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Psycho

Rima : « C’était mon premier amour d’enfance »

Rédigé par Sabah Babelmin | Mardi 14 Mars 2017



Rima : « C’était mon premier amour d’enfance »
Voilà, j’ai 38 ans je suis française d’origine algérienne. Je suis mariée et j’ai quatre enfants, dont une fille d’une précédente union.

Mon mari est algérien : c’était mon premier amour d’enfance.

Je l’ai revu en Algérie durant l’été, il y a six ans, j’ai passé quelques petits moments avec lui et nous avons rapidement décidé de nous marier. Je n’ai pas réfléchi, je pensais l’aimer à nouveau et il me semblait être quelqu’un de bien en tant que mari et beau-père. Il a pu venir en France alors que j’étais enceinte de notre premier enfant.

Les débuts ont été durs, car ma fille aînée et moi avons dû changer nos habitudes. Pour lui aussi, ça a été dur : absence de sa famille, changement de mode de vie, situation financière précaire.

Durant ces dernières années, nous avons multiplié les grossesses, les grosses disputes, les séparations.

Il me reproche mon rythme de vie, mon mauvais caractère. Il ne travaille pas depuis un an, il cherche et je l’aide beaucoup.

Il n’a pas beaucoup d’amis et sort rarement, mais le pire, de tout ça est qu’il ne supporte plus du tout ma fille, aujourd’hui adolescente. Il la compare toujours aux filles de son âge de là-bas ! « Elles sont moins fainéantes », il la critique sur tout ce qu’elle fait, il dit qu’elle n’aime pas ses frères.

C’est devenu insupportable : je sais que ma fille a des défauts et ne se comporte pas comme les filles bien élevées du bled mais, pour autant, rien de bien grave.

Aussi, je pense ne pas l’aimer car je n’aime pas les relations intimes avec lui. Mais je m’accroche et fais des efforts pour mes garçons et parce qu’au fond de moi je sais qu’il est quelqu’un de bien.

Mais, aujourd’hui, je ne supporte plus cette vie : trop de conflits, de reproches, de critiques… Dois-je supporter encore dans l’espoir que tout s’améliore ou dois-je arrêter pour le bien-être de tous mes enfants ?

J’attends beaucoup de vos conseils. Je précise que mon mari et moi sommes pratiquants. Merci.

Rima

Sabah Babelmin, psychothérapeute

Chère Rima,

Plusieurs questions me viennent en lisant votre lettre.

Vous dites que vous avez rencontré votre ami d’enfance et après quelques moments passés avec lui, vous prenez la décision de vous marier après trois mois.

Un amour d’enfance est un amour pur et innocent. Il n’y a pas d’enjeu, il y a juste du plaisir et du partage : des jeux, des secrets, des rires, sans responsabilité, sans engagement, sans contrainte ; c’est un amour sain et inconditionnel.

Tout amour idéalisé, c’est-à-dire qui n’a pas été expérimenté dans la réalité est merveilleux. Sauf que là vous avez pris une décision importante : de vous marier, comme pour continuer ce rêve d’enfance !

Or la réalité d’un mariage est toute différente : il y a la sexualité, la responsabilité, les enfants, la vie en commun.

Était-ce plus sa demande car il avait peut-être envie de venir en France ? Avait-il un travail en Algérie ? Aviez-vous discuté de votre fille avant le mariage ?

Qu’en est-il du père de votre fille ? Est-il français ? algérien ? Est-ce qu’elle garde un lien avec lui ? Le réclame-t-elle ?

Ce que vous décrivez de la relation de votre mari actuel à votre fille est difficilement supportable pour toute maman, et votre fille a besoin d’un regard valorisant de la part d’un homme pour pouvoir construire sa vie de jeune fille et de future femme.

Votre fille n’était qu’une enfant au moment de votre mariage et vous dites qu’elle et vous avez changé votre mode de vie dans le cadre de cette nouvelle union ; mais au moment de l’adolescence elle est critiquée, dévalorisée par votre nouveau mari.

Cet homme a son histoire, s’il a été lui-même dévalorisé, critiqué durant son enfance, le refait-il avec votre fille ? Émet-il aussi des critiques à propos de ses fils ? Apparemment pas… Quel regard a-t-il sur les femmes ? Il vous reproche aussi : votre « mauvais caractère », votre « mode de vie ». D’après votre lettre, on dirait que sa façon d’exister dans cette famille, ce sont les reproches et les critiques.

Mais vous dites aussi que votre mari n’a pas de travail, et il semble souffrir de cette situation où c’est vous qui pourvoyez aux besoins de la famille. Pour asseoir son autorité, prendre sa place d’homme, il semble qu’il a besoin de vous dévaloriser pour exister.

Les hommes en général tirent beaucoup de fierté à s’occuper de leur famille, à avoir de l’autorité sur leurs enfants, à être des pères et des maris responsables. Or ce n’est pas le cas pour votre mari. En vous critiquant vous et votre fille, il exprime, me semble t-il, une souffrance et un mal-être. Qu’en pensez-vous ?

En outre, vous dites qu’il n’a pas de liens sociaux, d’amis, sa famille est loin, donc vous semblez être sa seule ressource et son seul lien en France. Est-ce qu’il lui arrive de vous reprocher d’être venu en France pour vous suivre ? Souhaite-t-il revenir en Algérie ?

Vous dites que vous multipliez « les grossesses, les séparations et les grosses disputes ».
Ces grossesses ont-elles été communément désirées ? Serait-ce sa seule manière de prouver sa virilité ?

Les enfants sont sources de beaucoup de joie mais également d’une grande responsabilité ; ils n’ont pas à subir les problèmes de leurs parents. Réfléchissez si vous souhaitez d’autres enfants et, si besoin, cherchez un moyen contraceptif si ce n’est déjà fait.

Faire vivre à vos enfants et subir vous-même cette atmosphère en permanence doit être épuisant. Une personne seule ne peut pas pourvoir aux besoins de toute une famille, financièrement, mais aussi porter psychologiquement tout ce petit monde. Cela demande beaucoup d’énergie, de patience de moyens financiers et de force. Et il me semble évident que cette atmosphère ne favorise pas l’amour.

« Je pense ne pas l’aimer », dites-vous, et votre sexualité n’est pas épanouie avec lui. C’est tout à fait humain : chaque être humain a besoin de tendresse, de soutien, de respect, pour pouvoir avoir du désir. Or vous avez tout à gérer, le travail à l’extérieur et la maison avec trois enfants en bas âge, une adolescente et un mari critique et exigeant.

Est-ce que votre famille est en France ? Quelle relation avez-vous avec elle ? Vous aide-t-elle ? Est-elle au courant de ce que vous vivez ?

Vous dites aussi que vous avez le sentiment que votre mari est « au fond quelqu’un de bien » et que vous êtes tous les deux des musulmans « pratiquants ». Il y a des situations qui sont autant d’épreuves pour cheminer dans la vie. Rien n’est irrémédiable.

Pour le bien-être de vos enfants, de vous-même mais aussi de votre couple, il est important de ne pas vous isoler, de garder des liens avec votre famille, des amis, d’aller voir un médiateur familial, une assistante sociale pour parler de vos problèmes, un psychologue pour faire le point. J’espère que vous trouverez des réponses à toutes ces questions et vous souhaite du courage et de la patience. « Dieu est avec les patients. »

La rubrique « Psycho », qu’est-ce que c’est ?

Des psychologues et psychanalystes répondent à vos questions. Musulman(e)s du Maghreb ou de France, professionnel(le)s actif(ve)s exerçant en cabinet, ils réfléchissent à votre problématique et tentent de vous éclairer à travers leur expérience professionnelle et leur pratique spirituelle. Ils peuvent vous aider à y voir plus clair en vous-même ou à mieux décrypter le comportement des personnes de votre entourage.
Ils ne sont pas médecins, même si on les désigne parfois comme des « médecins de l’âme », mais leur rôle est de vous aider à trouver en vous-même la meilleure réponse à vos interrogations sur vos relations aux autres, votre conjoint ou conjointe, vos parents, vos frères et sœurs, vos amis, vos collègues de travail, vos voisins...
Alors, n’hésitez pas, interrogez-les, ils tenteront de vous répondre en s’éclairant des plus belles pensées de l’islam.
Contactez-les (anonymat préservé) : psycho@saphirnews.com





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