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Robes longues : le rôle de l'école dans les fantasmes sur l'islam

Rédigé par Par Bernard Girard | Enseignant blogueur | RUE89 | Mercredi 30 Mars 2011



Robes longues : le rôle de l'école dans les fantasmes sur l'islam
Avec « La Journée de la jupe », film plutôt mal inspiré et très approximatif sur le contexte éducatif, équivoque au point de recueillir les suffrages unanimes de l'extrême droite, la jupe portée par une enseignante était présentée comme le symbole d'une femme libérée, en proie aux sarcasmes, aux vexations infligées par des élèves très majoritairement d'origine immigrée et musulmane.
Aujourd'hui, au lycée Auguste-Blanqui à Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), la robe longue portée cette fois-ci par quelques jeunes filles ne peut être que le signe de l'aliénation religieuse ou l'affirmation du communautarisme musulman.

Convoquées par la direction de l'établissement, elles se sont vu intimer l'ordre d'ôter « ce signe religieux ostentatoire ». Morale de cette histoire de fringues : quoiqu'elles fassent, les jeunes musulmanes ne peuvent être que des femmes soumises, manipulées ou manipulatrices, et leurs homologues masculins des machistes dominateurs.

Le rôle de l'école dans la stigmatisation de l'islam
Cet épisode prend un relief tout particulier dans le contexte politique actuel de stigmatisation de l'islam. Car même en attribuant – ce qui n'est pas prouvé – une dimension provocatrice à l'attitude des lycéennes, ce ne serait finalement qu'une juste et bien modeste réponse aux provocations, érigées en politique d'Etat, dont fait l'objet toute une partie de la population française.

Du débat sur l'identité nationale à celui sur la laïcité lancé par l'UMP, en passant par la récente loi sur l'immigration, jusqu'aux attaques verbales ouvertement racistes entendues ces derniers mois dans la bouche des plus hauts responsables politiques du pays, tout est mis en œuvre, avec des motivations électoralistes qui ne se cachent même plus, pour dresser une partie de la société contre l'autre.

Dans cette stratégie fondée sur les fantasmes et les phobies, il y tout lieu de s'inquiéter du rôle que l'école est amenée à jouer, avec la complicité de quelques-uns de ses acteurs. Au ministère de l'Education nationale, on s'active sur une circulaire visant à interdire à des mères de famille portant un foulard d'accompagner les sorties scolaires, circulaire d'autant plus incompréhensible qu'elle vise des femmes dont l'engagement au sein de l'école est plutôt le signe d'une réelle insertion dans le milieu local.

Le Haut conseil de l'intégration, qui apparaît aujourd'hui comme le fer de lance de l'islamophobie, n'en finit pas de publier des rapports alarmistes et fantaisistes qui font de l'immigration, nécessairement inassimilable, la source de tous les dysfonctionnements de l'école.

Certains chefs d'établissements, peut-être également préoccupés par la prime de fin d'année qu'on leur fait miroiter, privilégient l'obéissance aux directives officielles avant l'exercice d'un minimum d'esprit critique.

La robe de quelques élèves, une « vraie question de fond »
Dans l'affaire de Saint-Ouen, affligeante est la prise de position de ces enseignants affiliés au Snes 93, qu'une robe longue semble affoler, qui préfèrent s'en remettre au ministre plutôt que de faire preuve d'un minimum de bon sens. Sans crainte du ridicule, ils affirment :

« Ce problème pose une vraie question de fond que le rectorat et, au-delà, le ministère devront trancher : cette robe longue est-elle une tenue traditionnelle ou une tenue religieuse ? »

Grave question, assurément, qui fait de la tenue vestimentaire des élèves la mesure de toutes choses. Traditionnelle ou religieuse, en quoi, au juste, une robe contreviendrait-elle aux principes de respect mutuel qu'on peut exiger dans un établissement scolaire ?

Le principe de laïcité qu'on prétend défendre se trouve ainsi perverti par des préoccupations qui lui font perdre sa signification, pour s'égarer dans les affres d'une police des mœurs ou dans la dénonciation d'un communautarisme imaginaire, une accusation qui mène aux pires dérives politiciennes comme on le voit aujourd'hui.

Face à la montée du Front national aux élections cantonales, politologues et experts s'interrogent doctement pour en comprendre les raisons. Multiples et diverses, sans doute, mais il n'empêche que tant qu'un syndicat d'enseignants, majoritaire dans le secondaire, considérera la robe de quelques élèves comme une « vraie question de fond », l'extrême droite n'en finira pas de progresser dans l'opinion.

Photo : le couloir d'une école (Yousterer/Flickr/CC).

Source: Rue89




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