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Communiqués officiels

Révolte urbaine, quatre mères lancent un appel à la responsabilité

| Samedi 12 Novembre 2005

Elles sont artiste, sénatrice, cinéastre et chercheuse. Elle ont en commun d'être Françaises issues de l'immigration. Quatre mères prennent la parole devant la poursuite de la révolte urbaine qui secoue les quartiers populaires des villes de France.



Appel des mères à la responsabilité


Nous avons écouté le Président. Nous avons suivi les déclarations du Premier ministre. Nous avons été submergées par les appels de mères en larmes. Jusqu’alors nous n’avons rien dit. Et pourtant, nous avons des choses à dire. Parce que, où que soient nos compagnons, quoi qu’ils fassent, c’est nous, les mères, qui continuons à préparer le petit déjeuner… Depuis la nuit des temps, c’est nous qui soignons les blessures. Quelle que soit notre mémoire, notre histoire, notre origine, notre couleur, notre religion, notre parti politique, nous veillons à tous les maillons de la chaîne humaine. Nous sommes au croisement du monde extérieur et du monde intérieur. Nos différentes places nous font entendre ce que d’autres n’entendent plus. Aujourd’hui nous décidons d’appeler à la responsabilité de tous.

Chers enfants, la France est notre pays. Au fond de vous, vous le savez. Vous vous sentez étranger lorsque l’on rentre « au bled »… Vous aimez les mêmes musiques que vos camarades de classe, vous regardez les mêmes films, et surtout, vous espériez la même promotion sociale. On vous rêvait déjà Ministre, député, ou simplement conseiller municipal, instituteur ou médecin, et on était fières à l’avance. Aujourd’hui, certains d’entre vous qui ont vu leurs grands frères et leurs pères au chômage deviennent incontrôlables. Mais ne détruisez pas ce qui vous a donné espoir. Ne brûlez pas ce que vous avez adoré. Ne laissez pas les discours de haine vous envahir pour vous monter contre ce pays que nous avons construit ensemble. Ce serait baisser les bras. Ce serait lâche. Ce serait valider les théories qui veulent fabriquer des frontières infranchissables entre les êtres humains, soit par la politique, soit par la religion. Ce serait permettre à des discours « à la le Pen » ou « à la Ben Laden » d’enfermer les individus dans un groupe et de prétendre que « leur groupe » est en danger.

Chers responsables politiques, la France est notre pays. Nous avons mérité notre place au moins autant que les autres. Nos ancêtres appartiennent à l’histoire de France. Nous ne sommes pas étrangers comme certains veulent le faire croire. N’essayez pas d’expliquer le comportement de nos enfants par la culture ou la religion, ce serait lâche. Ce serait un moyen, comme dans les années 80, de faire l’économie des remises en questions sociétales. Vous savez très bien que nos enfants ont les mêmes valeurs que les vôtres. La seule différence, c’est qu’ils sont traités à part. S’ils n’avaient pas cru en la promesse d’égalité républicaine, ils ne souffriraient pas. Dans les pays où il n’y a ni justice ni espoir, on part ou on se soumet. Lorsqu’on se révolte, c’est qu’on espère encore.
Ne revenons pas à des ségrégations qui rappellent une mémoire douloureuse. Au contraire, garantissons la devise républicaine, multiplions les espaces d’expériences partagées et les solidarités. Identité et mémoire renvoient l’un à l’autre. Construisons une mémoire collective pour un avenir ensemble en insistant plus que jamais sur des références communes qui permettent de nous unir. Controns les phénomènes d’exaltations de groupes qui nourrissent les idéologies de rupture. Nos enfants ont appris à dire « je » à l’école de la République, ne leur enlevez pas cette force. Ces cris dans nos cités sont des appels au secours, ne les ignorez pas !

Yamina Benguigui, cinéaste
Alima Boumédiene-Thiery, sénatrice
Dounia Bouzar, sociologue
Sapho, chanteuse




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