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Economie

Sex-shop halal ?

L'argent n'a pas de sexe

Rédigé par Leïla Belghiti | Jeudi 25 Mars 2010

Après les cosmétiques halal, le Quick halal, le champagne halal, le foie gras halal, et même les oeufs halal, voici le premier sex-shop halal. Eh non, ce n'est pas une blague, et c'est aux Pays-Bas que cela se passe. C'est un Néerlando-Marocain de 29 ans, Abdelaziz Aouragh, qui se lance dans l'aventure, en inaugurant la première boutique virtuelle (sur Internet) de produits sexuels. L'information, révélée le 20 mars par un quotidien néerlandais, suscite beaucoup d'interrogations.



Sex-shop halal ?
« El Asira », tel a été baptisé le premier sex-shop « halal » en ligne. L'idée est venue d'un de ses partenaires d'affaires, Stefan Delsink, alors qu'il cherchait un projet de société lucratif. Au départ un peu hostile, Aouragh, musulman pratiquant, a fini par trouver l'idée ingénieuse.

De la vente de stimulateurs sensuels aux produits de soin, le manager affirme vouloir par ce moyen « changer l'image de l'islam » comme étant « hostile aux femmes ». « Or, l'image de la femme soumise, cloîtrée dans sa cuisine et vêtue d'une burqa n'est pas vraie. Notre boutique met la femme au centre des choses », a-t-il déclaré au quotidien néerlandais Handelsblad.

Fatwa bienvenue

C'est bien connu, en islam, la sexualité tient une place essentielle et spirituelle dans la vie d'un homme ou d'une femme, lorsqu'elle se retrouve dans le cadre du mariage. Mais concilier sex-shop et islam, est-ce possible ? « Oui », le rassure un imam saoudien, tant que les produits sont… halal.

Le manager est enchanté : « Il y a même une fatwa (avis religieux, ndlr) là dessus », a-t-il déclaré. « Les gens ont peur du Viagra, c'est un médicament. En islam, il y a des herbes qui aident. Huile de graines de pavot, miel pur... », explique-t-il.

Une clientèle difficile à aguicher

Côté consommateurs musulmans, le scepticisme est de rigueur. « Je ne vois pas où en est l'utilité », déclare, surpris, Redhouane, marié, la trentaine passée. « Si certains couples en ont besoin pour cause de problèmes physiologiques, ça peut se comprendre », concède-t-il.

Fatiha, elle, a peur de l'effet que cela pourrait produire chez les jeunes. « Pourquoi en arriver là ? », s'interroge-t-elle, « ce type de pratique risquerait gravement de devenir banal chez les jeunes couples », poursuit-elle, et, se remémorant un témoignage qu'elle avait entendu : « Il y a un risque d'addiction qui devient néfaste pour les relations, à la longue ». Après un temps de réflexion, Fatiha s'interroge sur le caractère « halal » du sex-shop.

Le manager tient à rassurer, il n'y aura ni image ni photo de femmes ou d'hommes sur son site. « Mais comment est-ce possible de monter une telle entreprise sans passer par des sites et catalogues un peu trop explicites... ? », ironise la jeune femme.

Une offre timide

Le label halal à tout-va permettrait-il ainsi de conquérir une clientèle plus large et de passer la douane en toute tranquillité ? Le pari n'est pas gagné d'avance, car, à moins de fatwas par dizaines, le marché pourrait vite se casser la figure. Sans compter que les grands acteurs de la vente par correspondance tels La Redoute ou les 3Suisses, en France par exemple, vendent déjà le minimum requis (lingerie fine et accessoires idoines) depuis la fin des années 1960 ! Des catalogues qui trônent dans les salons de nombre de « bonnes familles » depuis belle lurette...

Pour l'heure, El Asira n'a pas de quoi émoustiller outre mesure : l'entreprise semble davantage proposer des produits « cosmétiques sans graisses animales » que des produits hardcore habituels. Sex-shop « halal » : attrape-nigaud ou nouvelle niche de marché ?





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