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Culture & Médias

« Semer pour l’avenir » avec l’Eurodictée à Saint-Denis

Rédigé par Samba Doucouré | Lundi 13 Juin 2016

Après une douzaine de dates dans toute l’Ile-de-France, la dictée des cités s’est arrêtée à Saint-Denis vendredi 10 juin en marge de l’ouverture de l’Euro. Une opération d’envergure lourde en symbole.



Après une douzaine de dictées des cités, la finale a été organisée à Saint-Denis le 10 juin à l'initiative de l'écrivain Rachid Santaki, ici tendant le micro à quelques uns des lauréats de l'Eurodictée à Saint-Denis.
Après une douzaine de dictées des cités, la finale a été organisée à Saint-Denis le 10 juin à l'initiative de l'écrivain Rachid Santaki, ici tendant le micro à quelques uns des lauréats de l'Eurodictée à Saint-Denis.
En cet après-midi ensoleillé du vendredi 10 juin, la ville de Saint-Denis frémit à quelques heures du coup d’envoi de l’Euro 2016. La France doit ouvrir les hostilités face à la Roumanie au Stade de France - qui finira par une victoire des Bleus - et les supporters des deux équipes fourmillent déjà dans la cité. Place Victor Hugo, entre la mairie et la basilique, quelques 500 personnes sont attablées avec une feuille et un stylo pour la grande finale de l’Eurodictée.

Initiée par l’écrivain Rachid Santaki et le militant associatif Abdellah Boudour avec son association Force des mixités, la Dictée des cités consiste à organiser un concours géant d’orthographe. Petits et grands sont invités à participer avec, à la clé, des fournitures scolaires et autres cadeaux. Dans le cadre de l’Euro 2016, et ce depuis mai, la Direction régionale de la Jeunesse, des Sports et de la Cohésion Sociale (DRJSCS) a décidé de soutenir l’initiative dans de nombreuses villes franciliennes et de permettre aux lauréats de remporter, entre autres, des billets pour assister aux rencontres du championnat d’Europe des nations.

Unir autour des grands textes de la littérature française

Devant la scène installée pour l’occasion, Rachid Santaki prend le micro et chauffe l’audience. L’auteur, qui a passé une bonne partie de sa vie à interviewer des rappeurs, se mue en maître de cérémonie et ambianceur. Il s’adresse en particulier aux élèves d’écoles primaires qui lui répondent en chœur par des « Ouiiiiiiii » et « Noooooooon ». Une fois les règles bien édictées, il se lance dans la lecture d’un paragraphe tiré du Chevalier de Maison-Rouge d’Alexandre Dumas.

Le texte a été choisi par Jean Pruvost, directeur de laboratoire au CNRS et « dicopathe », néologisme inventé par lui-même pour désigner un passionné des mots. Le professeur salue un événement « rassembleur » qui unit « des enfants de toutes les origines » autour des « grands textes de la littérature française ». « On sème pour l’avenir », conclut celui qui tient une chronique sur « les mots du rap » à la radio Mouv’.

Une réponse à la stigmatisation de Saint-Denis

Au bout de quelques heures, une cinquantaine de lauréats sont récompensés en tablettes numériques, dictionnaires, jeux de société, smartphones et bien sûr places pour l’Euro. Primaire, collège, lycée... chacun des participants a concouru dans sa classe d’âge. Une catégorie spéciale a été mise en place pour les adultes en phase d’apprentissage de la langue française. Deux élèves de maternelle ont même eu droit à des cadeaux pour leur participation symbolique.

Mme Laoufi, directrice de l’école élémentaire Jean Vilar de Saint-Denis, en bonne pédagogue, préfère retenir l’aspect éducatif de l’opération, jugeant qu’il s’agit d’« une façon ludique et sympathique d’aborder l’orthographe. Cela désacralise la notion de dictée et du coup les élèves sont plus à l’aise ».

La ville de Saint-Denis s’est récemment vue stigmatisée sous la très gênante dénomination de « Molenbeek-sur-Seine » en couverture du Figaro Magazine. Mme Laoufi a tenu à délivrer un message en réponse au média classé à droite : « On en a assez d’entendre certaines choses sur toute cette population et tous ces enfants. Aujourd’hui, c’est un très bel exemple de mixité et d’ouverture vers les autres. Tous les enfants à Saint-Denis vont réussir et à cela, j’y crois ! »

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