aussi curieux que cela puisse paraître, c'est pourtant l'injonction à laquelle ont du se plier les égoutiers musulmans de la ville de Paris. La direction des Egouts de Paris souhaitait ainsi selon ses dires, mettre fin aux "abus" qui auraient été constatés lors de la pose de congés payés au moment des fêtes musulmanes de fin de Ramadan et du sacrifice d'Abraham.



C'est le Bondy Blog qui, le premier, révélait l'information à la une de son site Internet le 27 février dernier. Les égoutiers musulmans de la ville de Paris ont été sommés par leur direction de prouver le fait qu'ils étaient musulmans pour justifier la prise d'un jour de congé à l'occasion des fêtes musulmanes de fin du mois de Ramadan et du sacrifice d'Abraham (Aïd el-Fitr et Aïd el-Adha).

Egouts de Paris
Egouts de Paris

Justificatif

"L’année dernière, dix-huit personnes ont voulu avoir leur jour pour l’Aïd el-Kebir. Mais dix-huit absents le même jour, c’est trop pour notre service, qui n’aurait pas pu remplir convenablement sa mission. Nous leur avons donc demandé de produire un justificatif de la Mosquée de Paris. Le problème qui se pose en l’occurrence est dû au fait que nous employons beaucoup de personnel originaire d’Afrique noire", a déclaré la direction des Egouts de Paris, contactée par le Bondy Blog.

Pour François Dagnaud, l'adjoint au maire de Paris chargé des Ressources humaines, "en vertu de l'obligation de service public, il fallait au minimum que la moitié des agents soient présents". Suite aux soupçons de mensonge pesant sur certains égoutiers, le chef de service des Egouts de Paris a demandé "une attestation de participation à une cérémonie religieuse à un agent, et a décompté une journée de congés payés à tous les absents, ce qui est maladroit", concède François Dagnaud.

Autorisation d'absence

En fait l'affaire aurait débuté quand un égoutier a demandé, fin décembre 2007, un jour de congé pour l'Aïd el-Kébir (Fête du Sacrifice). Dans un premier temps, ce congé lui est accordé. Précisons que dans la fonction publique, les agents ont droit à une "autorisation d'absence" à l'occasion de certaines fêtes religieuses, qu'elles soient chrétiennes, juives ou musulmanes. C'est une loi du 23 septembre 1967 qui permet ses absences "si elles s'avèrent compatibles avec le fonctionnement normal du service".

Quoi qu'il en soit, quelques semaine plus tard, le même égoutier apprend par courrier que son congé lui est refusé. Le motif selon lui ? Absence de justification de sa religion. Pourtant, il n'existe aucun papier officiel pouvant attester de la religion d'un individu. Seule la conversion peut être certifiée par la Mosquée de Paris.

Selon la direction des Egouts de Paris, cette demande de justificatif résulterait d'une hausse inattendue d'agents se présentant comme musulmans et souhaitant donc déposer des congés au moment des fêtes religieuses musulmanes. Or, l'an dernier au moment des mêmes fêtes, seuls trois agents avaient réclamé une "autorisation d'absence". Doutant de la foi musulmane de certains agents, la direction a alors demandé un justificatif de religion.

"Ce que nous voudrions, demande la direction des Egouts de Paris, c’est que les employés se disant musulmans s’entendent entre eux pour qu’ils ne prennent pas tous en même temps leurs jours fériés, et ce, pour la qualité du service."

'Réponse abrupte et maladroite'

Contacté par Saphirnews, Jérémie Jourdain, le directeur de cabinet de François Dagnaud, précise que c'est "d'abord un problème de communication de la part de l'équipe du Trocadéro des Egouts".

"Comme vous le savez, poursuit M. Jourdain, ils assurent avant tout une mission de service public tout à fait indispensable à la salubrité de notre ville. Dans ce cadre-là il y a une contrainte de présence de 50% d'agents en permanence. Donc tous les congés et toutes les absences doivent être examinés au regard de cette contrainte de service", précisant que "ce qui se passe, c'est que la veille de la date concernée, alors qu'habituellement trois personnes faisaient la demande de congé exceptionnel, 13 personnes sur 18 l'ont faite pour le lendemain".

"Alors qu'ils auraient du discuter et expliquer, ils ont dans l'urgence répondu de façon abrupte et très maladroite, et ce qui est apparu c'est que la ville stigmatisait ces personnes", admet Jérémie Jourdain.

Précison de taille, le directeur de cabinet de M. Dagnaud affirme par ailleurs que ce n'est pas un justificatif de religion qui aurait été demandé, mais "un justificatif de participation à l'Aïd, alors que personne n'est en mesure de demander un quelconque justificatif d'appartenance religieuse ou de participation à une cérémonie religieuse", martèle-t-il.

'Cas d'abus'

"C'est vraiment une mauvaise polémique", déplore pour sa part le porte-parole de la mairie de Paris, pour qui nous sommes face à "un cas qui a voulu être montré comme un cas de discrimination alors que c'est plutôt un cas d'abus".

"Il peut y avoir à un moment une suspicion de mauvaise foi quand il y a une telle augmentation de pratique, sachant qu'il y a une nécessité de service", poursuit le porte-parole, selon lequel "il est choquant de penser qu'à la mairie de Paris nous ayons une dimension et une attitude discriminante à l'égard des agents de la ville, quellle que soit leur religion. C'est la ville de Paris qui a organisé la soirée du Ramadan dans les salons de l'Hôtel de ville, et qui a créé un Institut des cultures musulmanes".

"C'est pour moi quelque chose qui dessert plutôt la culture musulmane que de vouloir abuser d'un droit donné aux musulmans de participer à leurs fêtes. Si des non musulmans commencent à en profiter, et qu'en plus on fait passer cela pour de la discimination quand on refuse, c'est discréditer les musulmans sincères qui veulent simplement participer à une fête religieuse très importante pour eux", conclut le porte-parole de la mairie de Paris.





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