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Shahla Sherkat, porte-drapeau du féminisme à l’iranienne

Rédigé par pouf.badaboum@gmail.com | Lundi 15 Juin 2009

Alors que les Iraniens – et les Iraniennes – se rendaient aux urnes vendredi pour élire leur président, rencontre avec l’ancienne directrice de la revue "Zanan", qui prône à la fois le respect des traditions et l’égalité hommes-femmes



Lorsqu’elle sort de la gare de Strasbourg par une journée radieuse, Shahla Sherkat ne peut s’empêcher de s’émerveiller à la vue des bâtiments anciens qui entourent la place. "En Iran, nous détruisons notre patrimoine architectural, au lieu de le préserver. On préfère construire du neuf." L’ancienne directrice de la revue féministe iranienne Zanan effectuait un séjour en France pour parler de son magazine, suspendu en février 2008 par ordre du pouvoir, et faire connaître le combat mené quotidiennement par les femmes dans son pays.

Elle n’était pourtant pas "programmée" pour un tel parcours. Née en effet à Ispahan, un bijou architectural et une ville plutôt conservatrice, elle a 11 ans quand ses parents déménagent à Téhéran. La fillette reste alors dans sa ville natale pour terminer l’année scolaire et prend goût à une certaine indépendance. "J’avais le sentiment d’être libre. Je rejoignais ma famille seulement en fin de semaine."

Quelques années plus tard, elle entre à l’université à Téhéran, fait des études de psychologie et suit des cours sur le féminisme. Elle intègre le magazine Zan-e ruz ("Femme d’aujourd’hui") en tant que rédactrice en chef. C’est la période de l’ouverture aux médias et les femmes en profitent pour prendre leur place. "On essayait déjà de donner une image différente de la femme au foyer, épouse et mère de famille." [...]

La création de la revue Zanan

En 1991, premier coup de semonce, elle est remerciée par la direction du magazine. "J’étais accusée d’avoir soutenu une ligne moderniste, occidentaliste et féministe." Elle vit mal cette séparation forcée d’avec la rédaction. Après quelques mois difficiles de remise en question, elle rebondit en créant Zanan ("Femmes"), une autre revue pour laquelle elle avait demandé préalablement l’autorisation de publication et qu’encourage déjà Mohammad Khatami, bien avant qu’il ne devienne président.

Un jour, dans les locaux de Zanan, arrive Chirine Ebadi, juriste et militante des droits de l’homme, devenue en 2003 prix Nobel de la paix. Elle tient un cactus qu’elle offre à Shalah : "Avec la profession que tu as choisie, il faudra que tu sois résistante au moins comme cette plante", lui dit-elle. L’avenir montrera que Chirine Ebadi n’avait pas tort de la mettre en garde. À ses débuts, Zanan remplit un vide en Iran et remporte un réel succès, porté par le contexte politique d’ouverture. "Pour la première fois, on y abordait le concept du féminisme, tabou en Iran", où, pourtant, les femmes ont obtenu le droit de vote en 1962. [...]



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Auteure : Agnès Rortivel - 12/06/2009
Source : www.la-croix.com




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