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Monde

Salah Hamouri, citoyen d’honneur de Grigny

Politique internationale

Rédigé par Hanan Ben Rhouma | Dimanche 17 Mai 2009

Quatre ans ont passé depuis l’arrestation de Salah Hamouri en Cisjordanie. Accusé à tort pour « délit d’intention » d’attentat contre un rabbin, le Franco-Palestinien purge, depuis 2005, une peine de sept ans en Israël. « Face au silence assourdissant » des pouvoirs publics, la ville de Grigny (Rhône) a octroyé au jeune homme le titre de citoyen d’honneur, samedi 16 mai. Retour sur son histoire.



La municipalité de Grigny déclare Salah Hamouri citoyen d’honneur. Cérémonie en présence, notamment, de sa mère Denise Hamouri, Noha Rashmawi (représentante de la délégation de la Palestine en France) et du maire René Balme.
La municipalité de Grigny déclare Salah Hamouri citoyen d’honneur. Cérémonie en présence, notamment, de sa mère Denise Hamouri, Noha Rashmawi (représentante de la délégation de la Palestine en France) et du maire René Balme.
Salah Hamouri a fêté en avril dernier ses 24 ans en Israël. En prison, pour être plus précis. Quatre ans déjà que ce jeune Franco-Palestinien y est et ce n’est pas fini pour lui. En vertu de la décision prise par la justice israélienne en avril 2008, il est condamné à sept ans de prison. Il lui reste encore trois ans à faire. Pourtant, le dossier d’accusation ne tient sur rien et Salah clame toujours son innocence.

Pour dire « non » à l’oubli et manifester ouvertement sa solidarité, la ville de Grigny (69) a fait figure de pionnier, en attribuant officiellement, samedi 16 mai, le titre de citoyen d’honneur à Salah. Un geste fort que le maire (adhérent au Parti de Gauche), René Balme, estime juste. « Il y a un faisceau de convergences qui plaide pour sa libération. On considère qu’il est innocent. Son procès a été instruit à charge sans témoin ni preuves et il a été jugé par un tribunal militaire », a-t-il rappelé, vendredi, à Saphirnews.

Arrêté en 2005 sur le chemin qui le conduisait vers Ramallah (Cisjordanie), il a été accusé, un mois plus tard, d’avoir comploté contre le rabbin et chef spirituel du parti d’extrême droite Shaas, Ovadia Yossef, au motif que Salah était passé en voiture devant le domicile de celui-ci.

A cela s’ajoute la présomption de l’appartenance de Salah à un mouvement de jeunesse réputé proche du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), parti politique palestinien alliant marxisme et nationalisme arabe, mais dont il n’a jamais été membre.
Trois ans de prison plus tard, la justice tranche : il purgera une peine de sept ans pour « complot et appartenance aux jeunesses du FPLP » après s’être vu contraint de plaider coupable… pour éviter un verdict plus sévère allant jusqu’à quinze ans d’emprisonnement.

Affaire Hamouri : « un poids, deux mesures »

Sept ans, c'est bien trop long pour un innocent qui attend toujours un geste de l’État français. « Le président de la République a reçu toutes les familles de Français emprisonnés de par le monde, sauf une : celle de Salah Hamouri. On explique difficilement ce "deux poids, deux mesures", sauf si c’est un silence politique. Le pouvoir français n’a pas l’intention de froisser son ami israélien », affirme le maire.

L’exemple est fait avec le jeune Franco-Israélien Gilad Shalit. Enlevé en juin 2006 lors d’une opération menée par un commando palestinien en territoire israélien, le caporal a fait l’objet de toutes les attentions en Israël comme en France. D’abord en Israël, puisque son enlèvement a provoqué – officiellement – le lancement de l’opération « Pluie d’été » contre Gaza, en juin 2006. Bilan : 200 morts et 800 blessés.

Du côté français, la nouvelle a provoqué – et provoque encore – l’attention des médias et l’émoi de nombre d’hommes politiques. A tel point que le président Nicolas Sarkozy a réitéré son engagement à poursuivre ses efforts en vue de sa libération, et ce alors même que « Shalit fait partie de la puissance occupante », précise M. Balme. En parallèle, la ville de Paris a accordé à Shalit le titre de citoyen d’honneur. Que nenni pour Hamouri.

Serait-il moins Français que les autres ? Que la présidence déploie d’énormes efforts pour Shalit, soit ; mais qu’elle en fasse de même pour Hamouri et elle saura ainsi rester juste et équitable, tel est le désir du collectif de soutien de ce dernier et surtout de sa mère, Denise Hamouri, présente à Grigny pour témoigner de la situation absurde dans laquelle se trouve son fils mais aussi des travers de la politique israélienne envers les Palestiniens.

Hamouri, un cas parmi 11 000

« Hasard du calendrier » pour le maire, les Palestiniens commémorent les 61 ans de la Nakba (« catastrophe »), à savoir leur exil forcé en 1948 lors de la création de l’État d’Israël. Salah Hamouri figure parmi une liste très longue de prisonniers palestiniens. On en compte aujourd’hui près 11 000 dans les geôles israéliennes, souvent emprisonnés de façon arbitraire. Comme lui, plus de 90 % des détenus politiques ont fait l’objet d’une procédure de compromis : leurs peines ne seront réduites que s’ils plaident coupables. Un compromis que l’on pourrait qualifier de chantage.

Le maire de Grigny espère maintenant « qu'au plus haut sommet de l’État, on se préoccupe du cas Hamouri », au même titre que ses concitoyens emprisonnés, et que d’autres villes s‘engouffrent dans la voie qu’il a choisie. La solidarité manifestée par Grigny et quelques autres villes françaises envers le prisonnier laisse à penser que ce dernier comme le peuple palestinien sont de moins en moins seuls dans leur combat pour la paix et la justice.





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