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Monde

Shirin Ebadi : « Les élections n'ont jamais été libres en Iran »

Rédigé par Yonca Poyraz Dogan | Lundi 3 Juin 2013



Shirin Ebadi : « Les élections n'ont jamais été libres en Iran »

Les élections présidentielles en Iran auront lieu en juin. Des autorités du pays disent que les élections iraniennes sont les « plus libres du monde ». Qu'en pensez-vous ?

Shirin Ebadi : Les élections n'ont jamais été libres en Iran. Plus de 600 personnes ont présenté leur candidature pour la présidentielle du 14 juin mais le Conseil des gardiens de la Constitution n'en a retenu que huit. Il est intéressant de voir que M. Hashemi Rafsanjani (l'ancien président) a été évincé. Il est actuellement président du Conseil de discernement de l'intérêt supérieur du régime, une position qui lui permet de prendre des décisions dans l'intérêt de la population. Pourquoi a-t-il été écarté de la présidentielle ? C'est bien la preuve que les élections ne sont pas libres du tout.

Que pensez-vous du travail du président Mahmoud Ahmadinejad concernant les progrès en Iran ?

Shirin Ebadi : Pendant le mandat d'Ahmadinejad, les droits de l'Homme ont souvent été violés, le fossé entre les classes sociales s'est creusé et la corruption a augmenté. Et ne parlons pas des droits des femmes.
Les médias internationaux parlent surtout du programme nucléaire iranien, et plus particulièrement de son enrichissement d'uranium.

Pensez-vous que la situation actuelle des droits de l'Homme en Iran a été ignorée ?

Shirin Ebadi : Les médias internationaux se sont centrés sur la question nucléaire et la situation actuelle des droits de l'Homme en Iran a été écartée. Du coup, cette situation a empiré.

Pensez-vous que l'Iran devrait cesser ses activités nucléaires ?

Shirin Ebadi : L'enrichissement d'uranium doit cesser immédiatement. L'Iran s'éviterait ainsi de lourdes sanctions.
L'Iran est menacée par la communauté internationale à cause de cela...
Je ne pense pas que les Etats-Unis puissent attaquer l'Iran. Ses récentes interventions en Irak et en Afghanistan ne lui ont pas été très bénéfiques.

Quand les révoltes arabes ont commencé il y a environ deux ans, le monde s'attendait à ce que les Iraniens se rebellent à l'image de leurs voisins, mais il n'y a eu aucun soulèvement. Pouvez-vous expliquer pourquoi ?

Shirin Ebadi : Le régime iranien est très sévère. Dès que les gens critiquent le régime, même légèrement, on les arrête. La population a été intimidée et ne veut pas s'engager dans la violence. Dans les 34 dernières années, elle a connu une révolution et une guerre de huit ans avec l'Irak. Pour une génération, c'est trop. Du coup, les Iraniens veulent se rebeller doucement. Cette approche pacifiste aura des résultats positifs mais cela prendra du temps.

Environ 70 % de la population iranienne est âgée de moins de 30 ans. Par quel moyen expriment-ils leurs sentiments, leurs pensées ?

Shirin Ebadi : Cette tranche de la population est opposée au gouvernement. Elle veut des libertés mais n'en a pas. Elle veut du travail, mais n'en a pas. Le taux de chômage est très élevé en Iran, ce qui explique l'importante fuite de cerveaux.

Est-ce que les jeunes utilisent les médias sociaux en Iran pour exprimer leur opinion ?

Shirin Ebadi : Le réseau Internet national a été mis en place récemment et le gouvernement rend difficile l'accès aux sites internationaux.

Vous avez également dit que vous étiez inquiète concernant la période post-dictature. Vous dites qu'il n'y aura peut-être pas de démocratie. Pouvez-vous développer cette idée ?

Shirin Ebadi : La chute d'une dictature dans un pays ne signifie pas forcément la fin de cette dictature. En d'autres termes, les nations issues de la démocratie doivent savoir qu'après la chute d'une dictature, elles doivent empêcher tout nouveau dictateur d'abuser des espérances du peuple.

Quelle est votre définition de la démocratie ?

Shirin Ebadi : De nombreux dictateurs accèdent au pouvoir grâce aux votes de la majorité. Nous avons pu le constater en 1979 en Iran quand le peuple a choisi la république islamique. Dans certains pays comme la Tunisie et l'Egypte, la population a choisi des partis islamiques. Je suis contente que le peuple égyptien ait eu assez de courage pour montrer leur résistance aux personnes qui ont accédé au pouvoir. La victoire aux élections n'implique pas toujours la démocratie. Les gouvernements tunisien, turc et iranien, même s'ils sont islamiques, doivent interpréter l'islam de façon à mettre en œuvre les principes des droits de l'Homme. On ne devrait pas utiliser une religion ou une idéologie pour mettre les droits de l'Homme à l'écart. Aucun gouvernement ne devrait utiliser l'excuse de la religion pour nier les droits de la moitié de la population : les femmes. L'islam devrait respecter les droits de l'homme et les interpréter correctement.

Première parution de cet article le 28 mai 2013, sur Zaman France





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