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Société

Salles de shoot : un moindre mal face à la toxicomanie ?

Rédigé par Samba Doucouré | Samedi 15 Octobre 2016

Paris lance la première salle de « consommation à moindre risque » en France, communément appelée salle de shoot. Les toxicomanes pourront y venir s’injecter leurs drogues sous la supervision du personnel médical. Dominique Demangel, élue du 18e arrondissement, livre à Saphirnews ses éclairages sur cette expérimentation.



C'est à l'hôpital Lariboisière, à Paris, que la première salle de shoot de France a ouvert ses portes vendredi 14 octobre.
C'est à l'hôpital Lariboisière, à Paris, que la première salle de shoot de France a ouvert ses portes vendredi 14 octobre.
La salle de consommation à moindre risque (SCMR) de Paris va accueillir ses premiers usagers vendredi 14 octobre. Ouverte au sein de l’hôpital Lariboisière dans le 10e arrondissement de la capitale, l'initiative est très controversée.

Les toxicomanes pourront venir avec leur propre consommation et se verront attribuer du matériel stérile avant d’entrer dans une pièce où ils pourront s’injecter leurs produits. Avec la supervision du personnel médical, l’idée est de réduire les risques pour le consommateur en lui évitant de faire une overdose, et de le sensibiliser sur les risques de certains produits.


Dominique Demangel.
Dominique Demangel.

Les toxicomanes « sont des gens malades »

L’emplacement n’a pas été choisi au hasard car il se trouve à proximité de la gare du Nord, du boulevard de la Chapelle, du boulevard Barbès et à deux stations de métro de Stalingrad. Des quartiers touchés par les trafics et la consommation de drogues dures depuis plus de 30 ans. Les drogues les plus utilisées dans la zone sont le crack, l’héroïne et des médicaments tels que le Subutex ou le Skénan. Les différentes politiques publiques ont échoué à enrayer le phénomène qui s’est même renouvelé à plusieurs reprises.

« Les usagers sont là où sont les produits. Ce sont des gens malades, on ne les déplace pas de façon autoritaire », explique Dominique Demangel, chargée de la santé et de la lutte contre les toxicomanies à la mairie du 18e. La conseillère déléguée a participé à la mission d’étude du projet en coopération avec les mairies du 10e et du 19e. Elle a notamment fait plusieurs déplacements en Suisse, au Canada, aux Pays-Bas et en Espagne pour étudier la mise en place de dispositifs similaires.

« Ce nouvel espace est un soulagement »

Des riverains se sont opposés à l’arrivée de la salle de shoot. Ils craignent l’intensification du trafic et le va et vient des toxicomanes autour de l’hôpital et plus particulièrement de sa maternité. Environ 400 passages sont attendus sur les sept heures d’ouverture prévues par jour. Une vingtaine de médecins, éducateurs, assistants sociaux et agents de sécurités seront déployés pour l’occasion.

Mais des associations telles que le collectif Action Barbès qui regroupe des habitants de la zone concernée ont ardemment milité et communiqué pour favoriser le projet. « Pour un certain nombre de riverains, le fait qu’il y ait ce nouvel espace est un soulagement. Dans le 18e nous avons cinq lieux de réduction des risques. La connaissance des habitants (sur cette problématique) a évoluée. Ils sont prêts car la situation ne peut que s’améliorer », commente Dominique Demangel.

L’association Gaïa, une émanation de Médecins du monde, est chargée de la gestion de la SCMR. Engagée depuis une dizaine d’année, elle s’occupe déjà de deux des cinq espaces de réductions des risques existant dans le 18e arrondissement. Ces lieux mettent à disposition des toxicomanes des consultations médicales, des dépistages, de la prévention, un espace de discussion, et la distribution de matériel stérile. Mais la consommation de drogues est interdite dans ces endroits.

La loi santé votée au Parlement en décembre dernier a ouvert la possibilité d’ouverture de SCMR à titre expérimental pour une durée de six ans. La ville de Strasbourg a annoncé qu’elle va en ouvrir une au sein de son Nouvel Hôpital Civil. Bordeaux est également candidate.

Selon Dominique Demangel, le dispositif est amené à évoluer : « A Vancouver (Canada), ils ont ajouté des étages pour accueillir des usagers en phase de sevrage ».

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