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Communiqués officiels

Saint-Nicolas serait-il, aussi, une ordure ?

Rédigé par Abdullah abu abdulaziz Jean-franÇois bastin | Jeudi 18 Novembre 2004

Je suis extrêmement perplexe quant à l’achat d’un petit album de Noël proposé par l’école communale d’Anderlecht où mes deux filles (6 et 4 ans) évoluent en première année primaire et deuxième maternelle.



Je suis extrêmement perplexe quant à l’achat d’un petit album de Noël proposé par l’école communale d’Anderlecht où mes deux filles (6 et 4 ans) évoluent en première année primaire et deuxième maternelle.

Cet 'Album de Noël de Dorémi', qui est publié par les éditions Averbode, est décrit sur une petite enveloppe glacée, abondamment coloriée, destinée à recevoir les 4€ réclamés pour son acquisition (8€ dans mon cas) comme ayant le pouvoir 'pendant toutes les vacances' d’occuper les enfants à 'bricoler, jouer et se faire raconter des histoires'. Ils y trouveront 'un récit de Noël charmant et tendre' (celui qu’elles sont censées se faire raconter), 'des décorations de Noël' (c’est avec elles qu’elles joueront à n’en plus finir sur l’arbre de Noël qu’il faudra donc, aussi, installer chez soi), et, qui y aurait pensé : 'une crèche en carton' (c’est avec elle qu’ils vont 'bricoler' toutes les vacances) !

Toute cette panoplie ludique exceptionnelle adressée à une population scolaire de confession musulmane à 80%, dans un établissement censé, selon son projet pédagogique, 'conduire l’élève à la citoyenneté responsable en le rendant disponible à l’information, à son interprétation et à sa critique, dans un esprit libre exaministe'!

Voici deux questions que je pose, à titre personnel, dans le cadre du parti que j’ai l’honneur de présider, mais aussi de celui d’un nombre considérable de parents musulmans, ou autres, tout aussi incommodés que moi par ces pratiques, et qui n’ont pas toujours, faut-il le souligner, le réflexe citoyen de se positionner clairement sur ces questions (il n’y a qu’à voir le silence timoré de la plupart d’entre eux face aux exactions commises à l’encontre de leurs filles désireuses de porter le foulard, ou autre signe, dans l’enceinte de ces mêmes établissements scolaires).

La première question, d’aspect plus spécifiquement éducatif, concerne la Charte de l’enseignement officiel et le décret du 31 mars 1994 qui définissent la neutralité de l’enseignement dans la Communauté française. Ceux-ci sont totalement bafoués par le prosélytisme religieux agressif qui se cache derrière l’image féerique que l’école relaye complaisamment de Saint-Nicolas, dans le cadre d’une fête présentée comme folklorique.

Que peut bien signifier cette campagne forcenée, ce matraquage inepte, cette mise sous influence qui sont menés dans les écoles communales à propos de Saint-Nicolas, en contradiction absolue avec les principes affichés ? Si encore il ne s’agissait que de fêter le saint patron des écoliers, le 6 décembre ! Or, le prurit festif débute dès octobre, immédiatement après la mascarade Halloween, jusque bien après janvier.

Il est certain, et cela à un degré d’incidence psychologique maximale chez de jeunes enfants, que l’impact d’un dispositif théâtral d’apparition céleste du grand saint sur de petits cerveaux, tel qu’organisé chaque année, en toute joyeuse inconscience, dans l’école de mes enfants (mais dans beaucoup d’autres aussi), est énorme.

Présenté en grande pompe, dans une salle de préau décorée pour la circonstance, avec force musiques et saynètes enfantines, à leur contemplation médusée, cette image surnaturelle et bienveillante (qui donne, on le sait, généreusement des bonbons) relève d’un authentique prosélytisme catholique religieux de la nature la plus extraordinairement ostentatoire qu’on puisse imaginer : celle d’une incarnation, en plus vrai que vrai, d’une sainte figure religieuse littéralement adulée. Tous les ostensibles signes sont là, et gravés à jamais dans des mémoires étonnamment malléables : la mitre épiscopale rouge vif de laquelle se détache une immense croix blanche (ou dorée), la longue crosse recourbée en or, les mains bénisseuses gantées de blanc immaculé (qui dessinent dans l’espace d’immenses signes de croix) et qu’un imposant brillant papal rend plus fascinantes encore, les amples habits rouge et blanc, et, j’allais l’oublier, l’énorme barbe blanche. (Et on me demande pourquoi je teins la mienne en roux !).

Sans compter l’incroyable battage commercial et publicitaire dans les rues, les magasins, les médias, qui reproduisent ad nauseam les mêmes écoeurants stéréotypes. L’école se doit-elle vraiment de recueillir cette hystérie mercantile jusque dans ses murs ?

La seconde question (qui recèle des intérêts financiers certainement importants) corrobore en amont ce que je n’ai relaté qu’au quotidien. Elle trouve un éclatant développement dans une brève enquête que j’ai menée sur les éditions Averbode S.A, productrices de l’album en question, via leur site internet www.averbode.be.

Ces dernières, spécialisées dans la production et la distribution de revues éducatives généralistes, de 'revues-récits' et de revues d'éveil religieux, appâtent sans vergogne (en cinq langues, dans le monde entier) tous les enfants des écoles publiques, mais aussi, bien entendu, confessionnelles (qui les imposent, elles, à leurs élèves), depuis la première maternelle jusqu’aux dernières classes du primaire et du secondaire.

Or, que lit-on à la rubrique 'Notre Mission' dans la Charte éditoriale de cette société ? 'Les Editions Averbode désirent contribuer de façon durable à la formation et à l'épanouissement des jeunes pour en faire des adultes équilibrés et responsables, au moyen d'une communication adaptée et de qualité, d'inspiration chrétienne. Les Editions Averbode s'inscrivent dans une tradition qui trouve son origine dans le rayonnement spirituel des Prémontrés d'Averbode [congrégation monastique entre Diest et Aarschot]. Cette tradition est chrétienne, centrée sur l'Homme, attentive à l'environnement et au monde'.

A propos de leur 'Message' qu’elles annoncent clairement comme 'religieux et évangélique' voici ce qu’elles ajoutent : 'Les Editions Averbode donnent aux questions universelles les réponses du christianisme qui, depuis vingt siècles, enrichit l'humanité du message de Jésus au sujet de Dieu, de l'Homme, du Monde et de la Vie. Elles évoquent Dieu sans détours et voient dans la Bible, les Evangiles et l'Eglise catholique des sources d'inspiration pour une meilleure vie en commun et pour l'épanouissement de la foi personnelle'. La messe est dite.

Que dire de plus ? Nous attendons, le PJM, les parents musulmans et moi-même, du pouvoir organisateur de l’enseignement communal d’Anderlecht (et des autres communes concernées), des réponses précises sur cette question que je n’aurai pas, ici, l’outrecuidante opportunité de comparer à celle des jeunes élèves musulmanes interdites de foulard pour cause de prosélytisme et d’ostentation. Je ne dirai rien non plus de la désagréable parenté qui se dégage de l’entreprise, avec les évangélistes et télévangélistes américains, chrétiens sionistes notoires, comme le pasteur Pat Roberson, fondateur de la 'christian coalition'. N’est-il pas inquiétant, en effet, nonobstant le caractère à première vue saugrenu de la construction, que j’en vienne à associer les images pitoyables d’un Foxman ou d’un Bush Jr, à celles de certains échevins et ministres belges de l’enseignement public ?

Le PJM, les parents musulmans et moi-même ne devrions pas tarder à en avoir le cœur net.





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