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'Saddam doit être châtié à hauteur de ce qu'il a fait'

Entretien avec un opposant au régime de Saddam Hussein

Rédigé par Propos recueilli par Amara BAMBA | Mercredi 8 Novembre 2006

M. Gafouri Alaa représente, en France, le parti irakien ad-Daawa al islami. Homme d'affaires, docteur en économie, il vit en Ile de France. En représentant du plus vieux parti islamique irakien opposé au régime de Saddam Hussein, M Gafouri suit de près la visite à Paris de Jalal Talabani, le président irakien. La condamnation de Saddam Hussein à la pendaison coïncide avec la fin de la visite officielle de M. Talabani en France. D'ordinaire très réservé sur le sujet, M. Gafouri a accepté de nous livrer son analyse sur la situation en Irak, dans cet entretien exclusif.



SaphirNews: Que pensez-vous de la condamnation à mort de Saddam Hussein ?

Gafouri Alaa: Pour comprendre les réactions qui ont accueilli cette condamnation, il faut savoir que ce sont des réactions de personnes qui ont perdu leurs enfants, leurs parents, leurs amis, leurs frères, leurs soeurs... Et personne ne peut éprouver à leur place la peine que leur a causé le régime de Saddam Hussein. Les enfants ont perdu leurs parents, les femmes ont perdu leur mari, on ne peut pas exprimer par des mots, la souffrance du peuple irakien sous le régime de Saddam... Presque chaque maison d'Irak a perdu quelqu'un sur ordre du régime de Saddam....

Vous, personnellement, avez-vous perdu des proches ?

Gafouri Alaa: Oui bien sûr! Je vous dis que chaque maison a perdu quelqu'un. Je ne vous parle même pas de mes amis politiques. Mais au niveau familial, j'ai perdu trois de mes frères. Je sais qu'ils ont été exécutés sur ordre de Saddam Hussein lui-même. J'ai pu joindre le parti (ndr, ad-Daawa) et ils m'ont confirmé la mort de mes frères, sans plus. Même après la chute de Saddam, je n'ai pas pu trouver de traces de mes frères; cela fait près d'un quart de siècle. Je sais que deux d'entre-eux ont été enlevés à l'université. L'un était chercheur, l'autre était professeur à l'université à Bagdad. Le troisième faisait son service militaire. Seul le journal Alhayat fournit quelques indices sur le lieu et la manière dont ils ont été exécutés.

Cela explique-t-il les manifestations de joie qui ont accueilli la condamnation de Saddam Hussein?

Gafouri Alaa: Ce sont des réactions que je comprends. Ce sont des réactions d'Irakiennes et d'Irakiens de de tous les bords, de toutes les régions, de toutes les religions. Certains sont Arabes, d'autres sont Kurdes, cela ne fait pas de différence. Vous avez des chiites, des sunnites, des muslim, des chrétiens... Ils ont tous souffert à cause de Saddam. Pour tous ces gens, il fallait un châtiment juste. Et Saddam mérite d'être châtié pour ce qu'il a fait. Alors je vous pose la question : quelle punition lui mettriez-vous ? D'après vous, quelle est la sanction pour celui qui a causé tant de souffrances à tant de gens, pendant toutes ces années ?

SaphirNews: ........

Gafouri Alaa: Les gens pensent qu'il mérite une sanction, une punition, à la hauteur du mal qu'il a fait. C'est ainsi que je comprends leurs réactions.

Vous avez suivi la visite de M. Talabani en France. Quel sens donnez-vous à cette visite ?

Gafouri Alaa: Cette visite est très importante. Plus que jamais, le peuple irakien a besoin de tisser des relations avec la France. Il faudra reconstruire l'Irak. Cette visite permet d'expliquer la réalité de la nouvelle Irak à des partenaires comme la France. Cette Irak est une mosaïque de peuples, ce n'est plus l'Irak de Saddam.

Aujourd'hui avec l'occupation américaine, la France peut-elle vraiment jouer un rôle?

Gafouri Alaa: La France est déjà sur le terrain mais timidement. C'est vrai qu'elle ne sait pas très bien comment s'y prendre. Mais je pense qu'il faut beaucoup de courage pour qu'elle puisse réparer ses erreurs avec le peuple irakien. Le peuple irakien attend beaucoup aussi de la France. C'est un peuple qui a une place primordiale dans la région. Le pays et très riche dans des domaines très diversifiés comme en témoigne son histoire.

Justement, au contraire de l'histoire, on parle aujourd'hui d'affrontements entre sunnites et chiites. Comment expliquez-vous cela ?

Gafouri Alaa: Cet affrontement sunnites contre chiites est une opposition construite de toute pièce. Cela sert les intérêts de certaines puissances qui ont besoin de mener leur guerre en Irak. Mais, en réalité, l'opposition n'est pas une opposition entre sunnites d'un côté et les chiites de l'autre. C'est plutôt une opposition entre les baassistes déchus du pouvoir et d'autres groupes qui ont perdu leurs intérêts contre certains autres groupes qui sont des Takfiri souvent soutenus par des forces qui ont intérêt à voir une Irak déstabilisée... A cela vous ajoutez les mafia et toutes les organisations criminelles habituelles et vous avez le désordre actuel. Mais ça n'a rien à voir avec le fait d'être sunnite ou d'être chiite.

Pour M. Talabani le retrait américain aurait des "effets catastrophiques". Qu'en pensez-vous ?

Gafouri Alaa: Talabani a exprimé son opinion. Mais j'estime que le Parlement irakien devrait aussi se prononcer sur une telle question. L'Irak a besoin de soutiens venant du monde entier pour aider le peuple à construire un avenir loin de ses souffrances du passé.

Les Irakiens d'Europe participent-ils à la recherche de solution de la crise actuelle?

Gafouri Alaa: Les Irakiens d'Europe ont été coupés les uns des autres. Chacun travaille des son côté avec les moyens dont il dispose. Mais ils appellent tout le monde à aider le peuple irakien dont le quotidien est la souffrance. Nous autres, Irakiens d'Europe, militons pour un grand peuple sans le schéma des Saddamistes ni celui des Takfiri. C'est une Irak que nous voulons avec tous ceux qui aiment ce pays libre et fort.

Le président Talabani a prolongé sa visite officielle par un séjour privé en France. Cela est tout un symbole ?

Gafouri Alaa: Effectivement... Mais ceux qui connaissent la situation savent que le Président irakien a beaucoup de relations à travers le monde. Ce n'est pas nouveau. Depuis longtemps, il a ses contacts en France parmi lesquels on compte Danièle Mitterrand que Talabani connaît dans le cadre de l'action en faveur du peuple kurde. Je sais que le bureau parisien du Parti des Kurdes (le parti du Président Talabani ) a un programme très détaillé sur ce travail.





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